DISCUSSION DE LA MOTION HE DOM SERIE
Bailly et Lafayette, craignant une collision sanglante, firent doubler tous les postes et réunirent des forces considérables autour de la salle des séances. La foule occupait tout l'espace laissé libre par les soldats. Son irritation contre le parti des évêques se trahissait par de violents murmures. Les députés de la droite n'arrivèrent à l'Assemblée qu'après avoir été hués et siffles. L'atmosphère orageuse du dehors contribua à exciter les esprits au moment décisif du débat. Un amendement avait été proposé la veille pour garantir la sécurité des cultes dissidents , à la condition qu'ils resteraient dans l'ombre. On n'en parla presque pas le second jour parce qu'on comprenait qu'un si vain palliatif laissait à la proposition toute sa gravité et qu'elle ne tendait à rien moins qu'à reconstituer la religion d'Etat. Il est impossible de reproduire cette discussion mémorable, de rendre ce feu croisé d'interpellations, ces interruptions emportées, ces rappels à l'ordre imposés au président. Plus d'une fois des fractions considérables de l'Assemblée se levèrent comme un seul homme avec un seul cri. Cependant, malgré ce désordre d'une discussion qui remuait le fond des cœurs et des pensées, la question ne cessa pas un instant d'être posée avec une grande netteté entre le droit ancien qui réclamait l'unité religieuse officielle et le droit nouveau qui voulait la liberté de conscience. Des paroles d'un sens profond, et qui écartaient aussi bien l'asservissement de l'Eglise que sa domination exclusive, furent prononcées à plusieurs reprises. C'est ainsi que le représentant Bouchotte répondit à un abbé inconnu qui demandait, au nom du clergé de France, qu'il fût décrété que l'exercice public de la religion catholique continuât seul à être maintenu comme une loi constitutionnelle de l'Etat, que de telles mesures ne se décrètent pas dans une assemblée politique, car la conséquence d'un décret semblable serait d'empêcher la réforme de tous les abus provenant de la confusion du temporel et du spirituel. Le baron de Menou dit, avec une haute raison, que s'il aimait à professer son attachement à la religion catholique, il ne s'ensuivait pas qu'il pût exiger une déclaration semblable de tous les citoyens, « Ma conscience et