‹ L'église et le monastère du Val-de-Grâce, 1645-1665Chapitre 7 sur 30 · Lemaire, 168*). 11' vol, p · texte numérisé non relu

Lemaire, 168*). 11' vol, p

JO

L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE

ans; de la marquise de Seneçay, sa gouvernante; du comte de Charost, capitaine des gardes; du duc de Saint-Simon, son premier écuyer; des officiers de sa couronne et seigneurs de sa cour, et d’une grande partie du régiment des gardes.

« Les mousquetaires, rangés sur une double haie, occupaient le haut de l’ouverture des fondations ; les Suisses étaient dans la tranchée, sur les parois de laquelle régnaient de magnifiques tapisseries du Louvre ; plusieurs tentes avaient été dressées pour cette magnifique solennité; huit étaient destinées aux religieuses; mais celles-ci, par esprit d’humilité, préférèrent rester dans leur couvent. »

« Jean François de Gondi, archevêque de Paris, en camail et en rochet, avec l’étole, précédé des porte-croix et porte-crosse, escorté d’un nombreux clergé, bénit la pierre et les tranchées destinées aux fondations. La musique du Roy, pendant la cérémonie, accompagnait le chant des chœurs. » « Le Roy, que le duc de Saint-Simon tenait dans ses bras, passa au milieu des gardes suivi de la Reine-mère, de Monsieur et de tout son cortège. »

« Arrivé à l’endroit désigné, on lui donna une truelle d’argent dont le manche était garni de velours bleu, et il fit de bonne grâce tout ce que la régente lui avait dit... » Ces fouilles béantes furent un moment, on vient de le voir, revêtues des plus somptueux habits. Assurément si l’on fait intervenir ici parla pensée, avec les tentes et les tapisseries multicolores, les vêtements du clergé, les brillants costumes civils et militaires de la cour et de l’armée, on comprendra que ce spectacle dut être saisissant. Litait-ce trop d’ailleurs de ces richesses pour répondre à la pensée de la Reine, et pour recevoir ce heau spécimen d’architecture si caractéristique du siècle de Louis XIV?

DU VAL-DE-GRACE. n

François Mansart, « le plus renommé de tous les architectes français », dit Germain Brice, « avait été choisi comme le plus capable d’imaginer quelque chose de grand et d’extraordinaire ». 11 avait conçu le remarquable plan d’ensemble que nous donnons ici (PI. III ). Il construisit rapidement la vaste crypte placée au-dessous (PI. IV), et fut bientôt arrivé à la hauteur du pavé du péristyle au-dessus duquel il posa les premières assises de l’église jusqu’à environ trois mètres de hauteur. Mais les dépenses faites jusqu’alors parurent considérables (ce qu’il était facile cependant de justifier par l’état particulier du sol sur lequel il avait fallu bâtir), et François Mansart, pénétré de son sujet, ne voulait d’ailleurs rien changer à l’importance du projet adopté. L’auteur de l’œuvre avait déclaré résolument qu’il entendait modifier et améliorer son projet pendant l’exécution s’il le trouvait nécessaire; cette attitude déplut grandement : on pensa que ce serait courir trop de risques et que d’ailleurs ce qu’il y avait d’indécis dans la situation ferait en outre perdre beaucoup de temps; le caractère peu souple de Mansart fut cause de sa perte. Ce qui aurait dû être considéré plutôt comme une garantie de succès, puisque l’artiste choisi témoignait parla de l’amour qu’il avait de son art et de son œuvre, fut condamné ; de sorte que, chose fort regrettable, on lui retira la direction des travaux.

Jacques Le Mercier continua l’œuvre commencée, ce qu’il fit toutefois, il faut bien le noter, d’après les dispositions générales du projet primitif de Mansart. A quoi bon dès lors toutes ces rigueurs contre l’auteur du projet ?

Avant d’aller plus loin jetons un coup d’œil sur la médaille placée dans les fondations, et particulièrement sur

L’ÉGLISE ET LE MONASTÈRE

la façade principale (Pl. I, fig. 2) qui nous montre le projet de Mansart, que nous n’avons trouvé nulle autre part. En effet cette façade diffère sous certains rapports du monument exécuté comme aussi des gravures anciennes, postérieures cependant à Mansart, et qui prétendent exprimer son projet : ainsi l’ordre du rez-de-chaussée du péristyle est ionique sur la médaille, tandis qu’il est réellement corinthien; les ailerons de l’étage supérieur sont de forme concave et se terminent en bas par des figures, tandis qu’elles sont en console renversée ; les quatre angles situés à la hauteur du départ du dôme sont couronnés par des obélisques empattés, et non par des lanternes à coupole; les chapelles de la croisée sont d’égale saillie, et l’on sait que, dès l’origine, elles durent être inégales; mais cela a été fait certainement pour la symétrie de la médaille; enfin la décoration du mur de la façade qui cache une partie de ces chapelles est aussi plus simple que celle qui existe aujourd’hui1.

Le Mercier éleva les murs de l’édifice depuis le point où Mansart les avait laissés jusqu’à la hauteur de la corniche de la nef; il y était arrivé en 1651; il avait modifié les plans en ajoutant la chapelle située au delà du maître-autel, dite chapelle du Saint-Sacrement. Nous ignorons quelle était exactement la forme du plan conçu par Mansart; Germain Brice, qui parle de cette modification, ne nous éclaire pas sur ce point.

1. Une autre médaille gravée par Molart, portant par erreur la date du J septembre i J 3 8 , et dont le coin est à la Monnaie, représente d’un côté Louis XIII, et de l’autre la façade actuelle du Val-de-Grâce (qui est d’une grande exactitude ) avec cette inscription :

Ob gratiam àiu desiderati regii parties.

Nous ne savons dans quelle occasion, ni à quelle époque, cette médaille a ét^ frappée.

A cette époque les guerres civiles avaient jeté le trouble dans les finances et il fallut arrêter les travaux. En effet, le parti puissant qui s’était formé sous le nom de la Fronde répondit à Mazarin, qui l’avait froissé par l’arrestation de deux membres du parlement, en faisant élever des barricades dans Paris. La Reine se retira à Saint-Germain avec le jeune Roi. Bien qu’au fond ces troubles ne fussent qu’une lutte d’amour-propre, ils durèrent assez longtemps pour que les travaux du Val-de-Grâce ne pussent être repris qu’après la majorité du Roi, en 1654. Les cinq mois d’exil du Cardinal, la haine acharnée de ses ennemis qui abusaient de la faiblesse d’Anne d’Autriche, eurent sans doute une influence sur la marche des travaux comme sur la façon dont ils furent dirigés, et nous 11e savons trop si le choix des architectes répondait également aux vues de la Reine et à celles de ses conseillers. Toujours est-il qu’en cette année 1654, nous voyons apparaître le nom d’un nouvel architecte, Pierre Le Muet, auquel on donna la direction générale des travaux.

Il faut dire que le remplacement de Le Mercier s’explique naturellement, car sa mort arriva avant le mois de juin 1654, quoique G. Brice et les écrivains qui l’ont suivi le fassent vivre jusqu’en 1660. Nous en trouvons la preuve, dune part, dans l’acte de décès de sa femme, daté du 5 juin 1654, indiquant qu’elle mourut veuve l, et, d’un autre côté, dans le Livre des dépenses de la Reine Anne d’ Autriche i , où on lit :

« A Allixde Champeaux, veuve de feu Pierre Marigny, bourgeois de Paris, mère de la veuve de feu sr Le Mercier,

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