‹ L'Église et le trésor de ConquesChapitre 26 sur 40 · Haut., 0.34; lar · texte numérisé non relu

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Parmi les fragments qui en font l'ornementation, plusieurs ont une origine commune. Ce sont d'abord trois plaques et un cercle de verroteries rouges et bleues, carrées el triangulaires, serties dans des cloisons en or; on sait que les objets de ce genre sont d'origine mérovingienne. On trouve aussi sur les deux tableaux quatre fragments d'inégale importance d'une même frise ornée de cabochons que séparent des dessins en fdigrane lisse et peu touffu. Les bâtes des cabochons sont entourées à leur base d'un filigrane tordu. Enfin cinq cabochons ronds, deux sur un tableau, trois sur l'autre, sont sertis dans des bâtes identiques, larges et striées à la base.

On trouve en outre sui* le tableau pentagone : un encadrement bordé d'un filigrane tordu et couvert de cabochons, au milieu desquels on voit quelques pierres gravées et un camée ; plusieurs fragments de plaques, gaufrées de triangles et bordées d'un rang de perles; une frise étroite, frappée de rinceaux présentant des feuillages et des fruits ; deux fragments d'argent repoussé représentant des tiges symétriques de caractère oriental; enfin, au centre, fixé au milieu d'une plaque de verre par six bandes de métal, un joli bijou qui a pu constituer un mors de chape. Il est en forme de quatre-lobes à redans, couvert de filigrane touffu et tordu, dont les enroulements se terminent par une sorte de fruit, et au milieu duquel étaient sertis dans leurs bâtes douze petits cabochons dont plusieurs manquent aujourd'hui. Au milieu est encadré un disque de nacre exfolié.

Quant au tableau hexagone, on y voit : trois plaques ou fragments de plaques lisses, ayant une bordure perlée, et portant, sertis dans des bâtes ou des

griffes, plusieurs cabochons et une pierre gravée ; deux morceaux d'une plaque d'argent portant en relief des fragments d'un personnage ; une frise d'argent repoussée de rinceaux du xii"^ siècle, parmi les-

quels se voient deux têtes d'oiseaux; un fragment de cette plaque couverte de fleurs de lis et de fleurons qui se retrouve sur la statue d'or de sainte Foy et sur « l'autel portatif en albâtre oriental » ; des bordures finement striées ; une frise portant des cabochons ronds, montés sur des bâtes semblables aux

cinq isolées que nous avons signalées, et que séparent de petits cabochons autour desquels rayonnent quatre petites consoles en S ; huit plaques d'argent niellé, dont quatre ont dû être les quatre faces d'une pyramide, et dont les quatre autres forment un anneau autour du cercle de verroteries. Ce dernier encadre à son tour une longue bâte garnie de neuf petits cabochons, et sertissant elle-même un gros cabochon.

Trois ouvertures rectangulaires servaient à placer les reliques sous verre. On lit au fond de l'une d'elles : HIC ! lACENT i MVLTA ! CORPORAi

SACTORVl&iSACTARV '

C'est encore au temps de Bégon III, probablement au commencement du xii^ siècle, que ces deux pièces ont dû être composées.

Dans le reliquaire pentagone, de nombreux objets sont partagés en sept paquets, dont trois sont renfermés dans des étoffes de soie de différentes couleurs, et les quatre autres dans des boîtes de diverses formes, dont l'une est en os gravé de figures géométriques. Parmi les objets, se trouvent des ossements plus ou moins considérables, des lambeaux d'étoffes, des cheveux, une dent, des fragments d'une statuette en terre cuite, les restes d'un papier du xvi*^ siècle, portant une inscription devenue illisible, des petits boutons recouverts de fil d'or.

Deux boutons semblables se trouvent dans le reliquaire hexagone, qui contient en outre soixante débris d'ossements dont plusieurs sont assez considérables, des morceaux d'étoffes diverses, du plomb,

1. Ici reposent beaucoup de reliques de saints et de saintes.

du bois, de la pierre, de la terre cuile provenant d'une statuette. Parmi les ossements, quatre proviennent d'une tète, et l'un deux porte les lettres A. M. On en a conjecturé qu'ils pourraient provenir du chef de saint Antonin martyr, mentionné dans le Catalogue des reliques de Conques.

