‹ L'Eglise et les chapitres de Reims avant 1790Chapitre 7 sur 22 · DIGNITÉS DE LA CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

DIGNITÉS DE LA CATHÉDRALE

Nous avons dit plus haut que ce fut Tarchevêque Ebon qui obligea ses clercs à manger dans le même réfectoire, à habiter le même cloître et à coucher dans le même dortoir. Le but de la vie commune, qu'il voulut fixer parmi eux, fut sans doute de délivrer la plupart des chanoines des soins de la vie présente afin qu'ils pussent se livrer entièrement à la prière'et à Tétude.

Pour cela, outre le soin et l'inspection générale que l'Evêque se conserva sur son clergé, on crut encore nécessaire d'établir ou de fixer pour toujours les différentes charges et dignités qui existent encore aujourd'hui dans cette église, et dont voici à peu prés les fonctions.

§. 1. Les deux Archidiacres.

La dignité d'Archidiacre est si ancienne dans l'Eglise de Jésus-Christ, qu'on fait remonter son origine jusqu'à Saint-Etienne même, auquel à la vérité les Grecs donnent quelquefois le nom d'Archi-diacre.

Dans les premiers siècles de l'Eglise^ les Archidiacres étoient chargés^ non du gouvernement qui toujours a été réservé à l'Evêque, mais de l'inspection de certaines provinces, ou contrée, que nous appelons aujourd'hui diocèses.

C'étoient eux qui avoient soin d'y recueillir les actes des martyrs ; ils avoient à leurs ordres d'autres diacres qu'ils envoyoient au besoin des églises et qui leur apportoient les consolations, les soulagemens ou les décisions dont ils avoient besoin.

C'est cet ordre de ministres et de gouvernement qui a donné lieu à l'établissement des Archidiacres et à la division de chaque diocèse en plusieurs doyennés confiés à leurs soins. Ils sont appelés par Isidore de Péluse les yeux des Evêques: par le Concile de Reims^ tenu sous Louis I«r, leurs adjuteurs dans le ministère et leurs coadjuteurs dans Véducation des prêtres; toutes expressions qui marquent les fonctions de leur dignité.

Il paroît que leurs soins ont été d'abord bornés aux seuls Diacres et aux autres ministres inférieurs ; mais dès le V« siècle, le pouvoir des Archidiacres de Reims s*étoit déjà beaucoup accru, puisqu'il s'étendoit sur les prêtres mêmes, et nous voyons que du tems de Hincmar ils jouissoient du droit de visite, de synode et de toutes les autres prérogatives qu'Ebon attribuoit aux Co-Evêques, et que le grade sacerdotal a été nécessaire pour pouvoir être promu à la dignité d'Archidiacre de Reims, quoique le titre ne fût pas essentiel dans beaucoup d'autres églises.

Il y a encore à présent deux Archidiacres dans l'église de Reims, l'un que Ton appelle Archidiacre de la Chrétienté, ou grand Archidiacre, et Tautre que l'on nomme l'Archidiacre de Champagne.

Ces dignitaires ont toujours occupé les premières places dans leur église, quoiqu'ils ne les occupoient pas au chapitre. Ils signoient les chartes qui concernoient les affaires de l'église avant tous les autres dignitaires, et avoient même le droit d'assister aux conciles et d'y représenter leur Evêque comme étant leurs vicaires-nés. Ce qui annonce encore jusqu'où s'étendoit autrefois le pouvoir des Archidiacres de Reims, c'est qu'ils avoient une cour archidiaconale commune avec celle de l'oflicial pour les causes ci-

vîles et ecclésiastiques. Cette cour Archidîaconale a subsisté jusqu'à l'archevêque Guy de Roye, qui, du consentement âe Clément VII, la réunit à la cour archiépiscopale, à la charge par rArchevêque et ses successeurs de payer annuellement au grand archidiacre la somme de onze cents pièces d'or monayées de France, dont on ignore aujourd'hui la valeur, et qui fut réduite par Renault de Chartres à 600 liv. sans aucune opposition de la part du cardinal Adrien, alors grand Archidiacre de Reims, laquelle somme lui est encore aujourd'hui payée par l'Archevêque. Les Archidiacj'es avoient aussi autrefois un cachet dist^ingué et à eux, sur lequel Ms étoient représentés revêtus d'une dalmatique et d'up manipule, tenant de la main droite une plume et de la gauche un livre sur lequel étoit écrit : Sceau de l'Archidiacre de Reims, Siglllum Remens Is Archidlaconi. L'usage où sont encore les Archidiacres de présenter les sujets à l'Evêque lors des ordinations nous rappelle celui où ils étoient anciennement. C'éloient eux qui étoient chargés du choix des sujets qui se présentoient ou se disposoient aux Saints ordres, ils répondoient à l'Evêque de leurs mœurs et de leur capacité (i), mais depuis l'établissement des séminaires, leur sollicitude à <cet égard est Meu

