‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 7 sur 373 · G ALLIANCE ÉTROITE AVEC L'ANCIEN RÉGIME · texte numérisé non relu

G ALLIANCE ÉTROITE AVEC L'ANCIEN RÉGIME

Ce divorce funeste remontait trè* haut dans le passé, mais il s'était renouvelé et consommé avec éclat à la fin du dix-septième siècle par un des plus grands crimes de l'histoire, par l'expulsion violente et meurtrière de la portion de la société religieuse qui ne s'était pas courbée sous le joug de l'unité. Les ruines de Port- Royal, et surtout ces vivants débris de l'Eglise protestante que l'on trouve sur les galères du roi, ou qui cherchent à se rejoindre dans le désert au prix des plus graves périls, rappellent incessamment l'union fatale du despotisme religieux et du despotisme civil, et le rappellent à un siècle émancipé, irrité surtout de l'étroite geôle où se sont écoulées ses premières années sous la férule d'une dévote toute-puissante. Cette férule fut, en effet, trop longtemps le sceptre de ce brillant royaume de France, condamné par le plus égoïste des souverains à expier pour lui les péchés de sa jeunesse par une pénitence mesquine et timorée.

Le dix-septième siècle ne s'était pas contenté de léguer à l'âge suivant ces tristes souvenirs qui étaient bien des faits actuels, puisque la proscription du jansénisme et du protestantisme était en pleine vigueur. Il avait encore formulé la théorie de sa pratique dans un livre dû à son plus grand orateur, qui avait gravé pour la postérité dans un style immortel les maximes du double despotisme, destiné à soulever tant d'indignation quelques années plus tard. La politique tirée de V Ecriture sainte, ce savant catéchisme, où une royauté sans contrôle et un clergé sans frein apprennent comment en s'unissant ils asserviront entièrement une nation, peut être considérée comme le testament du dixseptième siècle. Bien que rédigé par son génie le plus grandiose, il était fait pour être cassé comme le testament de Louis XIV; il le fut avec fureur dans ce parlement libre jusqu'à la licence, qu siège au dix-huitième siècle partout où l'on tient une plume, partout où la conversation française se joue avec une grâce étincelante, jeu redoutable qui tue par une raillerie. Le livre de Bossuet est l'apothéose de l'ancien régime et de ses pires abus. Le roi y apparaît comme un Dieu dont la vue réjouit ses peuples comme le soleil , et dont les indiscutables volontés doivent être reçues à genoux; c'est, il est vrai, mm Dieu assez sembhble à ceux d'Ho-

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mère, exposé à toutes les passions des mortels, et enclin à y succomber. Les conseils que l'éloquent évêque donne au prince sont excellents; il montre à combien de crimes la toute-puissance expose, et quelles terribles conséquences ils peuvent avoir; mais ces conseils épouvantent plus qu'ils ne rassurent, en révélant la possibilité d'un mal qui, une fois commis, sera sans remède, puisqu'il n'y a aucun recours contre le despotisme royal, que tout appartient au souverain, et qu'après une timide remontrance ses sujets n'ont qu'à baiser la poussière où son pied les a foulés. Il n'y a aucun droit en face du droit royal; je me trompe, il y a le droit du prêtre pour lequel seul Bossuet fait entendre une hautaine réclamation. Tous les biens de la nation appartiennent au roi, excepté ceux des lévites, dont il ne doit s'occuper que pour les augmenter. Un roi qui comprend bien ses devoirs ne se contente pas d'ouvrir ses trésors à l'Eglise pour l'enrichir ; se souvenant qu'elle a horreur du sang, mais qu'elle en a besoin néanmoins, il lui prête son glaive ou plutôt il le tourne contre ses ennemis, les chasse et les immole pour la plus grande gloire de Dieu, comme à la révocation del'Edit de Nantes; l'hérésie n'est pas tolérée dans l'heureux pays qu'il gouverne. « Ceux qui ne veulent pas souffrir que le prince use de rigueur en matière de religion, parce que la religion doit être libre, sont dans une erreur impie. » Bossuet rappelle le serment prêté par le roi Très-Chrétien au jour de son sacre, et l'engagement solennel qu'il prend d'exterminer l'hérésie. Toutes ces belles théories sont appuyées sur des passages de l'Ecriture sainte, dont le vrai sens est entièrement défiguré, malgré la beauté de la traduction, parce que le savant évêque applique aux sociétés modernes ce qui ne convenait qu'à la théocratie d'Israël, essentiellement transitoire comme tout le judaïsme. Il arrive ainsi à ce double résultat de faire haïr tout ensemble la monarchie et le christianisme, et de préparer sûrement la plus dangereuse révolution. On pourrait croire que l'effet d'un tel livre était contre-balancé par la généreuse politique de Fénelon, bien plus chrétienne que celle de Bossuet, quoiqu'elle eût revêtu une forme païenne; il n'en était rien. Le Téîémoque était une poétique utopie, le beau

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