‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 62 sur 373 · MOTION DE DOM GERLE · texte numérisé non relu

MOTION DE DOM GERLE

l'abîme , s'écrie-t-il , dans lequel vous nous avez conduits, l'abîme où Ton veut nous précipiter. Que sont devenues les promesses que vous nous fîtes au nom d'un Dieu de paix ? » Après avoir rappelé la succession rapide des mesures attentatoires à la propriété ecclésiastique, chaque décret nouveau annulant les garanties qui accompagnaient le précédent , après avoir de nouveau offert un sacrifice volontaire et considérable d'un emprunt de 4-00 millions, le prélat prononça ces motsd'un ancien évêque : « Vous pouvez nous ravir nos biens, nous ne vous les donnons pas. » L'abbé de Montesquiou, en général très maître de sa parole, fit preuve d'une sensibilité de mauvais goût qui révèle à quel point il était ému. Son discours est sans méthode ; tantôt il invoque le droit abstrait de propriété pour revenir à la question générale déjà décidée en novembre, tantôt il cherche à apitoyer l'Assemblée sur le sort des ecclésiastiques dépossédés. « Quel génie destructeur, dit-il, a passé sur cet empire ? Je crois les sentiments de FAssemblée purs , sincères ; mais je crois qu'on l'abuse. Voyez les malheurs qui se répandent ; il semble qu'il y a ici le département des douleurs ; il y a quelques hommes qui se sont consacrés à accabler de chagrins leurs concitoyens ; dès qu'on les voit paraître à la tribune, on dit: Allons, un sacrifice ! encore un malheur de plus ! » Il finit en invoquant « le Dieu et la religion de ses pères. »

C'est alors que se produisit un incident qui prit les proportions les plus grandioses et jeta tout Paris dans l'agitation la plus vive. Dom Gerle, chartreux gagné au parti de la Révolution tout en demeurant attaché à son ordre et à son Eglise , crut concilier les deux causes qui partageaient son cœur comme elles divisaient l'Assemblée, en reprenant une motion déjà faite précédemment par l'évêque de Nancy, et qui consistait à demander un vote formel pour proclamer que la religion catholique était la religion nationale. « Pour fermer la bouche à ceux qui calomnient l'Assemblée, disait Dom Gerle , et pour tranquilliser ceux qui craignent qu'elle n'admette toutes les religions en France, il faut décréter que la religion catholique,

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