‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 281 sur 373 · LE CULTE DES THÉOHIILANTIIROPES · texte numérisé non relu

LE CULTE DES THÉOHIILANTIIROPES

de favoriser une religion plus qu'une autre et que les temples étant des édifices publics devaient appartenir également à toutes les opinions. Les théophilanthropes obtinrent ainsi la jouissance partagée de douze églises parmi lesquelles était la cathédrale. La tâche difficile pour eux n'était pas de les obtenir, mais de les remplir. Aussi s'efforcèrent-ils de donner à leur service religieux tous les attraits dont il était susceptible. Ils gravèrent sur les murailles des maximes de morale naturelle empruntées à toutes les écoles philosophiques ou religieuses. Un autel s'élevait au centre de l'édifice et on y déposait tantôt des fleurs, tantôt des fruits, selon la saison. Ces rites champêtres étaient entremêlés de solennités plus grandioses. On présentait les enfants à l'Etre suprême. Au mariage, les époux étaient enlacés de guirlandes de fleurs dont les parents et amis tenaient les extrémités. A Bourges, on imagina de faire partir de l'autel, pendant la cérémonie nuptiale, deux colombes, touchant symbole de l'affection conjugale. Aux obsèques d'un sociétaire ou d'un membre de sa famille on suspendait une fleur à l'urne funéraire. Mais la partie essentielle du culte était la lecture et le discours. Le lecteur ou l'orateur devait être marié ou veuf; malgré cette garantie de leur maturité, leur prose n'en était pas moins soumise à la censure préalable. Ils parlaient ou lisaient des homélies sur la tolérance, la piété filiale, la probité dans le commerce. Ils étaient tenus de s'attendrir officiellement sur la mort des grands citoyens et de prononcer leurs oraisons funèbres. Pour leur donner un aspect agréable on les avait affublés d'une robe blanche nouée par une ceinture rose. Ce spectacle flatteur ne suffisait pas à racheter la monotonie de leurs dissertations, aussi intercalait-on entre les discours des chants sur les moissons et sur la vertu. On avait des choristes à gages dont la belle voix attirait le public. Quand on manqua d'argent pour les payer, les sociétaires se dévouèrent et chantèrent eux-mêmes, mais leur dévouement fut mal récompensé, car les assistants étaient venus pour les belles voix et non pour l'édification. La théophilanthropie ne vécut que de la protection du pouvoir. La Reveillière- Lepaux était son adhérent le plus utile et lui en gagna un cer-

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