CHAPITRE II
Discussion sur les biens du clergé. — Attitude des divers partis. — Discours de Mirabeau, de Maury et de Malouet. — Suppression des ordres religieux. — Le salaire des cultes.
Les premières réformes opérées par la Constituante n'étaient pas seulement graves en elles-mêmes, mais encore par ce qu'elles faisaient pressentir; car il n'était pas possible de s'en contenter; elles appelaient leur complément, d'autant plus que les législateurs de 1789, conformément au génie de la race française, voulaient reconstituer la société logiquement et rapidement en prenant leur point de départ non dans les faits mais dans les idées. La première méthode, qui est la méthode anglaise, eût exigé des ménagements envers le passé, la seconde pousse aux innovations chimériques, parce que tout semble indéfiniment possible au point de vue des principes abstraits. La réorganisation de l'Eglise de France était loin d'être achevée au mois de septembre 1789; elle semblait à peine commencée; cependant cette Eglise avait déjà perdu ses privilèges les plus essentiels, et tout d'abord celui de ne dépendre que d'elle-même pour déterminer sa dette envers le pays. Elle était tombée sous le régime du droit commun, et elle ne pouvait plus mettre ses privilèges et ses biens à l'ombre du sanctuaire en les confondant avec les choses saintes dont l'examen est interdit aux profanes. La discussion sur les dîmes était un précédent grave pour elle. Sa brusque renonciation à un si grand avantage avait donné la mesure de son effroi, mais cette renonciation même amenait La question de la propriété ecclésiastique devant l'Assemblée nationale. Il eût suffi, pour la faire surgir, des