moins pénible.

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(1) Archidiacotius offerens lllos Ponlijlci^ elle il :

Reverendissime Pater, postulat sancta mater Eclesia Catholiça ut hos prœseutes subdiaconos ad onus Diaconii ordinetis.

Pontifex iiUevrogcUj dicens :

Scis illosdignos esse?

Respondel Archidiaconus :

Quantum humana fragilitas nosse sinit, ei scio, et testidcor ipsos dignos esse ad ujus onus officii.

Et Pontifex dicit.

Deo gratias, Pontificale Romanum, Ordinatio Diaconi (Ed.).

De toutes les prérogatives dont ils jouissoient, ils n'ont guère conservé que le droit de visite dans leur Archidiaconé et dans les prisons de la ville aux principales fêtes de Tannée, celui démettre TArchevêque et les Evêques de la province de Reims en possession de leurs sièges, et celui d'enterrement à la mort des Doyens et de leur Archidiaconé.

Le grand Archidiaconé est estimé aux décimes 1,500 liv., et paie de taxe 1G6 liv.

L' Archidiaconé de Champagne est estimé 125 liv., et paie de taxe 8 liv. 5 s.

La vingt-huitième prébende de la Collégiale de Montfaucon est annexée à l'Archidiaconé de Champagne et fait son principal revenu. Pour en percevoir les fruits, il est obligé de présenter à ce Chapitre un certificat d'assistance à la Cathédrale (1).

§ 2. Le Prévôt.

Le besoin que les Evêques ont toujours eu d'un économe, fait présumer que la qualité de Prévôt existoit aussi dans l'Eglise de Reims avant Saint Rigobert; mais avant ce prélat^ et peut-être encore de son tems, le Prévôt n'agissoit que sous la direction et par l'autorité de l'Evêque ; au lieu que depuis Ebon, son état est devenu tixe et indépendant.

Le Prévôt, chef du Chapitre, présidoit, comme il le fait encore aujourd'hui, à ses assemblées, qu'il a le droit de convoquer à son gré; il avoit autrefois une juridiction particulière, immédiate et très étendue sur le Chapitre et sur les membres dont il étoitlc

(1) Les derniers Archidiacres étaient :

1° M. delaCondamine, V'icaire général, grand Archidiacre. 2" M. Baulny, Archidiacre de Champagne et Chanoine depuis 1777. (Ahnanach de Reims, 1790).

supérieur. II avoit le droit de les reprendre et même de punir ceux qui avoient fait quelques fautes, ou par la privation de la table commune, ou par la prison, ou même par quelque châtiment corporel.

Il étoît encore chargé de l'administration extérieure, comme de veillera l'entretien des biens, aux achats pour le vestiaire, aux dépenses de la table, des bâtiments et des meubles. Il étoit aussi le protecteur né de son corps, et c'est de là que, lorsqu'il fait hommage à l'Archevêque en mettant la main gauche sur la poitrine, il tient la droite levée et la conserve libre en signe de l'engagement qu'il prend de défendre le Chapitre contre les entreprises du prélat.

C'est le prévôt qui, ordinairement, est chargé des harangues ou complimens à faire au Roi aux princes, princesses et autres grands seigneurs, lorsqu'ils viennent ou passent à Reims, et que le Chapitre les reçoit ou leur rend visite (1).

§ 3. Le Doyen.

Le mot latin Decanus, d'où vient celui de Doyen, exprime seul les fonctions de cette dignité, et annonce que dans l'origine il y avoit plusieurs Doyens, au moins dans les Chapitres un peu nombreux. Ils étoient préposés sur dix chanoines, dont ils observoient la conduite pour en rendre compte au Prévôt.

