‹ L'Église et le trésor de ConquesChapitre 37 sur 40 · LA VIE DE SAINCTE FOI ET SAINT CAPRES · texte numérisé non relu

LA VIE DE SAINCTE FOI ET SAINT CAPRES

ET DE SES COMPAIGXOXS le vj octobre.

Saincte Foi a prins sa naissance à Agenny (Agen), ville d'Aquitaine, et est issue de noble et illustre parenté, laquelle elle augmenta davuantage pour la foi ardente qu'elle avait en Jésus Christ et pour l'excellence de virginité. On récite que dès l'aage de sept ans, elle était tant remplie du sainct esprit quelle annonçoit hautement et appertement la cognoissance de Jesuchrist, non sans grande admiration de plusieurs, lesquels voyâs cette jeune fille parler d'un langage tant miraculeux et estrange, embrassèrent la religion chrestienne et renoncèrent à leur idolâtrie. En ce temps Diocletian et Maximian empereurs côstituerent pour leur lieutenant un nommé Dacian en la Guyenne, pour retenir le peuple en leur religion diabolique, et de punir et tourmenter ceux qui se convertiroient à Jesuchrist. Ce Dacian étant aduerty de la renommée de saincte Foi, commanda .qu'on l'amenast deuant luy. Alors ceste saincte

vierge, cognoissant bien pourquoy on la prenoit, fait ceste prière, Seigneur Jésus Clirist, qui as accoustumé tousiours de secourir tes seruiteurs en leurs tribulations je te prie de vouloir assister à ta semante et de luy fournir de quoy respondre deuant la face du tyran, selon que tu l'as promis en tes saincts éscrits. Ceste oraison acheuée, elle se munit du signe de la croix, puis se présenta deuant Dacian, lequel l'interrogea comment elle s'appelloit je suis (dit-elle) chrestienne, et m'apelle Foi, et ay apprins dès mon berceau d'honorer et réuérer un seul Dieu Jésus Christ. Alors le lieutenant la pria doucement et par parolles gracieuses et affables, de laisser là la religion chrestienne, et de sacriffier à la desse Diane, luy prometant elle le faisoit, elle l'eceuroit beaucoup de biens de luy. Saincte Foi lui repondit : Monsieur j'ai aprins de mes parens que tous vos dieux estoient des diables, qui est cause que je ne puis leur déférer l'honneur qui appartient à un seul Dieu. Dacian ayant ceste réponse s'aigrit et se courrouça de telle façon qu'il la menaça de la toui'menter extrêmement, si elle ne sacrifîoit aux faux dieux. Saincte Foi, qui désiroit grandement d'exposer sa vie pour la confession du nom de Jésus Ghi'ist, luy dit : Sacrifiez à vos dieux si vous voulés , quant à moy je suis appareillée de n'endurer seulement divers tourments, ains la mort mesme pour le nom de Dieu. Le lieutenant voyant la côslance d'icelle, commenda qu'on despouillast deuant le monde, afin qu'ayant honte de sa nudité, elle peust estre distraite de son bon propos. Incontinent les bouraux la despouillerent; mais tant s'en faut que pour telle ignominie elle perdit sa constance et fermeté d'esprit,

que plutôt elle fut conlîrinée et corroborée : pourquoy le lieutenant aduisa de la tourmenter tant plus, et comanda qu'on la niist sur un gril couché sur une braise ardente et afin que la braise ne s'aniortist les bouraux jettoient de la graisse dessus, pour la faire flandioyer, afin quelle endurât tant plus de peine, mais au milieu de ces tourments elle louageoit et remerçoit Dieu d'une grande allégresse : de sorte que plusieurs, voyant la gravité de ses tourments et la constance d'icelle quittèrent leur idolâtrie et embrassèrent la foi crestienne, pour laquelle ils on depuis espadu leur sang à l'illustration du nom de Dieu. Or en cette misérable saison, en laquelle ce tiran inhumain escumoit sa rage contre les chrétiens, sainct Caprès voyant les peines innumerables qu'enduroit ceste simple vierge prioit nostre seigneur de lui assister, à ce que le courage ne lui défaillit pour quelque inhumanité ou cruauté qu'on luy exerceroit et esloit lors en une roche, quand il faisoit sa prière : et incôtinent il lui sembla voir descendre un pigeon du ciel, qui metoit sur le chef d'icelle vierge une couronne ornée de plusieurs perles et pierres précieuses, lequel esteignoit lardeur du feu par une subtile rosée, pourquoy il sortit hors de sa roche, et s'en vint au lieu oii elle estoit tourmentée, et preschoit dune constance inuincible qui côsistait en vn seul Jésus Christ. Le tiran le pria doucement de oC déporter de telles paroles qu'il tenoit, autrement s'il ne sacrifioit aux dieux, il le menassoit de le tourmenter fort rigoureusement. Mais voyant qu'il ne cessoit pour cela de publier et prescher les louanges de Jésus Christ, le feit tourmenter et marteler tout le corps. Sainct prime et sainct felician frères, considérant de

quelle allégresse et constâce sainct Caprès enduroit ces tourments, et aduisant à la gloii'e et au salaire qu'il receuroit de Dieu, délibérèrent de mourir avec luy ce malheureux tiran malry * outre mesure de ce que ses menaces et tourmens ne profitèrent de rien, ains encourageoint plusieurs a embrasser la foy, coramâda a ses bouraux de les mener tous au tëple de leurs dieux, et de les décapiter, s'ils refusoient a leur sacrifier. Eux donc estans menés devant les statues des faux dieux, ne voulurent aucunement recognoistre autre dieu que le créateur du ciel et de la terre : pour ceste occasion il eurent la tête trenchée, et obtinrent la palme du martyre, le sixième jour d'octobre . Les corps desquels les chrestiens enleuerent et enseuelirent en un lieu secret ou ils demeurèrent iusques au temps de Dulcidius, euesque du lieu, lequel construisit une église en l'honneur d'iceux et signamment de saincle Foi. Quelques temps après le corps d'icelle a été transporté en l'abbaye de Conchacence (Conques) en laquelle plusieurs et infinis miracles ont été fiaits par l'intercession et inuocation d'icelle, lesquels un nommé Bernard, maistre d'escole d'Angers a escrit il y a plus de cinq cents ans, et dédia son livre à Fulbert euesque es Chartres^, homme très docte lequel liure est digne d'estre leu, et le pourrons faire un jour imprimer pour perpétuer la mémoire de saincte foi et ])rescher les louanges de Notre Seigneur Jésus Christ, lequel est meruelleux opérateur en ses saincts.

Extrait d'un manuscrit du XV siècle, intitule : Leffcndx proprii Sanctoniin. (Bibliothèque municipale de Chartres, n° 47'J, g folio CCX.)

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