‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 86 sur 373 · LA CONSTITUTION CIVILE IPÈLE A L'ANCIEN RÉGIME · texte numérisé non relu

LA CONSTITUTION CIVILE IPÈLE A L'ANCIEN RÉGIME

surnaturel n'étant que pour les choses surnaturelles et divines il ne concerne que les choses surnaturelles; hors la foi, tout le reste est naturel et humain ; il faut donc suivre Tordre naturel dans le reste. Quel est cet ordre? C'est que le membre obéisse au chef, je veux dire que l'Eglise qui est un membre de l'Etat s'assujettisse aux lois du magistrat politique. » Là où le magistrat ne suffit pas ou doit se retirer, le protecteur paraît avec toutes les garanties de mysticité qu'il offre à Fépouse du Christ et ainsi le réseau est si bien ourdi qu'il n'y a plus place pour une seule liberté. D'après notre maître des requêtes, l'Eglise ressemble à un vaisseau; le gouvernail est aux mains de l'autorité spirituelle, mais le capitaine, qui seul fait marcher la manœuvre en imprimant une crainte salutaire, c'est l'Etat. Cette comparaison digne d'un conseiller de Louis XIV révèle suffisamment l'esprit du système. On pouvait prévoir ce que ferait le capitaine dans un jour de péril et de tempête. Les mesures les plus hardies de la Révolution française à l'égard de l'Eglise étaient ainsi justifiées d'avance au point de vue de la plus pure tradition monarchique.

Mais personne ne faisait ces réflexions. On était rangé en deux camps profondément séparés; d'un coté les novateurs qui l'étaient trop peu et d'un autre côté les représentants de l'ancienne société. Ceux-ci s'imaginaient que l'on en avait renversé les bases tandis qu'on tournait contre eux les maximes de leurs pères. Aussi leur exaspération ne connaissait-elle plus de bornes, et dans toute la France la résistance, déjà frémissante depuis le vote sur les biens du clergé, s'organisait et allait pousser l'Assemblée à de nouvelles violences et à de nouvelles iniquités.

Page 1