Cette pluralité de Doyens ne dura pas longtems, car vers le milieu du IX^ siècle, du tems d'Hincmar, nous voyons qu'il n'en restoit déjà plus qu'un seul, et que ses soins ne s'étendoit alors que sur les jeunes chanoines. Il présidoit au Chapitre, en l'absence du Prévôt, et c'est une prérogative qu'il conserve

(1) Le dernier Prévôt était M. Duroc de Maurous; il était, dit VAlmanach de Reims, 1790, Prévôt et Chanoine depuis 1772 (Ed.).

oncore aujourd'hui. Il y a apparence que le Doyen, outre la juridiction temporelle qu'il exerçoit sur les jeunes chanoines, étoit encore chargé de Tadministration des sacremens à l'égard de tous ses confrères (1). Il jouit encore aujourd'hui de cette juridiction sur eux, ainsi que sur les chapelains, et il a le droit de se nommer un chapelain aumônier, pour l'accompagner dans les fonctions de son ministère. Il lui donne le privilège de porter l'aumuse grise dans la cathédrale, et d'y assister aux offices* C'est probablement aussi en vertu do cette juridiction spirituelle, dont jouit le Doyen dans son église, que le droit de nommer un vicaire perpétuel à la paroisse de Saint-Michel lui a été cédé par le Chapitre, lequel se regarde comme le premier curé de cette église, qui étoit autrefois son réfectoire.

Cette dignité est estimée aux décimes 600 liv., et paie de taxe 53 liv. 16 s. (2).

§ 4. Le Chantre.

Il n'y a qu'un Chantre en l'Eglise de Reims. Cette dignité est certainement une des plus anciennes, puisqu'elle est une des plus nécessaires et des plus indispensables dans une église qui a toujours été aussi nombreuse que celle de Reims. On doit encore la regarder comme une des plus éminentes, si l'on fait attention à Timportance de ces fonctions et aux droits qui y sont attachés.

Il est certain que le Chantre est le modérateur du chœurj et qu'à lui appartient la discipline. Le chœur

(1) Il avait aussi le droit de correction, voir à VAppendice i. Exemple de fermeté de Raoul de Salisbury, Doyen du Chapitre de Reims.

(2) Le dernier Doyen est M. Pommier de Sarches, Doyen depuis 1770 et Chanoine depuis 1750 (Almanach de ReimSj i 190).

tenant, il a le droit d'y faire observer le bon ordre et la décence»

Sa place lui donne le pouvoir d'imposer silence à quiconque y causeroit, de reprendre toute personne qui y paraîtroit ou s'y tiendroit indécemment, de faire recommencer un psaume et même tout un petit office mal chanté.

C'est lui qui règle l'ordre et la marche des processions. 11 n'est obligé de porterie bâton qu'à la messe des jours auxquels Monseigneur officie; il le prend aussi pour aller chercher le Roi, lorsque Sa Majesté vient aux premières vêpres, la veille de son sacre ; mais il le quitte en entrant au chœur et le remet au Sous-Chantre, qui le porte le reste de l'office.

Le Chantre va encore à la tête du clergé chercher Monseigneur l'Archevêque à la chapelle du palais^ lorsque Son Excellence doit officier à vêpres, mais il y va sans bâton et entonne l'antienne du bas des degrés de la chapelle. Monseigneur tourné de son côté.

La fonction du chantre, les jours ordinaires, est d'entonner l'antienne du Benedictus à laudes, et celle du Magnificat à vêpres, il a même pour cela une rétribution quotidienne fondée. Ce qui prouve combien cette dignité étoit éminente, non-seulement au Chœur, mais encore au Chapitre, c'est qu'il en est un des trois Présidents-nés (i), et que, dans les adresses et les délibérations, il est cité conjoinctement avec le Prévôt et le Doyen.

Une des plus brillantes fonctions du Chantre de Reims est d'aller avec les Evoques de Laon et de

(1) Le Chapitre de Reims a trois Présidents-nés, qui sont le Prévôt, le Doyen et le Chantre. Si l'un manque^ celui qui suit a droit de présider en sa place ; et dans le cas où tous trois seroient absens, le Chapitre, alors, se nommeroit un président.

