CHAPITRE III
Les autels relevés par la liberté,
La liberté des cultes n'a pas vraiment existé en France un seul jour dans le cours de la Révolution. Nous avons vu à quel point elle fut restreinte, même sous le régime de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et encore n'avons-nous mentionné que les mesures législatives ou celles qui émanèrent du pouvoir supérieur. Nous aurons l'occasion fréquente de constater combien ces mesures devinrent plus rigoureuses dans leur application ; presque partout l'administration locale les aggrava singulièrement et se mit ouvertement au service des passions antireligieuses. Et cependant, malgré tous ces désavantages, la religion profita de la liberté incomplète qui lui fut laissée, et du jour où elle cessa de rentrer dans l'administration du pays et où elle fut abandonnée à elle-même , elle se releva avec une étonnante rapidité du discrédit où elle était tombée ; la France du dix-huitième siècle eut le spectacle inattendu d'un réveil puissant de la foi chrétienne. Rien n'est donc plus faux que d'attribuer à un heureux coup d'Etat le relèvement des autels. Non , ils se relevèrent d'euxmêmes sur un sol encore chancelant et couvert de ruines. Le premier consul ne fit qu'arrêter un des plus beaux mouvements religieux qui aient honoré notre pays, en cherchant à le régulariser ou plutôt à l'enrégimenter.
Certes nulle tâche n'était plus difficile que celle de rétablir le culte sans aucun autre appui que les libres convictions, dans un