DISCUSSION DE LA MOTION DE DOM CE RLE
mon opinion, ajoute-t-il , appartiennent à moi seul. Pourquoi ferais-je de mes opinions des opinions dominantes? Il ne peut y avoir de religion dominante; ouvrez vos annales , vous verrez de quels malheurs les guerres de religion ont été la source. Voudriez-vous que l'Assemblée nationale devînt l'instrument des malheurs du peuple? Ministres de la -religion, rendus à vousmêmes, à vos fonctions, cherchez à faire chérir une loi pour la gloire de laquelle toutes les lois humaines ne peuvent rien. N'allez pas mettre des armes dans la main de Dieu! » M. de Menou proposa un ordre du jour motivé qui, après avoir été modifié quelque peu par M. de La Rochefoucauld, devint l'objet principal de la délibération. Il portait que « la majesté de la religion et le respect profond qui lui est dû ne permettent pas qu'elle devienne l'objet d'une délibération. » Cazalès ne put obtenir d'être entendu , et c'est à grand'peine que M. de Virieu parvint à reprendre en son nom la proposition de Dom Gerle. La droite, si pressée la veille d'aller aux voix, demande que le débat recommence, tandis que la gauche est décidée à en finir. En vain l'abbé Maury se cramponne à la tribune; il doit en redescendre sur un vote formel, sur quoi , le gros vicomte de Mirabeau prête le serment de mourir en martyr sur son banc si on ne décrète pas que la religion catholique est la religion de la nation. La lutte se ranime quand il s'agit de décider à laquelle des deux propositions la priorité sera accordée. Le fougueux d'Espreménil dit hautement que le ton respectueux de la motion de La Rochefoucauld ajoute l'hypocrisie à l'insulte; repoussé violemment de la tribune, il jette à ses adversaires ces mots couverts par les murmures : « Lorsque les Juifs crucifièrent Jésus-Christ, ils lui disaient : a Nous te saluons, roi des Juifs1 !» Mirabeau avait beau déjà être en pourparlers avec la cour; le génie de la Révolution le possédait trop complètement pour que sur une question semblable il retînt les paroles qui bouillonnaient en lui; il fallait que la lave brûlante éclatât. Déjà, plusieurs fois, il avait voulu monter à la tribune ; il était intervenu de sa place par des mots incisifs qui