‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 43 sur 373 · OUVERTURE DU DÉBAT · texte numérisé non relu

OUVERTURE DU DÉBAT

aurez beau faire déclarer à la nation que les biens dits ecclésiastiques appartiennent à la nation, je ne sais ce que c'est que déclarer un fait qui n'est pas vrai. Lors même que saisissant ie moment favorable vous feriez déclarer que les biens du Languedoc appartiennent à la Guienne, je ne conçois pas comment une simple déclaration pourrait changer la nature des droits. » Les fondations ecclésiastiques dispensaient le peuple d'un énorme impôt pour l'entretien des autels. «Par quel étrange renversement d'idées, disait encore Sieyès, les ecclésiastiques vous paraîtraient-ils supportables si vous les avez à votre charge et ne les pouvez-vous souffrir parce qu'ils ne sont à la charge de personne? » L'avocat général Servan, en répondant à Sieyès dans une brochure très remarquée, aJla jusqu'à dire que la nation, qui a droit de vie et de mort sur chaque citoyen, a le même droit sur les corps politiques. Quelle espèce de propriété reconnaître à un corps qui n'est pas même propriétaire de son existence? Le sol d'une nation appartient au peuple qui l'habite. Mais un pays ne peut se passer de service public; les individus ou les corps chargés de ce service sont donc les serviteurs de la nation. Le salaire est de rigueur, le mode de salaire ne l'est pas 4. De pareilles théories pouvaient mener fort loin et il n'eût pas été difficile d'en faire sortir logiquement un socialisme assez avancé. Le débat sur la propriété ecclésiastique était donc déjà vivement engagé en dehors de l'assemblée quand il y fut porté. Bornons-nous à en marquer les phases principales.

On commença par des généralités philosophiques sur le droit de propriété; ce fut peut-être ce que la discussion eut de plus grave, car les analyses subtiles en pareille matière ont le grand danger de tout mettre en question et il n'est pas de droit primordial de la société humaine qui ne puisse être dissous dans ce creuset. Tant qu'on en resta à ce qu'on peut appeler la haute philosophie de la propriété en général, à l'examen de ses éléments constitutifs on se battit dans les nuages, mais c'est du sein de ces nuages

1. Histoire de la Révolution française, par Louis Blanc, p. 321,322.

Page 1