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ABOLITION DU SERVAGE EN EUROPE

A la fin du xvm« siècle le servage était encore très répandu en Allemagne, en Pologne et en Russie.

En Prusse, dès 1717, Frédéric- Guillaume ï avait fait disparaître la servitude pure de ses domaines. Le code de Frédéric II dit le Grand ne reconnaissait pas le «servage complet » mais maintenait la « soumission héréditaire. » Celle-ci ne disparut que par l'effet de l'invasion française, en 4 809.

En Autriche, Joseph II avait, comme Frédéric, détruit le « servage complet » ; ce fut encore la propagande armée de ia France qui abolit la « soumission héréditaire » en 1811.

Dans les autres États allemands, le servage disparut, toujours sous l'influence française, et quelquefois même par décrets du conquérant Napoléon : dans le grand-duché de Berg, les territoires d'Erfurth, Baireuth, etc., en 1808; en Bavière et en Westphalie, 4808-1809; en Lippe-Detmold, 4;B09; en Schaumburg-lpippe^ 481§; dans la Poméranie Suédoise, 4840; dans le Hesse-Darmstadt, 4J09-1844.

Il sub.^ista jusqu'en 4817 dans le Wurtemberg; 4 820» dans le Mecklcnbourg; 4824, dans l'Oldenbourg ; 4 839, en Lusace ; 4833, à Hohenzollern-Siginaringen.

La Russie et la Pologne conservèrent en dehors du domaine de l'État, appartenant à des maîtres particuliers, comptés par tôtes — de bétail — comme constituant la fortune de ces maîtres, plus de vingt et un millions de serfs jusqu'au 4 9 février 4 86 . A cette date, le tsar Alexandre II (4), prononça l'abolition .du servage aux trois conditions suivantes :

« 4<^ Que les serfs recevraient immédiatement les droits civils des classes rurales libres, et que l'autorité du seigneur serait remplacée par le self-govemment communal ;

» t^ Que les communes rurales conserveraient autant que possible la terre qu'elles possédaient actuellement et devraient en retour payer aux propriétaires certaines redevances en argent ou en labeurs ;

» 3<^ Que le gouvernement aiderait les communes, au moyen du crédit, à racheter ces redevances, ou, en d'autres termes, à acquérir les terres qui leur étaient cédées en usufruit. »

Ces serfs russes et polonais étaient liés à la glèbe, comme les anciens mainmortables de France, et amalgamés en communautés indivises d'une façon assez ressemblante à la condition de nos derniers serfs du Mont-Jura et surtout du Nivernais.

Quant à ceux qui, sans terre, étaient attachés à la personne du seigneur, domestiques sans gages, héréditairement voués à la domesticité comme les esclaves antiques, la loi émancîpatrice de l'empereur de Russie les obligea à rester deux ans ce qu'ils étaient, et les laissa libres de vivre ensuite comme ils pourraient, sans leur garantir ni terre ni pécule.

(i) V. la Bussie, par 0, Jlackensie Wallace, trad. fr., i877, in-S» t. 11, p. 268-269.

Quant aux serfs d'État, dont le nombre était peut-être aussi considérable que celui des autres, ils existaient depuis Pierre ï et Catherine II, dans une situation imtermédiaire qui n'était plus la servitude et qui n'était pas la liberté. Des ukases du 7 septembre 1 859 et du 23 octobre 4864 corrigèrent le régime spécial qu'ils subissaient. En 4^66, dit le célèbre voyageur et correspondant anglais, « ils furent placés, en ce qui regarde l'administration, sur le même niveau que les serfs émancipés des propriétaires. Règle générale, ils possédaient plus de terre et avaient à payer des redevances un peu moins lourdes que les serfs émancipés pris dans le sens le plus étroit du terme , »

On comprend aisément en quoi ce très tardif affranchissement diffère de celui opéré par les Français de la Révolution. Il ne fit pas citoyens les anciens esclaves et il endetta les cultivateurs qui s'estimaient propriétaires collectifs de temps immémorial, tout en ruinant les seigneurs.

Pour qu'il créât spontanément la propriété individuelle et toutes les conséquences sociales qui en découlent, il eût dû coïncider avec une émancipation politique générale. Celle-ci ayant été, après une tentative incomplète, abandonnée par le tsarisme, l'émancipation même fournit un vaste champ à exploiter, aussi bien dans la caste nobiliaire que dans la population rurale, à ce qu'on appelle vulgairement le nihilisme, à ce qui n'est, en somme, que l'ensemble négatif des oppositions de toute nature qui devaient être logiquement suscitées par la conservation obstinée de l'autocratie impériale au sommet d'une société en évolution naturelle.

4789 a prouvé qu'il n'y a pas de révolution politique qui réussisse sans révolution sociale.

1 864 prouve qu'une révolution sociale, despotiquement essayée, ne résoud rien et provoque une révolution politique.

»i PIÈCES JUSTIFICATIVES.

Vn prochain avenir prouvera qui a eu raison de la France ou de la Russie.

Il a fallu près d*un siècle à la France pour trouver son équilibre politique et social. Nous souhaitons qu'il en coule à la Russie moins de temps et moins de désastres pour devenir une démocratie libre.

PntmkKZ PARTIE.— ta campagne de Voltaire et de Christin, 1767-1779.

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