‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 63 sur 373 · MOTION DE DOM GERLE · texte numérisé non relu

MOTION DE DOM GERLE

apostolique et romaine est et demeurera , pour toujours, la religion de la nation et que son culte sera seul autorisé. » Une telle motion foulait aux pieds la liberté de conscience , faisait planer une menace incessante de persécution sur les minorités religieuses , et permettait au haut clergé de ressaisir à la première occasion ses privilèges. Votée par l'Assemblée , elle eût mis fin d'emblée à la rénovation de la France en la rivant à Terreur la plus fatale de l'ancien régime. Peu importait si elle passait, que Ton votât telle ou telle mesure de réforme ; l'esprit du passé sanctionné avec éclat eût bientôt renversé le fragile édifice d'une Constitution contradictoire. On comprend l'enthousiasme de la droite et son acharnement à soutenir une motion si importante pour elle et d'autant plus utile qu'elle ne venait pas de ses rangs. On entendit Maury, au sortir de la séance , dire en traversant les Tuileries : «Nous les tenons ! » Un vaste plan de contre-révolution fut immédiatement conçu et on se prépara à une mise en scène propre à frapper fortement l'attention publique. Le premier jour on n'eut qu'une escarmouche, mais à la vivacité des paroles échangées on put s'apercevoir qu'on allait assister à un choc décisif entre l'ancien régime et la Révolution. A peine Dom Gerle a-t-il fait sa motion, qu'elle est couverte d'acclamations. Une objection de Charles de Lameth change cet enthousiasme en fureur. L'évêque de Clermont, se croyant dans sa chaire, rappelle qu'un chrétien doit confesser sa foi dès qu'il y est invité et qu'une Assemblée catholique n'a pas même le droit de discuter ce qui doit être un assentiment spontané. La droite selon sa coutume se lève toute frémissante et l'un de ses membres, le vieux Goupil de Préfeln, invoque les noms de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis. Charles de Lameth demande où est la nécessité de faire une profession de foi publique de religion au nom d'une Assemblée « qui a réalisé le premier principe de l'Evangile en humiliant les superbes et mettant sous sa protection les plus faibles et le peuple. N'a-t-eile pas réalisé ces paroles de Jésus-Christ : Les premiers seront les derniers? » Ce sarcasme n'était pas fait pour calmer les partisans de la motion de Dom Gerle. Le même orateur en signale la gravité

Page 1