Beauvaîs, à la tête du clergé, éveiller le Roi le jonr de son sacre, et de l'amener en procession à la Cathédrale^ pour y recevoir l'onction sainte. Il frappe trois fois à la porte de l'appartement du Roi avec son bâton, et est introduit avec les Evêques députés dans la chambre de Sa Majesté. Les cérémonies du réveil étant terminées, il s'avance à la porte de la chambre, donne le signal pour partir et conduit ainsi le Roi à la Cathédrale (1).

§. 5 Le Sous-Chantre.

Le Sous-Chantre de Reims, quoique de très-ancienne création, ne paroit cependant pas avoir été de la première, puisqu'il n'a ni le titre ni les honneurs de dignitaire. Il est probable, que dans les premiers tems, le Chantre dignitaire éloit seul chargé et des fonctions qu'il conserve et de celles attribuées de plus au Sous- Chantre; le bon ordre du chœur et la distribution des offices, qui entraînent des détails infinis, auront sans doute décidé le Chantre à demander au Chapitre un Sous-Chantre, pour le soulager dans ses fonctions. Celui sur qui le choix de Messieurs les Chanoines se sera fixé n'aura pas consenti à n'être simplement que le représentant du Chantre, et de là est venue très probablement la cession et le partage des fonctions du Chantre avec le Sous-Chantre. On a donc attribué au Sous-Chantre les mêmes droits au Chœur en Tabsence du Chantre : il l'accompagne toutes les fois qu'il officie, et a même le droit d'entrer avec lui dans la chambre du Roi, lorsqu'il va éveiller le Roi le jour de son sacre ; il se place au pied gauche du lit du Roi et le Chantre au pied droit.

(2) Le dernier Chantre était M. Bourlier. Chantre et Chanoine <lepuis 1773 (Almanach de Reimsj i 190),

Les autres jours que ceux auxquels le Chantre officie^ c'est le Sous-Chantre qui porte le bâton, quand il y en a ; et alors il est accompagné d'un des Messieurs les Chanoines.

Conrime le Chantre est censé tenir toujours le chœur, et que sa présence y est jugée nécessaire^ on a chargé le Sous-Chantre de tous les détails extérieurs, tels que ceux de la sacristie et autres : ainsi, c'est lui qui indique Tordre et l'heure des offices, qui distribue aux chanoines leurs fonctions ainsi qu'au bas chœur, et qui veille à ce qu'ils s'en acquittent.

Il est aussi chargé de veiller sur les autres officiers de réglise, comme Bedeaux, Sonneurs, etc., et il leur commande avec autorité.

Quoique le Sous-Chantre ne soit pas dignitaire, sa place cependant paroit avoir été fixe et permanente ; il est nommé et mis en possession par le Chapitre.

On voit même par le catalogue des Sous-Chantres qu'il y en a eu qui ont permuté et même résigné cette commission, et on trouve encore dans le chartrier du Chapitre une résignation de cette espèce. Néanmoins, cette espèce de personnat n'est point imposée aux Décimes, ce qui annonce qu'il n'est pas regardé comme titre et comme bénéfice, quoiqu'il ait un revenu fixe.

La place du Sous-Chantre au Chœur est dans une des chaises, ou stalles hautes du milieu du côté gauche, au-dessous et immédiatement à la suite des Dignitaires, avant le premier Chanoine de ce côté. Cette place lui a été attribuée autrefois, afin qu'il pût pourvoir partout le Chœur en Tabsence et au défaut du Chantre. Ce qui semble prouver qu'il ne jouit pas de ce rang en vertu de sa place, c'est qu'il ne l'occupe pas dans les processions dans lesquelles il n'exerce pas sa fonction de Sous-Chantre.

La dignité de Chantre est estimée aux Décimes 900 liv., et paye de taxe 80 liv. 2 s.

La Sous-Chanterie n'est point imposée aux Décimes^ elle vaut au plus 50 écus (1).

§ 6. Le Trésorier.

Le nom de cette dignité annonce Tofflce de celui qui en est revêtu.

C'est lui qui est chargé du trésor de TEglise, des ornemens, des linges et autres dépôts précieux qui sont dans l'intérieur de la cathédrale. Comme ce soin entraîne beaucoup de détails, on a créé quatre contres ecclésiastiques et quatre laïques qui dépendent du Trésorier et sont à sa nomination. Chacun d'eux est obligé à un cautionnement assez considérable, et sont tous solidaires les uns des autres.