CHOIX liKLIQlAIRK A DOUIJLE TIJAVEnSK Haut. : 0.2(1. — Loq;;. .1 s travoises : O.IMi — O.KI.

Sur une boule en argent doré munie d'une douille, s'élève une croix en argent doré, à double traverse. A chaque intersection est pratiquée une ouverture en croix destinée à contenir une relique, apparemment de la vraie Croix. Quatre petits quatre-feuilles et trois petits cercles en filigrane ornent les plats et les extrémités des bras. Au dessus de la boule est simulée une ouverture allongée.

Cette pièce date du xn'' siècle.

COFFRE EN CVIR , OIÎXÉ o'ÉMAUX Long. : 0.52. - Haut. : 0.2C. — Prof. : 0.28.

Depuis longtemps on n'avait plus de sainte Foy, indépendamment de son chef, contenu dans la statue d'or, que des reliques minimes, et l'on ignorait où se trouvait le principal dépôt de ses ossements sacrés. Une circonstance fortuite devait les faire découvrir. Lorsque, en 1561, les protestants avaient tenté d'incendier l'église, on avait dû consolider les colonnes du chœur en les enfermant dans une muraille en maçonnerie qui s'élevait jusqu'à la hauteur des cha-

Ik L'ÉGLISE ET LE TRÉSOR DE CONQUES

piteaus ^ Le 21 avril 1875, on démolissait ce inur, afin de dégager les piliers, lorsqu'on découvrit une cavité dans laquelle se trouvait, enfernîé dans un premier coffre en bois complètement vermoulu, un second coffre en bois dur, qui contenait les principaux ossements de la jeune martyre. C'est ce coffre, restauré avec soin , que nous avons sous les yeux ^. Il est recouvert de cuir noir, semé de petits clous

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•d'argent qui forment des rosaces, des enroulements et des fleurons élégants. Il est, de plus, orné, tant sur le couvercle que sur les faces et les côtés, de vingt-six disques d'émail champlevé sur fond d'or'. On y voit des animaux fantastiques, des griffons et des oiseaux affrontés, dont la facture atteste une

1. Un double tournois de 1590, trouvé en même temps au même endroit, semblerait indiquer ]'épo([ue oii fut terminé ce travail.

2. Le revêtement en cuir a été appliqué sur une nouvelle âme -en bois. On a conservé au Musée les fragments de l'ancienne.

3. Plusieurs de ces plaques manquaient. Quelques-unes ont •été retrouvées à Conques même, où on les avait percées d'un

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grande habileté de main. Les couleurs employées sont le blanc, le vert et deux nuances de bleu, turquoise et lapis.

Cet intéressant et vénérable monument porte sa date. Sur la tranche de deu.x: des disques émaillés^ on lit ces deux vers léonins :

+ SCRINIA CONCHARVM ': MONSTRANT

opus ; vndiq:ve: ; clarvm '

+ HOC ORNAMENTVM BONE SIT FACII MONIMENTVM-

Or ce Boniface, dont le nom a été si singulièrement coupé pour le besoin du vers, fut le successeur de Bégon III et gouverna l'abbaye de Conques de 1110 à 1119. Il dut ti'ouver encore florissants les ateliers d'oii étaient sorties sous son prédécesseur tant d'œuvres remarcjuables, et avoir à cœur d'en empêcher la décadence.

Nous inclinerions cependant à croire , avec M. Bupin^, que le coffre seul aurait été fabriqué aa temps de Boniface, qui y aurait appliqué des émaux provenant d'une chasse faite sous l'abbé Etienne (042-984), pour renfermer les reliques de sainte Foy. Cette châsse primitive semblerait désignée dans des

trou pour en faire des bobèches. D'autres se trouvent dans des collections particulières qui ont refusé de s'en dessaisir. Les lacunes ont été comblées par des plaques fabriquées avec beaucoup d'habileté par M. Poussielgue , de Paris.

1. Les coffrets de Conques montrent de toutes parts un travail remarquable.

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