‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 42 sur 373 · PROPOSITIONS DE TALLEYRÀKD ET DE MIRABEAU · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS DE TALLEYRÀKD ET DE MIRABEAU

pour discuter les garanties d'un emprunt de 80 millions. Il commença son discours par exposer le tableau des besoins de l'Etat et des dépenses que lui imposera sa régénération politique. Les ressources employées ou proposées jusqu'ici sont insuffisantes. « Il en est une immense qui peut s'allier avec le respect des propriétés, elle existe dans les biens du clergé. Une opération sur eux est inévitable. » Partant du fait que le clergé n'est pas propriétaire comme les autres propriétaires, que la nation jouit d'un droit étendu sur lui comme sur toutes les corporations, si bien qu'elle peut détruire les agrégations de cet ordre qui paraîtraient inutiles à la société, il conclut que si la nation garantit la subsistance des bénéficiers et ne puise dans la source abondante des biens ecclésiastiques que pour soulager l'Etat, l'intention des fondateurs sera remplie et la justice ne sera pas violée. L'orateur esquisse ensuite un vaste plan financier qui devait avoir pour résultat de combler le déficit. Deux jours après, Mirabeau qui ne se voyait pas devancé sans jalousie dans une réforme si radicale formula la proposition suivante :

«Dans une saison de crainte et de terreurs, dit-il, il est important de montrer que la nation n'a jamais eu de si belles, de si abondantes ressources, je demande donc qu'on décrète deux principes : 4° que la propriété des biens du clergé appartient à la nation, à la charge par elle de pourvoir à l'existence des membres de cet ordre ; 2° que la disposition de ces biens sera telle qu'aucun curé ne pourra avoir moins de 1,200 livres avec le logement. » Il était utile que la question se présentât ainsi dans toute sa grandeur et que les principes fussent débattus pour eux-mêmes. La discussion dura jusqu'au 2 novembre ; elle fut aussi complète que possible et chaque opinion put s'exprimer librement. Elle avait été d'ailleurs soulevée déjà dansla presse. De nombreuses brochures avaient envisagé la question sous toutes ses faces, sans parler du fameux article de Turgot dans Y Encyclopédie sur les fondations. Sieyès avait publié quelques pages incisives sous ce titre : Observations sommaires sur les biens ecclésiastiques. Il répondait à ceux qui ne voyaient dans le clergé qu'un corps moral : « La nation est-elle donc autre chose ! Vous

Page 1