‹ L'Église et le trésor de ConquesChapitre 10 sur 40 · LEGLISE · texte numérisé non relu

LEGLISE

Le rond-p,)int du chœur préscnle de chaque côté un pilier carré, légèrement arrondi aux angles, puis six colonnes cvlindi"i([ues disposées en denii-ceicle vt sup|)orlant sur leurs chapiteaux des arcades surhaussées. Au dessus, une arcature de sept ai'cades continue le triloriuru. Trois de ces arcades sont percées d'ouvertures sur la galerie voûtée en deuiil)erceau annulaire. Un second étage, semblable au premiei*, surmonte ce dernier, présentant toutefois cette différence <pie ses trois fenêtres s'ouvrent à l'extérieur, lùiiîn une voùle en cul de four couronne le tout.

Le déami)ulaloire est voûté en voûtes darète sans doubleaux. Les colonnes du pourtour du chœur reposent sur un stylobate de pierre. Celles qui leur font face sont élevées sur un banc continu, couronné par les fragments d'une corniche ornés de fleurons ou lie deux rangs de billettes, et qui semblent avoir apj)artenu à 1 église primitive.

Sur ce déambulatoire s'ouvrent trois absidioles Yoûtées en cul de four et éclairées chacune par trois fenêtres en plein cintre. Celle de ces absidioles qui est dans l'axe de 1 édifice, plus grande que les autres, lorme en plan une demi-circonférence outrepassée'. Kniln, entre les chapelles, des fenêtres éclairent le •déambulatoire.

Il y aurait à noter, à l'intérieur de cette remarquable église, bon nombre de particularités intéressantes, dont la description dépasserait les limites assignées à ce travail. Il faudrait décrire minutieuse-

1. Le 10 juin 18'Jl. 011 trouva, dans le massif de l'autel de eette chapelle, une ampoule de verre conlenant un fragment de eôte

ment les chapiteaux qui sont nombreux et offrent une variété inépuisable d'ornementation. Beaucoup sont historiés ; d'autres, plus anciens sans doute, sont couverts d'entrelacs. Il faudrait faire remarquer les profils variés des bases des colonnes et des piliers ; les socles, circulaires dans la nef, polygonaux dans le chœur et le transept; la différence de niveau entre le côté nord et le côté sud, différence nécessitée par la déclivité du terrain rocheux qui sert de base à l'église; les représentations symboliques qui ornent certaines parties de l'édifice; les inscriptions qui se lisent çà et là. Bornons-nous à relever, parmi ces inscriptions, celle qui se voit sur une banderole, au fond du transept méridional : BGRnÀRdMEFeCI « Bernard m'a fait ». Quel était ce Bernard ? Probablement quelque moine de l'abbaye de Conques. Mais faut-il voir en lui l'imagier

humaine, et une plaque de plomb sur laquelle est gravée cette inscription :

ANNO DNT MITlO VI Çc XXXII MENSESEPT SSIAC . ET PHILI. DICATV CV HISCE RE LIQVHS IBIDE INVENTIS REPA RATV FVIT CVRA ET SVMPTV lOANNIS MADRIERES PNTIS ECHL/E SACRIST/E HOC ALTARE

« L'an 1632, au mois de septembre, cet autel, consacré aux saints Jacques et Philippe, avec ces reliques qui y furent retrouvées, fut restauré par les soins et aux frais de Jean Madrières, sacristain de la présente église. »

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qui a sculpté le personnage qui tient la banderole, ou |)lut()t le maître de l'cfuvre qui -a. tracé les j)lans de notre église ? Les documents nous manquent pour répondre à cette doul)le question, et Bernard a emporté, comme tant d'autres modestes artisans du moyen âge, son secret dans la tombe.

SAClilSTIK

Au fond du bras méridional du transept, un mur percé d'une porte et de deux petites fenêtres grillées s'avance jusqu'à la hauteur des premiers piliers et forme un des trois côtés d'une construction cjui renferme la sacristie. A la partie supérieure de ce mur se voient des restes assez considérables de peintures murales du xv^ siècle, accompagnées d'inscriptions très incomplètes. On distingue cependant encore quelques scènes du martyre de sainte Foy, dont des vers disposés en quatrains formaient la légende. Si endommagées que soient aujourd'hui ces peintures, elles offrent cependant un réel intérêt, et, loin de songer à démolir le mur qu elles couvrent, on devrait bien plutôt prendre soin de leur conservation. Les peintures murales de cette épocjue sont assez rares pour qu'on cherche à assurer leur durée, et non à les détruire. Celles de Conques, en particulier, exécutées |)ar une main douée d une certaine habileté, fourniraient des renseignements intéressants pour l'histoire du costume au moyen âge.

Nous avons dit dans l'Introduction de ce travail que, selon une tradition qui n'est pas sans fonde-

ments, les fers des prisonniers délivrés par l'intercession de sainte Foy auraient fourni la matière des grilles qui entourent le sanctuaire de l'église.

Ces grilles sont au nombre de sept, et paraissent avoir été forgées au xii^ siècle. Elles constituent une œuvre de ferronnerie importante et remarquable, et témoignent d'une grande habileté de main et d'une

grande fécondité de conception. Placées dans les entrecolonnements, elles n'ont pas moins de 2"° 50 de largeur et près de 3 mètres de hauteur. Destinées à protéger le trésor que 1 on conservait au fond du sanctuaire, elles offrent, à une certaine hauteur et à la partie supérieure, deux rangées de pointes aiguës et recourbées qui devaient rendre au moins très difficile toute tentative d'escalade. Des têtes de dragons, d'un travail intéressant, ornent la naissance de ces

pointes. Le dessin de chaque réseau, différent des autres, est élégant et délicat. On trouverait difficilement, de la même époque, une œuvre similaire aussi considérable et aussi intéressante.

SUBSÏHUCTIOXS

En creusant, il y a quelques années, le pavé du sanctuaire, on découvrit les restes d'une construction circulaire en petit appareil dans lesquels on voulut voir les substructions d'un temple païen. Sans vouloir discuter la question, contentons-nous de dire que les païens n'avaient que faire dans un lieu aussi sauvage et surtout inaccessible; que rien d'ailleurs ne nous empêche de croire que les cénobites^, qui devaient construire comme on construisait autour d'eux, c'est-à-dire d'après les traditions romaines, n'aient élevé là un sanctuaire qui leur servait de lieu de réunion et de prière. Il n'est pas inadmissible qu'il y ait eu parmi eux des prêtres qui célébraient en présence des autres les saints mystères.

D ailleurs, puisque le champ est ouvert aux hvpothèses, pourquoi ne serait-il pas permis de voir dans ces substructions les restes de la cellule ou de l'oratoire de Dadon ? La piété filiale n'aurait-elle pu inspirer aux moines du xi® siècle la pensée d'élever le sanctuaire de leur église là où avait vécu et prié leur fondateur ?

1. Tout en contestant l'existence dans la Vallée rocheuse du millier d'ermites dont il est question dans la Chronique, nous sommes bien éloigné de nier qu'il y ait eu là quelques cénobites avant la fondation de Dadon.

3't L'EGLISE ET LE TRESOR DE CONQUES

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