LA QUESTION S'ENGAGE A ^ASSEMBLÉE
ouvrir dans l'avenir des sources de richesse et de prospérité, en détruisant la féodalité, mais elles avaient eu pour premier effet d'agraver la crise financière. Toute réforme commence par troubler l'ordre social et par en déranger l'équilibre. Les décrets de la Constituante avaient plutôt déchaîné que satisfait les passions populaires. La guerre aux châteaux avait éclaté de toutes parts; le numéraire se cachait et des récoltes insuffisantes ajoutaient à la détresse publique. L'arriéré formidable légué par l'ancienne monarchie s'accroissait tous les jours. Necker était aux abois. Son cri d'alarme, en passant par la bouche de Mirabeau, était devenu un coup de tonnerre qui ne permettait plus ni délai ni demi-mesure. On discutait le plan d'une imposition volontaire, sorte de don gratuit auquel toutes les classes auraient contribué. Mirabeau venait de descendre de la tribune lorsque, dans l'intervalle de deux de ses plus magnifiques improvisations, un orateur inconnu se lève et propose de demander à l'Eglise le sacrifice de son argenterie qui d'après lui s'élève à \M) millions1. Contre toute attente, l'archevêque de Paris se lève et déclare que le clergé est prêt à abandonner toute l'argenterie qui n'est pas nécessaire à la bienséance du culte. Le clergé voulait éviter à tout prix un débat sur ses propriétés, et il essayait, en multipliant les dons gratuits et les renonciations volontaires, d'écarter la redoutable initiative de l'Assemblée. La mesure fut votée le 29 septembre. On ne comprend pas que le clergé, qui savait très bien ce qui l'attendait, n'ait pas cherché tout le premier à élaborer un plan de réforme pour son organisation financière. Un tel plan était devenu nécessaire, depuis qu'il avait renoncé aux dîmes. Ce fut une grande faute de sa part de n'avoir pas montré plus de hardiesse en devançant l'Assemblée nationale dans ses résolutions légitimes : sûr moyen de prévenir et d'empêcher des mesures imprudentes et excessives. Au contraire, les chefs du clergé dans l'Assemblée ne sont préoccupés que de sauvegarder leurs privilèges. Tous leurs votes sont subordonnés à ce désir qui se trahissait à chaque occasion. C'est ainsi que, la