Cf. Ozanam. Éludes germanique* T. 11. ch. IV
dans l'histoire 53
siens, dans celte société à demi pacifiée <[iii s'élabore lentement sous Faction bienfaisante des Evêques et des Moines:
la voilà sorlie de ses gros embarras !
( hii et non.
Ce fut, en effet, une ère de prospérité matérielle qui eut de fâcheuses conséquences.
Ces barbares delà veille, aux passions fougueuses, encore mal domptées, étaient beaucoup plus chrétiens par la tête que par le cœur. L'espril était prompt à s'incliner dans l'acte de foi, mais la chair était hop faible, ou plutôt trop forte ; cl H's rudes tempéraments regimbaient sous lejoug austère de l'Evangile.
Ces robustes croyants se retrouvaient, à chaque moment, de robustes pécheurs.
Ils s'imaginaienl racheter leurs péchés en faisant des aumônes qu'ils proportionnaient volontiers à leurs crimes, à leurs méfaits: les dons affluaienl dans les caisses des Évêchés el des Monastères ; on donnait au clergé pour les pauvres ; on bâtissait des églises, des hospices,
des couvents: les fondations pieuses surgissaient de toute part, et, de grands domaines ecclésiastiques furent ainsi créés qui s'accrurent encore des libéralités des rois. Et ce fameux dicton, que les faits, plus d'une fois, ont douloureusement commenté, tomba peut-ôtre,en ce tempslà, des lèvres de quelque moine caustique : Religio peperit divitias : la Religion a enfanté les richesses : sed filiœ suffocaverunf matrem: mais les lilles ont étouffé leur mère.
Les Évêchés, les Abbayes étaient devenus de grasses prébendes convoitées par les ambitieux. Les rois, les seigneurs se réservaient un droit de patronat et disposaient des bénéfices sans grand souci du droil canon. On récompensai!
des services plutôt que «les mérites.
Dana ces querelles incessantes de l'époque féodale, les fiefs ecclésiastiques constituaient un atout sérieuxque les souverains voulurent avoir en main.
Ils pesèrent Bur les élections, imposèrent leurs créatures et poussèrent l'intrusion
jusqu'à prétendre conférer la juridiction spirituelle avec la crosse el l'anneau; et l'épiscopal tomba à la merci du pouvoir laïque, tandis que les Empi reurs d'Allemagne, duranl près d'un siècle 963 à 1059 , jouaient avec la tiare.
Après l'avoir enrichie cl parce qu'il l'a enrichie, l'Etat a de nouveau confisqué l'Eglise. Les intrigues, la vénalité, la simonie l'épuisaîent par en haut ; le désordre elle libertinage s'étalaient en bas comme en haut1.
L'Eglise avait déjà connu des heures Bombres. Klle avait pâti. Elle n'avait ménagé ni ses sueurs ni son sang. La tribulation l'avait assaillie sans jamais l'écraser, parce qu'elle avail trouvé toujours dans son tempérament des forces suffisantes d'endurance cl de réaction.
Mais, aujourd'hui, elle est malade, gangrenée, et, si Jésus n'avait dit que jamais les assauts de l'Enfer n'auraient raison de son Eglise, on jurerai! qu'elle est perdue.