‹ L'église et le monastère du Val-de-Grâce, 1645-1665Chapitre 27 sur 30 · Pièces justificatives J · texte numérisé non relu

Pièces justificatives J

L’EGLISE ET LE MONASTERE

Nous avons déjà donné une idée du caractère de Mignard lorsque nous avons parlé de sa fresque du Val-de-Grâce, et en citant, il y a un instant, l’opinion de M. Charles Blanc. Les auteurs anciens sont plus sévères à son égard. « 11 aimait son art, dit Lépicié, mais on peut dire avec la même vérité qu’il ne l’aimait que dans l’espérance d’arriver aux premières places. En cherchant à faire un grand nombre de portraits, il trouvait, par ce moyen, la facilité de se faire des amis, de gagner de l’argent. Ses amis vantaient sa diligence à produire de si grandes choses au Val-de-Grâce, en faisant valoir surtout la délicatesse et le scrupule qui l’avaient empêché de se faire aider par aucun aide peintre ni élève. Il répétait souvent cette maxime avec complaisance que le faire n’était rien sans le savoir faire, et il la pratiquait. » Si quelques-unes de ces assertions sont exagérées, nous pouvons croire en définitive, puisque les choses se sont passées et se passent souvent encore à peu près de même aujourd’hui, qu’il y a beaucoup de vérité dans le fond de ce jugement.

La fille de Mignard, Catherine, qui, à l’âge de dix-huit ans, avait été marraine de l’un des enfants de Molière, épousait plus tard haut et puissant seigneur de Pas, comte de Feuquières; elle mourut à Paris, en 1742, âgée de quatrevingt-huit ans \

Philippe de Champagne. — La chapelle du Saint-Sacrement, située dans l’axe de l’église du Val-de-Grâce, est ornée d’une peinture à l’huile, placée dans la voûte audessus de l’arcade ouverte sur le sanctuaire de l’église.

r. Pièces justificatives J.

Cette peinture, dont le sujet est : le Christ présentant la Sainte Hostie à l’adoration des anges qui l’entourent, est de Philippe de Champagne qui aurait été aidé dans ce travail par Jean-Baptiste de Champagne, son neveu, Nous avons parlé de cette peinture; ajoutons ici quelques renseignements sur Fauteur lui-même.

En 1614, Philippe de Champagne, alors âgé de douze ans, fut placé comme élève chez un peintre de Bruxelles, nommé Bouillon, puis chez un autre, nommé Michel Bourdeaux, qui lui firent dessiner des figures et des paysages d’après nature. C’est dans l’atelier de ces maîtres qu’il connut le peintre Fouquières qui le prit en affection, lui donna des conseils et le fit bientôt travailler chez lui sous ses yeux et pour son compte. Son père voulut le faire entrer dans l’atelier de Rubens, à Anvers, mais il préférait faire un voyage en Italie. Il partit donc de Bruxelles à dix-neuf ans, en 1621, et vint à Paris avec l’intention de s’y arrêter quelque temps. Il avait fait connaissance de Jansénius, Flamand d’origine, qui fut son initiateur et lui inculqua sa doctrine. 11 fit aussi à Paris la rencontre de Rubens, avec lequel il se lia d’amitié : il peignit, ainsi que lui, dans les appartements du palais du Fuxembourg, quelques sujets pour la Reine, et fut, dès lors, chargé d’une très-grande quantité de travaux qui le fixèrent définitivement à Paris.

Il fut également l’un des amis du Poussin et de Lebrun. L’un de ses plus célèbres tableaux fut la Cène qu’il peignit pour le maître-autel de l’église de Port- Royal de Paris et dont il fit présent à ce monastère. Ce maître-autel était placé dans une niche sur plan demi-circulaire; nous ne voyons pas comment la peinture dont il s’agit, qui a disparu, a pu s’ajuster avec une semblable disposition. Il peignit six tableaux

L’EGLISE ET LE MONASTERE

aux Carmélites de la rue Saint-Jacques, église aujourd’hui démolie, diverses peintures dans les châteaux de Bois-le- Vicomte et de Richelieu, au couvent des Filles-du-Calvaire joignant le Petit-Luxembourg, également démoli en partie; le Vœu de Louis XIII, placé jadis à Notre-Dame de Paris, devant l’autel de la Vierge, ainsi que les autres tableaux destinés au chœur de Notre-Dame et qui devaient être exécutés en tapisserie, puis ceux de l’église Saint-Gervais. On lui doit les quatre figures, les Pères de l’Eglise, qui ornent les pendentifs de la coupole de la Sorbonne. Il fît encore un très-grand nombre de portraits, parmi lesquels ceux du cardinal de Richelieu et des religieux de Port-Royal. Il faut citer surtout la Mère Agnès et la Sœur Catherine de Champagne, l’un de ses chefs-d’œuvre, tableau conservé dans les galeries du Louvre. Félibien dit qu’il fît aussi plusieurs portraits du Roi et de la Reine régente, qui lui ordonna de peindre dans son appartement du Val-de-Grâce plusieurs sujets de la vie de saint Benoît, auxquels Sa Majesté prenait plaisir à le voir travailler toutes les fois qu’elle allait à ce monastère.

Champagne fut naturellement désigné en février 1648, époque de la fondation de l’Académie de peinture, pour en faire partie : plus tard il en fut nommé recteur, et montra dans cette charge un désintéressement admirable, « faisant part de ses émoluments à ceux qui en avaient besoin, et ne les voulant recevoir que pour en faire du bien aux autres ».

Un homme qui fut janséniste comme Champagne, et comme lui intimement lié avec Messieurs de Port-Royal, Félibien, a écrit avec quelque soin la vie de ce peintre dans ses Entretiens, et il est d’autant plus important de suivre ici

cet auteur qu’on peut voir, au portrait qu’il en a tracé, que certainement il l’a connu. « C’était, dit-il, un homme d’un naturel doux, d’un maintien sérieux et grave et d’une conscience droite. Il était assez bel homme, la taille haute et le corps un peu gros. Il était sobre et réglé dans sa manière de vivre... » Ce portrait, fort ressemblant à celui que Champagne a peint lui-même, est aussi tout à fait conforme au caractère moral de ses œuvres et nous donne sur-le-champ la plus juste idée du personnage.

Il signait Philippe de Champaigne ; son nom est enregistré dans le Nécrologe, dressé parla mère Angélique, de tous les solitaires de Port-Royal et de tous ceux qui avaient honoré ce monastère de leur amitié.

« A le considérer sous ce rapport qui est essentiel, il est véritablement un peintre français ; et, bien qu’il soit né à Bruxelles, en 1602, qu’il soit Flamand par sa naissance, on peut dire que les circonstances historiques au milieu desquelles il vécut l’ont tellement francisé, qu’il représente un des aspects les plus saisissants de notre histoire. Champagne est Français, comme Van Ostade, qui naquit à Lubeck, est cependant de l’école de Hollande ; comme Albert Dtirer serait toujours Allemand, à supposer même qu’il fût né à Strasbourg ou à Nancy l. »

Il mourut le 12 août 1674 et fut inhumé dans l’église Saint-Gervais qui était sa paroisse2.

« La gloire de Philippe de Champagne, dit encore M. Charles Blanc, est d’avoir été le peintre ordinaire de Lort-Royal et de se rattacher ainsi à un des plus célèbres

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