La fonction du Trésorier au Chœur est de présenter le Collectaire à Monseigneur l'Archevêque lorsqu'il officie pontiflcalement à Matines, à Vêpres, et lorsqu'il y a station à la nef. 11 est alors en chape et accompagi]éou suivi de son aumônier, qui lui présente au besoin le livre des Collectes ou Oraisons.

Cette dignité est la plus riche de l'Eglise de Reims ; elle est estimée aux décimes 2,500 liv., et paie de taxe 330 liv. 4 s. (2).

§ 7. Le Vidame.

Il seroit bien difficile de fixer bien exactement qu'elles éloient, dans les premiers tems, les fonctions, les droits et la juridiction des Vidâmes. Il est certain qu'ils étoient les représentans des évêques,

(1) Le dernier Sous-Chantre était M. Pierret, Chanoine et Sous- Chantre depuis 178 A (Ed.).

(2) Le dernier Trésorier était M. Bida^ Trésorier dejjuis 1778 et Chanoine depuis 1765 (Almanach de Reims, 1190). En 1777, c'était le Chanoine Jean Jacquemart, depuis 1756 (Ed.).

et que leurs offices avoient été créés pour décliarger les prélats du tumulte des affaires et leur procurer le loisir de prier et de prêcher; mais comme les détails du gouvernement spirituel de l'Eglise n'auroient pas moins distrait Tévêque de ses pieuses occupations ; que nous voyons d'ailleurs que le Vidame étoit un ecclésiastique distingué, qui même devenoit le premier de son Eglise pendant la vacance du siège, seroit-on mal fondé de croire que le Vidame, non-seulement étoit chargé de veiller à la conservation des biens de l'évêque, mais qu'il exerçoit aussi sa juridiction gracieuse et contentieuse et qu'il rendoit la justice à sa place, son nom ^eul ne l'annonce-t il pas? Vice Dominus.

Ce qui paroit favoriser ce sentiment, c'est que dans les ordonnances de Louis III la juridiction du Vidame n'est point appelée temporelle ou laïque, mais juridiction ecclésiastique qu'il déclare exempte de l'examen et des poursuites d'aucun juge public. Le Vidame avoit donc des fonctions d'un autre ordre que celles d'Econome, attachées à sa dignité, et ces fonctions étoient bien probablement celles d'Ordinaire. C'est sans doute pour cette raison que Marlot remarque que son autorité devenoit extrêmement grande lors de la vacance du siège; vlgebat prœsertim ejus autoritas sede vacante. Alors non-seulement il étoit le seul maître et seul dépositaire des biens et droits de l'Archevêché, mais, ce qu'il faut remarquer avec attention, c'est qu'il étoit nommé dans les chartes avant tous les autres dignitaires de son Eglise, comme nous le voyons par une lettre d'excuse écrite aux Evêques suffragans de la province, au sujet de l'élection de Foulques, que l'on prétendoit avoir été faite avant l'arrivée du visiteur.

Le Vidame étoit donc, pendant la vacance du Siège, quelque chose même de plus que le Prévôt, le Doyen et autres dignitaires du Chapitre ; il étoît donc un personnage plus éminent et plus important que ne l'eût jamais été un simple économe, même des biens de l'Archevêché.

C'est donc sur quelque fondement et avec une sorte de raison que j'avance qu'il exerçoit aussi la juridiction de l'Ordinaire, et qu'il étoit comme le Vicaire-Général de l'Archevêque. Vice Dominus. juridiction qui devenoit beaucoup plus grande lors de la vacance du Siège, parce qu'il agissoit seul, soit en vertu de sa place, soit au nom du Chapitre, qui peut-être lui confiait alors aussi son droit. Jusqu'à l'archevêque Hervé, la Vidamie fut toujours une dignité ecclésiastique, dont les revenus étoient probablement très considérables, puisqu'ils ont fait l'objet de l'envie des seigneurs de Châtillon, qui en obtinrent l'administration temporelle de cet Archevêque, que l'on croit avoir été leur parent. Ces seigneurs n'en jouirent cependant que peu d'années : cette dignité fut rendue à un Ecclésiastique, mais cette interruption lui fit perdre probablement beaucoup de ses droits et de ses revenus. Le Chapitre rentra sans doute dans ses droits de l'Ordinaire Sede Vacante^ et l'Archevêque dans les biens qu'il avoit attachés à cette place. Depuis ce tems, le Vidame ne jouit plus que des honneurs du Chœur et de 80 septiers de froment qu'il perçoit de la vicomte, pour l'hommage qu'il rend à l'Archevêque lors de sa réception. Cette dignité est estimée aux décimes 400 liv., et paie de taxe 16 liv. 10 s, (1).

