CÉLÉBRATION FORCÉE DU DÉCADI
de liberté religieuse. Leur amendement fut écarté par la raison qu'il n'était pas républicain. «C'est le signe extérieur d'un culte, dit le représentant Duhot, que la clôture de toutes les boutiques. » Il en concluait que le chômage du dimanche portait atteinte à la législation du pays. «Quoi! s'écriait-il, quelques semaines après que le grand prêtre de Rome, attaqué depuis si longtemps parla philosophie et détrôné par vos vrais défenseurs, est obligé de porter de lieu en lieu sa piété vagabonde, ses ministres osent encore exercer parmi nous un insolent despotisme; ils défendent de travailler le dimanche et empêchent les ouvriers catholiques de s'occuper ce jour-là dans les ateliers. » De tels discours révèlent à quelle abjection la tribune française était réduite. L'Assemblée prit en sérieuse considération la proposition de transférer au décadi toutes les fêtes religieuses et renvoya à la commission avec son approbation une motion qui tendait à ce qu'il fût défendu de fermer les boutiques dans les jours consacrés au repos par l'ancien calendrier. Un décret fut aussi réclamé pour défendre, sous des peines sévères, tout usage, toute pratique qui dérogerait au calendrier républicain. On demandait que les foires fussent reportées à d'autres jours que le décadi, avec l'intention visible de donner la préférence au dimanche afin de mieux heurter les habitudes religieuses. Il se trouva même un député pour proposer qu'on n'accordât de protection qu'à ceux des marchands qui prêteraient le serment de n'employer que les poids et mesures républicains et de tenir leurs magasins ouverts les dimanches et les jours de fête de l'ancien calendrier. On aurait eu ainsi les assermentés et les réfractaires de la boutique après avoir eu ceux du temple. Ce n'était pas encore assez : un obscur député demanda qu'au lieu de compter les siècles précédents sur la naissance de Jésus-Christ, on les comptât en rétrogradant sur la fondation de la République. Ces propositions, odieusement bouffonnes, furent toutes renvoyées à la commission qui les eût très certainement fait convertir en loi si l'orage de brumaire n'eût balayé toutes ces inepties.
Le parti violent pouvait du reste prendre en patience les lenteurs de la filière législative. L'administration le servait à souhait