‹ L'église et le monastère du Val-de-Grâce, 1645-1665Chapitre 2 sur 30 · Richelieu · texte numérisé non relu

Richelieu

2. Hurtaut, Dictionnaire historique delà ville de Paris , tome II, page 121.

3. Les Antiquité q de la ville de Paris, par Claude Malingre, 1640.

4. Par suite de la confiscation des biens du connétable de Bourbon.

veau monastère sous le nom <¥ Abbaye du Val-de-Grâce de Notre-Dame de la Crèche. Bien que les religieuses y eussent été transférées dès le 20 septembre 1621, la première pierre d’un nouveau bâtiment n’y fut posée que le Ier juillet 1624.

De son côté, le roi Louis XIII, qui voyait son royaume florissant, désirait un fis pour assurer la succession de sa couronne et le bonheur de son peuple. 11 avait une dévotion particulière pour Saint-Louis, son patron. Il jeta les yeux sur la maison professe de la rue Saint- Antoine, et, afin de voir ses vœux réalisés, il fonda, en 1627, le nouvel édifice connu sous le nom de Saint- Paul-Saint-Louis 1. Ce fut pendant de fréquentes retraites au Val-de-Grâce que la Reine fit aussi le vœu d’élever à Dieu un temple magnifique, s’il lui accordait un fils. Sa pensée était tout entière fixée sur ce désir très-légitime. Son cœur de mère, autant peut-être que ses vues politiques, aurait trouvé une grande satisfaction à son accomplissement; et elle avait dans ce but séjourné avec le roi, en 1635, aux eaux minérales de Forges, réputées à cette époque, et demandé des prières à toutes les églises. Ce n’est pas ici le lieu de s’occuper de la situation particulière de la Reine vis-à-vis de son royal époux. Il nous suffira de constater un fait, de bien établir la pensée dominante qui a servi de base au programme donné aux artistes chargés d’ériger le Val-de-Grâce, et la manière dont cette pensée a été comprise et exprimée par eux.

Si, aujourd’hui encore, le peuple anglais, resté plus fidèle que d’autres peuples au principe de l’hérédité, est profondément ému, par exemple, à la simple nouvelle d’une

1. Il fut terminé trois ans après la naissance du Dauphin en 1641.

L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE

maladie du fils aîné de la Reine, cela peut nous servir à bien juger de l’anxiété de la France, il y a deux cent trente-cinq ans, lorsqu’elle attendait la naissance d’un Dauphin, et à comprendre l’importance que pouvait avoir en ce temps un pareil événement. La nécessité d’un pouvoir stable n’était pas alors mise en discussion, et cette stabilité devait laisser dans les esprits, il faut bien le reconnaître, toute préférence de régime à part, un calme que nos transformations politiques successives sont loin de nous donner.

« Sur le commencement de l’année 1638, la Reine aperçut qu’elle était enceinte, sans oser d’abord le déclarer, parce qu’il y avait plus de vingt-deux ans qu’elle attendait des fruits de son mariage ; mais quand elle en eut des indices certains, elle témoigna au Roi le désir qu’elle avait d’implorer le secours du ciel pour attirer ses bénédictions sur l’enfant qu’elle portait. »

« Le Roi, pour seconder les pieux désirs de la Reine, mit sa personne et ses États sous la protection de la Sainte- Vierge, et, par une déclaration qui fut publiée dans toutes les provinces dépendantes delà Couronne, il choisit le jour de la fête de l’Assomption pour cette cérémonie, ordonnant que partout le royaume on fît des processions solennelles, où toutes les compagnies assisteraient en corps. Il célébra lui-mesme cette feste pour la première fois à Abbeville, oit il se trouvait alors, et l’évêque de Nisrnes, Anthisme Denis de Cohon, prescha devant Sa Majesté et toute la cour, des motifs de cette cérémonie1. »

Un jeton fut frappé pour la circonstance, avec cette inscription d’un côté : gallia fundata, La France affermie

1. Histoire du Roy Louis le Grand par les médailles, emblèmes, etc., par le Père A. -F. Menestrier. 2' éd., 1693.

Sur le revers est une petite chapelle en forme de ruche avec un essaim d’abeilles; une abeille beaucoup plus grosse, couronnée, est au milieu des autres. De ce côté on lit : Régis ad exemplum, A l’exemple du Roi.

Enfin. «... le cinquième jour de septembre, sur les onze heures vingt-deux minutes avant midi, naquit au château neuf de Saint-Germain-en-Laye, en présence des princesses du sang et de Monsieur ( Gaston, Jean-Baptiste de France, duc d’Orléans, Frère unique du Roi), ce Dauphin qu’appelaient tant de vœux. »

Des dissentiments s’élevèrent parmi certains savants sur l’heure exacte de la naissance du fils du Roi. « J. B. Morin de Ville-Franche en Beaujolais, docteur en médecine et professeur Royal des mathématiques en l’Université de Paris, tira la nativité de cet enfant en comptant les jours à la manière des astronomes, qui les supputent d’un midy à l’autre; il posa cette naissance le 4'1 de septembre à 23 heures 15 minutes, le 5e jour astronomique ne devant commencer que 45 minutes après, c’est-à-dire à midy. 1 » Il revint encore sur son opération et mit cette naissance à 23 heures 1 1 minutes. Fes anciens avaient consacré ce même jour au soleil, d’où est venu ce symbole du soleil qui a servi à représenter le roi Fouis XIV.

Ne nous égarons pas davantage dans cet ordre d’idées, que nous rappelons seulement ici, comme tout ce qui précède, pour signaler l’intérêt qui dut s’attacher à la naissance du Dauphin et s’étendre nécessairement sur l’édifice destiné à transmettre à la postérité l’expression si nette encore à cette époque de la foi en Dieu et dans le grand principe de l’autorité royale.

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