(1) Le dernier Vidame était M. Bergeat. Vidame depuis 1758, et Chanoine depuis 4748. (Almanach de Reims, \1^0.)

§ 8. L'Ecolâtre.

Le soin de veiller sur les études étoit attaché autrefois à cette place* Comme il n'y avoit point alors de collèges^ chaque église avoit son école, et celle de Reims étoit des plus distinguées par sa célébrité. L'Ecolâtre en étoit comme le grand maître ; c'étoit lui qui dirigeoit le cours des études, et qui y répaAdoit et entretenoit l'émulation ; il y enseignoit aussi lui-même la philosophie et les lettres. Son école subsiste encore dans le préau de la Cathédrale ; c'est la même dans laquelle les professeurs en droit donnent encore aujourd'hui leurs leçons. Cette préfecture a été élevée au grade de dignité dans l'Eglise de Reims, et ses revenus ont été augmentés par Guillaume de Champagne, en 1192.

Outre le soin particulier qu'il avoit de son église, 11 étoit encore chargé de veiller sur celles qui s'établissoient dans la ville et dans les campagnes, et c'est lui qui instituoit des maîtres et les destituoit à son gré.

Nous voyons que du tems du Cardinal de Lorraine il étoit alors encore comme grand maître et principal de l'école qui existoit alors dans la rue des Tapissiers, et que cet Archevêque eut besoin du consentement de l'Ecolâtre Grand-Roux et de celui du Chapitre pour réunir ce collège à celui des Bons-Enfans, où il vouloit établir une Université.

L'Ecolâtre ne conserve aujourd'hui de ses anciens droits que d'instituer ou de destituer les maîtres d'école dans les paroisses de la campagne. C'est devant lui que se portent les contestations qui s'élèvent fréquemment à leur occasion, et c'est lui qui les régie et les juge à son gré.

Cette dignité est estimée aux décimes 600 liv., et paie de taxe 53 liv. 4 s. (1).

§ 9. Le Pénitencier.

La dignité de Pénitencier, quoique très ancienne, est cependant nouvelle à la Cathédrale. Cy-devant elle appartenoit de droit à l'abbé de Saint-Denis, qui Ta conservée tant qu'il a été un régulier; mais l'abbaye ayant été mise en commende et possédée par des séculiers qui établissoient ailleurs leur résidence, cette dignité fut donnée au prieur de Saint- Denis, qui ne la conserva que peu de tems. Après lui, elle fut dévolue à un chanoine de la Cathédrale et reconnue comme dignité de cette église au chœur seulement, et non au Chapitre, où le Pénitencier prend séance suivant son rang de réception.

La fonction de Pénitencier, dans des tems reculés, étoit d'assembler les pénitens le Jeudi Saint en l'église de Saint-Denis, de les instruire, de les exhorter, de les conduire ensemble à la Cathédrale, où il les présentoit à l'Evêque pour recevoir l'absolution. En l'absence du Prélat, c'étoit l'abbé Pénitencier qui faisoit l'absoute ; aujourd'hui, c'est l'Evêque, ou en son absence le Prélat-Doyen.

Le Pénitencier actuel n'a conservé aucune action d'éclat, sa juridiction est toute spirituelle et restreinte au tribunal de la Pénitence, où il a le droit d'absoudre, de tous les droits réservés au Pape : de sorte que sa juridiction est plus étendue que celle de l'Archevêque, puisqu'il absout non-seulement des cas réservés à ce prélat, mais encore de ceux qui le sont

(1) En 171'0, M. Pommyer de Richemont était Ecolâtre depuis 1777, et Chanoine depuis 1759. (Almanach de Reims, 1190).

au Souverain Pontife. Cette dignité est estimée aux décimes 160 liv., et paie de taxe 10 liv. 8 s. (1).

