ÉTABLISSEMENT DU CULTE DES THÉOPHILANTHROPES
à devenir une religion. Les pires mythologies de l'Asie Mineure sont parvenues à rallier des peuples entiers, parce que malgré leurs légendes impures ou sanglantes, elles prétendaient parler au nom de la Divinité et avaient dans les temps d'ignorance le prestige d'une révélation du ciel ; elles satisfaisaient, d'une manière déplorable sans doute et en le pervertissant, ce besoin d'une communication directe et surnaturelle avec la Divinité qui tourmente le cœur humain. De là leur succès. Mais une religion qui n'est qu'un froid système, un pur être de raison, est faite pour rester dans cette région glacée. Toute tentative pour la réchauffer avorte misérablement. Tandis que les ardents apologistes du décadi reprenaient en sous-main l'œuvre d'Hébert et de Chaumette , les théophilanthropes essayaient timidement de ressusciter le culte de l'Etre suprême interrompu par les événements de thermidor; les premiers procédaient de Diderot et d'Helvétius, les seconds de Rousseau et surtout de Robespierre. On sait combien le déisme comptait à cette époque de partisans en Angleterre, en Allemagne et en France. Mais ce n'est que dans un pays en révolution, où toutes les traditions semblaient avoir sombré dans la tempête, qu'on pouvait tenter de remplacer le christianisme par la religion du Contrat social l.
On préluda au nouvel établissement religieux par quelques publications destinées à préparer les esprits ; on y préconisait un culte dégagé de toute superstition, consistant uniquement clans l'adoration de Dieu et la pratique de la vertu. Ce fut à la fin de l'année 1796 que l'on passa de la théorie à la pratique. Parmi les cinq pères de famille qui se constituèrent les fondateurs de la religion nouvelle se trouvait Haùy, le frère du fameux chimiste, directeur de la maison des aveugles. Une ancienne chapelle annexée à l'établissement servit aux premiers offices publics. Bientôt on obtint du gouvernement, fort bien disposé pour la secte , de partager les églises avec les prêtres catholiques, en se fondant sur ce que la Constitution ne permettait pas
1. Voir sur la théophilanthropie le curieux chapitre que lui consacre Grégoire dans son Histoire des Sectes religieuses, \, p. 85.