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DROITS CIVIQUES ACCORDÉS AUX JUIFS

« Sans entendre rien innover, relativement aux juifs, sur l'état desquels l'Assemblée nationale se réserve de prononcer. » Comment s'étonner de cet ajournement, quand on se souvient qu'il y a peu d'années la libre Angleterre refusait encore aux juifs le droit de prendre une part réelle à la vie politique, en plaçant sur le seuil du parlement un serment qu'aucun d'eux ne pouvait prêter? Au reste, ce n'est pas tant la position religieuse des juifs qui éveillait les scrupules de l'Assemblée que leur extrême impopularité dans certaines provinces comme l'Alsace où ils dominaient et pressuraient les campagnes par l'usure. Tl y eut une coalition momentanée entre la droite et un certain nombre de députés de la gauche pour s'opposer à leur réhabilitation politique. Reconnaissons, à l'honneur de Robespierre, qu'il se refusa dès l'abord à favoriser une pareille manœuvre, et qu'il demeura dans cette circonstance fidèle à ses principes. « Les vices des juifs, dit-il le 23 décembre, naissent de l'avilissement dans lequel vous les avez plongés. Je pense qu'on ne peut priver aucun des individus de cette classe des droits sacrés que leur donne le titre d'homme. Cette cause est la cause générale, il faut décréter le principe. » Le principe avait été admirablement formulé la veille par le comte de Clermont-Tonnerre. « Laissez donc les consciences libres; que le sentiment et la pensée, dirigés de telle ou telle manière vers le ciel, ne soient pas des crimes que punisse la société par la perte des droits sociaux, ou bien proclamez une religion nationale, armez-la d'un glaive et déchirez votre déclaration des droits. » L'abbé Maury et Févêque de Clermont invoquèrent l'indestructible nationalité des juifs qui les empêchait de se mêler réellement au pays où ils campaient les yeux tournés vers leur lointaine patrie : ce qui ne les empêchait pas de grever le sol qu'ils infestaient d'innombrables hypothèques. Les députés d'Alsace entraînèrent en définitive l'Assemblée et Mirabeau lui-même, bien qu'il eût dit que dans le gouvernement nouveau tous les hommes devaient être hommes et citoyens. On recula devant les haines furieuses des paysans alsaciens. L'ajournement fut prononcé. La question fut bientôt ramenée, d'abord par une pétition des juifs de Bordeaux

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