Toutes ces dignités ont été autrefois occupées par des hommes fameux par leur piété, leur naissance et leurs talens. La dignité d'Archidiacre a donné à l'Eglise de Reims deux Souverains Pontifes, Adrien IV et Adrien V. Celle d'Ecolâtre a été occupée par S. Bruno, fondateur de l'Ordre des Chartreux, qui porta dans son désert les cérémonies de son église, que ces pieux solitaires conservent encore, ainsi que l'esprit de leur saint Instituteur.

Le Chapitre même n'était composé alors que de noblesse ou de personnes de la plus haute piété et du plus grand savoir. Le pape Urbain II avoit été simple Chanoine de cette église. Tant que les Chanoines conservèrent le droit de se donner des Evoques et de se nommer eux-mêmes aux prébendes et aux dignités de leur église, leur Chapitre fut un des plus nobles, des plus distingués et des plus puissans de France; mais la perte de ces droits, arrivée par Guy de Royeetpar le concordat de François 1^% en a beaucoup diminué la noblesse et les avantages. Il est cependant encore aujourd'hui composé d'un assez grand nombre de personnes distinguées par leur naissance ou par leur mérite, pour être regardé avec raison comme un des plus beaux Chapitres de France. La grandeur seule du Prélat qui en occupe le Siège, et les prérogatives dont il jouit, suffisent pour lui donner un lustre que les autres Chapitres n'ont pas.

(1) En 1790, M. Guérin était Pénitencier et Chanoine depuis 1785.Avant lui, c'était M. Rondeau, Grand Pénitencier et Chanoine depuis 1771. (Almanach de Reims^ 1785 et 1790.)

Le Chapitre de Reims étoit aussi autrefois extrêmement riche, mais le désintéressement des Chanoines de ce tems étoit alors aussi grand que leurs richesses.

Ils se sont dépouillés de la plus grande partie de leurs biens pour fonder des monastères et en enrichir d'autres.

Il n'y a presque point d'abbayes et même d'hôpitaux et de Collégiales dans Reims et dans le Diocèse, qui ne doivent beaucoup et même quelque chose à leur piété et surtout à celle de leurs Archevêques.

L'Eglise deReims jouit d'une infinité de privilèges qu'elle a obtenus de nos Rois et des Souverains Pontifes qu'elle a donnés à l'Eglise de Jésus-Christ.

Outre les dignités dont nous avons parlé ci -dessus, il y a encore deux charges fort considérables dans le Chapitre, mais elles sont électives et ne se conservent que cinq ans. Ce sont celles de Sénéchal, mot qui a servi à exprimer différentes fonctions, mais qui, par rapport aux emplois dont nous parlons, ne signifie pas autre chose qu'agent, hommes d'affaires, procureur.

Ce sont eux, en efTet, qui sont chargés de tous les intérêts de leur corps, et qui le représentent et agissent en son nom dans toutes les occasions importantes.

Le mot de Sénéchal signifie aussi vieux, ancien, ce qui semble annoncer que l'on n'honorait autrefois de ce titre que les plus anciens, les plus experts et les plus respectables du Chapitre. (1).

Nota.— Voici quelle était, en 1790, la composition du Chapitre de l'Eglise Métropolitaine :

(1) En 1790 étaient Sénéchaux: MM. Lagoille et Migeot. (Ed).

M. Diiroc de Maurous, Prévôt et Chanoine, 1772^ rue du Cloître. \

M. Pommyer de Sarches, Doyen 1770, Chanoine 1750, rue d'Anjou.

M. Bourlier, Chantre et Chanoine 1773, rue des Groseillers.

M. de la Condamîne de Lescure, Grand-Archidiacre 1771, Chanoine 1767, rue du Cloître.

M. Baulny, Archidiacre de Champagne et Chanoine 1777, rue du Corbeau.

M. Bida, Trésorier 1778, Chanoine 1765, rwe du Trésor.

M. Bergeat, Vidame 1758, Chanoine 17^i8, rue de Vesle,

M. Pommyer de Rougemont, Ecolâtre 1777, Chanoine 1759, rue d'Anjou.

M. Guérin, Pénitencier et Chanoine 1785, rue d'Anjou.

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