‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 48 sur 373 · Séance du 24 octobre · texte numérisé non relu

Séance du 24 octobre

(i8 DISCOURS PE MALOUET.

s'assembler; vous consacrez son indépendance. » Toujours la question de liberté se mêle à la question de propriété. Pétion produisit une grande irritation dans l'Assemblée, en s attaquant sans ménagements aux inconvénients moraux des richesses du clergé. « Ce sont les immenses richesses des ecclésiastiques, s'écria-t-il, qui ont perdu leurs mœurs. » Les cris à l'ordre! se font entendre. Le président, qui était Camus, l'ancien avocat du clergé, déclara qu'il ne pouvait mettre à l'ordre un orateur pour avoir dit ce qui était imprimé partout.

Entre les deux opinions extiênies se fit jour une opinion plus modérée. L'abbé Gouttes et l'abbé Grégoire paraissent s'y être ralliés, car l'un et l'autre étaient d-avis qu'on laissât au clergé une partie de ses biens, et ils aimaient trop sincèrement la liberté pour aspirer au rang de fonctionnaires. L'organe le plus éloquent de cette opinion fut Malouet, dont le discours est plein de sens. Si l'on eût cherché une conciliation raisonnable entre l'ancienne France et la nouvelle, on n'eût pu mieux faire que d'adopter ses propositions1. Malouet reconnaissait avec la gauche que la religion pas plus que la royauté ne pouvait être soustraite à la souveraineté nationale. Là était son erreur et celle de tout le parti libéral de son temps, qui ne savait pas distinguer le.domaine inaliénable de la conscience de celui qui appartient à l'Etat. C'était toujours, comme chez Rousseau, la souveraineté collective prise pour la liberté. Après cette concession, il ne servait de rien de prétendre que les biens de l'Eglise n'ont pas été donnés à un corps toujours révocable, mais qu'ils ont été subdivisés en autant de dotations distinctes que ses ministres avaient de services à remplir, que le droit du donateur n'a pas été contesté, et que toutes ces transactions ont reçu le sceau de la loi. Ces restrictions étaient emportées par ce droit imprescriptible de réforme radicale que Malouet reconnaissait au peuple souverain. S'il ne concluait pas. avec Thouret et Barnave, à l'aliénation des biens de l'Eglise, c'est qu'il contestait à l'Assemblée nationale le droit de décider des questions aussi graves que celle-là, sans avoir un mandat

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