EXTÉRIEUR
L'extérieur de l'église de Conques est d'une grande sévérité. L'abside seule, avec sa couronne de chapelles rayonnantes, présente une certaine élégance. Cependant ce n'est plus l'élégance qui donnait aux constructions de l'école auvergnate une grâce si riante. L'ordonnance générale est la même, sans doute, mais il manque l'ornementation multicolore des absides de Notre-Dame-du-Port, de Saint-Paul d'issoire, ou de Brioude. Néanmoins cet ensemble d al)sidioles, de toitures, de contreforts, de corniches à modillons et d'arcatures plaît à l'œil et le satisfait.
11 y aurait à faire, entre l'abside de l'église abbatiale de Conques et celle de Saint-Sernin de Toulouse, de curieux rapprochements, qui montreraient l'étroite parenté de ces deux édifices. Disons seulement ici que le petit nombre d'années qui a séparé leur construction, indépendamment de leurs caractères communs, autorise à croire que la même pensée a pu présider à leur conception.
Le soubassement des absidioles est buté par des contreforts carrés, qui, à la hauteur de la base des fenêtres, se continuent par une colonne semi-circulaire engagée. Celle-ci, terminée par le triple rang de billettes qui couronne les archivoltes, supporte la corniche du toit par l'intermédiaire dune colonnette et de son chapiteau. Toutefois, dans les angles renirants formés par le mur des absidioles et celui du déambulatoire, la colonnette isolée s'élance directement du contrefort carré à la base du toit.
De nombreux modillons, la plupart à copeaux, plusieurs à figures grimaçantes, portent les corniches
L'KGLISE
(les toits (Ifs chapelles, du triroriuni et de la nef haute, (^■tte dernière présente une arcature supportée pai*
des colonnettes engagées, dont les chapiteaux sont ornés de feuilles deau.
On aperçoit, sous le toit du triforium, des rangées debillettes, interrompues de distance en distance par des figures d anges et d'animaux fantastiques.
Des chapelles qui s'ouvrent sur le transept, celles qui sont le plus rapprochées du chœur sont seules apparentes à l'extérieur. Leur toit, plus bas que celui des absidioles du rond-point, est supporté par des raodillons, sans billettes. Les deux autres sont pratiquées dans l'épaisseur du mur.
Aux extrémités du transept, des contreforts correspondent aux divisions intérieures en trois parties. Au sud, s'appuie une tourelle cylindrique dans laquelle est pratiqué l'escalier qui donne accès dans le triforium, puis dans les combles, et de là dans la tour centrale. Celle-ci s'élève au dessus du dôme intérieur. Elle est octogone, à deux étages percés chacun d'une ouverture en plein cintre sur chaque face. Les ouvertures de l'étage inférieur s'ouvrent sur l'intérieur de l'église ; celles de l'étage supérieur éclairent le beffroi. Un clocher couronne le tout.
A l'ouest de chacun des bras du transept s'ouvre une porte élégante dont les archivoltes multiples reposent sur les chapiteaux d'autant de colonnettes.
Quant à l'extérieur de la nef, il est d'une grande simplicité. Des contreforts carrés épaulent le mur du collatéral et accusent les travées intérieures, dont chacune a deux fenêtres superposées appartenant, l'une au bas-côté, l'autre à la galerie du triforium. Le toit du bas-côté et celui de la nef haute sont supportés chacun par une rangée de modillons, ils appartiennent à la reconstruction. Nous regrettons que là, aussi bien que dans les clochers de la façade, 1 architecte actuel n'ait pas cru devoir donner aux modillons
L'PZGLISE
et aux chapiteaux une variété plus grande et plus en harmonie avec les parties anciennes de l'édifice.
Ne nous éloignons pas de l'extérieur de l'église sans signaler, adossés à divers points de sa muraille, des enfeux au nombre de neuf, dont les tombeaux
sont uniformément abrités par une arcade surmontée d'une toiture. Plusieurs présentent des colonnettes à chapiteaux intéressants, ou des modillons variés, ou des armoiries généralement assez frustes pour ne pouvoir être déterminées que difficilement. Celui de ces enfeux qui est placé contre la troisième travée méridionale, à l'endroit où aboutissait le côté occidental du cloître, a servi de sépulture au célèbre abbé Bégon III, qui a tant contribué à enrichir le trésor. De chaque côté d'un bas-relief énigraatique abrité par l'arcade, se lit l'inscription suivante, fort bien conservée :
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TEDITADAV^TRVM
SOLLERTICVRAGESS ITETALTAPLVRA ! NI [:ilAVDAND9PSE CtAVIRVENRANDS = ?UIVATINETNVRE GÊLAVDÂDOSVPNV''
1. En voici la lecture et la traduction : n Hic est abbas situs, divinâ lege peritus, vir Domino gratus, de nomine Bego vocatus. Hoc peragens claustrum, quod versus tendit ad austrum, sollerti cura bona gessit et altéra pliira. Hic est laudandus per secula vir venerandus. Vivat in leternum, regein laudando supernum.
« Ici repose un abbé, versé dans la science de la loi divine, homme agréable au Seigneur; il se nommait Bégon. Il acheva ce cloître qui s'étend vers le midi, et mit ses soins diligents à faire nombre d'autres bonnes œuvres. Cet homme vénérable sera à jamais digne de louanges. Qu'il vive éterncllemcnl, en redisant les louanges du Roi suprême. »
L'EC.LISK
Du cloître de l'abbaye, que mentionne cette inscription, il ne subsistait, croyait-on, que les deux arcades intéressantes que l'on voit au dessous du transept. Tout le reste senil)lait avoir été complètelucnt détruit à la Révolution. En 1890, on faisait an
presbytère d importants travaux d'entretien, lorsque les ouvriers mirent à jour plusieurs arcades jusqu'alors cachées dans la muraille du levant, sur laquelle s'élève le rez-de-chaussée de la construction. C'était une partie de la galerie occidentale du cloître, qui aboutissait à l'enfeu de Bégon. On avait trouvé tout simple, lors de la construction du presbytère, d'en élever le mur sur ces substructions, dont on avait
cru sans doute augmenter la solidité en aveuglant les baies au moyen d un blocage.
Aujourd'hui ces restes vénérables sont restaurés avec soin. Les arcades ont été ouvertes; elles éclairent une vaste salle dans laquelle a été installé un musée ^ composé de fragments et d'objets de toute sorte, dont le plus grand nombre ont été trouvés ou recueillis à Conques même. Les piliers et les colonnettes qui supportent les arcades, géminées pour la plupart, ont de fort beaux chapiteaux. On voit encore, dans les tympans, des restes assez considérables de peintures décoratives.
Ce qui subsiste est assez intéressant pour faire regretter davantage ce qui a été détruit, et assez bien conservé pour permettre de se faire une idée de l'ensemble.