Marc, XVI, 13 : Luc, XXIV, 15-36; Joan., XX
quitté le pays depuis plus d'un mois.
Leur présence était signalée à Capharnauni. Tombés de leur rêve, ils avaient dû reprendre pour vivre leur paisible métier de pêcheurs l.
On disait bien, pourtant, qu'ils étaient revenus. Le Gouverneur avail même été informé par sa police que, tout récemment, ils s'étaient réunis clandestinement sur la colline des Oliviers- ; et, s'il fallait en croire les bruits qui firculaient en ville, Jésus se serait trouvé au milieu d'eux pour des adieux définitifs. On racontait qu'il aurait alors disparu. dans une sorte d'apothéose mystérieuse ; et, depuis, on n'avait n-vu personne,
C'était donc bien fini, tout cela.
Les grands Juifs di\ Sanhédrin, qui avaient eu peur réellement, qui s'étaient vus débordés un moment par l'opinion el quasi lâchés par Pila te, se sentaient enfin pleinement rassurés.
IU -<■ trompaient.
i .1, ,.-,., XXI, ';. — 2. Aci., I, 12,
Au malin de la Pentecôte, sur les neuf heures '. la cité, de nouveau, esl en émoi ; car, ils étaient là depuis dix jours, chez Joseph d'Arimathie, se concerta ni, ces hommes de Galilée qu'on croyait disparus.
Ils l'ont maintenant une manifestation.
Ilsameutenl les foules, Ils sont fous où ils sont ivres -, à moins qu'ils ne soient, comme le peuple le prétend déjà, sous le coup de l'inspiration divine ; mais, avec une belle audace, qu'on ne leur connaissait point, ils l'ont lèle au Sanhédrin. Us réveillent les passions assoupies qu'avaient soulevées l'Affaire.
Ils reviennent sur la chose jugée. Ils affirment hardiment que ce Jésus, le supplicié de l'autre jour, est Dieu, qu'il est ressuscite'', et qu'ils tiennent de lui la mission de reprendre cl de poursuivre son œuvre rédemptrice. El voilà qu'au lieu d«' ramasser des pierres sur le chemin pour les lapider, la multitude les acclame et se l'ail baptiser ::.
i. ah .If. 15.— 2.1bid.j H, 13. - :;. lbld.t II, 41i
En vain, le Sanhédrin précipite ses résolutions et prend les mesures les plus énergiques pour réduire les Apôtres au silence : ni les procès, ni les supplices ne leur ferment la bouche. Ils jettent fièrement à la face des Juges, ce nonpossumus, dont l'écho répercuté cent fois à travers l'histoire a suffi pour mettre en déroute, hier encore, maintenant, sous nus yeux, après vingl siècles, la politique sournoise, incohérente et rageuse de nos tyrans modernes.
C'était la toute jeune Eglise >\u Christ qui sortait du Cénacle, son berceau. Elle essayait ses premiers pas ; et, tout de suit»', voilà qu'elle trébuche dans la persécution.
Regardons-la d'un peu plus près ; examinons ses titres, ses ressources* demandons-lui ce qu'elle pense d'ellemême el ce qu'elle compte l'aire.
— Elle se recommande de ce petit pauvre, né dans la misère noire, à Bethléem, au temps d'Hérode, qu'on appelai! .I«'si i s. qui lut longtemps ouvrier à
Nazareth, qui entreprit un beau jour, il y a un peu plus de trois ans, de réformer la religion dévoyée d'Israël, sans autre résultat, d'ailleurs, que d'exaspérer le Sanhédrin qui eut bien vite raison de lui en le faisant condamner au dernier supplice, le mois passé.
lui fait de ressources, elle n'a absolument, lien ([Lie cela, sa foi en Jésus. Ils sont là une douzaine, sans crédit, sans notoriété, sans appui aucun, sans défense : Simon Pierre est bien le chef de ce petit groupe ; mais, c'est peut-être tant pis; car, vraiment, son passé n'est pas très rassurant ; jusqu'alors il s'esl montré plutôt incapable.
Ils n'ont dans les mains rien de ce qui donne à l'homme d'action un prestige quelconque : pas d'argent, pas seulement de quoi vivre au jour le jour ; des noms vulgaires, qui ne disent rien, qui sonnent mal ; ce sont de petites gens, du l>as peuple ; pas de valeur personnelle, pas plus d'initiative que de courage, on l'a bien vu au cours des derniers événe-
18 l'église et les églisks
mciils ; pas même cette éloquence naturelle qui ne mène pas loin, mais qui suffit, parfois, à entraîner les masses. Leurs préoccupations, très bornées jusqu'à hier, les ramenaient sans cesse à leurs barques et à leurs filets. Leur rêverie sur le Lac, rythmée par la chanson monotone des Ilots, errait d'une rive à L'autre sans s'égarer jamais plus loin. Jésus avait bien essayé, sans guère y réussir, de les soulever un peu ; le feu qui dévorait son cœur, plus d'une fois a embrasé leur cœur, et leur à me, bien souvent, vibrait au contact de la sienne ; mais, leur nature fruste reprenait vite le dessus.
Si encore, ils prêchaient une religion large, facile, attrayante, un peu voluptueuseel sensuelle, ils auraient du moins pour eux la complicité «les passions humaines.
El . d'ailleurs, à quoi bon ? Est-ce que, sur ce terrain du sensualisme, tous Les cultes païens, qui pullulent dans l'Empire, ne se font pas déjà une con-
currence effrénée ? Mais, on la connaît la doctrine de Jésus : c'esl tout l'inverse de ce qui conviendrait ; elle condamne la jouissance et le plaisir : < -11 «* est rigide, austère, rebutante à l'excès : elle exalte la pauvreté : elle prône la mortification, la pénitence, le renoncement ; elle exige l'humilité ; elle impose la chasteté ; elle tient toute dans ce mot dur et triste : Sacrifice .' Et Jésus luimême, qui captivait les foules par le charme prenant de son éloquence, par ses miracles el sa bonté, Jésus n'a pu rien obtenir avec cela.
Il faut tout de même, qu'à défaut de garanties positives pour baser une espérance, fût-elle chimérique, ils aient un idéal quelconque, une illusion !
Eh bien ! oui, ils ont une illusion.
Ils se considèrent comme les héritiers directs du Peuple «le Dieu. Us sont convaincus que les Docteurs de la Loi, les Prêtres, les Sanhédrites sont dans l'erreur ; qu'eux seuls y voient clair ; que Jésus es! le Messie : qu'en dépil des ap-
20 l'église et lls églises
parences et des catastrophes, c'est lui le Sauveur. Ils ont conscience d'avoir reçu de lui pouvoir de baptiser, de remettre les péchés, d'assurer, par le rite mystique de la fraction du pain, la permanence de son sacrifice, d'appliquer aux âmes les fruits de la Rédemption, la force sanctifiante qui est principe de vie éternelle. Ils [(retendent qu'ils sont chargés de communiquer ces biens, avec l'Evangile, à toutes les nations, à l'humanité tout entière : rien que cela.
Ils se seraient mis dans la tète de raviver un peu, sur place, en Galilée, comme on ravive des cendres toutes chaudes, les sympathies si ardentes de leurs concitoyens pour leur maître, qu'on dirait : « Ce sont des naïfs, qui ne savent se résigner à l'effondrement de leurs espérances el qui s'imaginent pouvoir faire fond encore sur la popularité de Jésus».
Mais, c'est bien autre chose !
Ils ont l'ambition folle d'endoctriner, au nom de ce crucifié, toutes les nations d<' la terre, en dépil de l'opposition des
races, des divergences de mœurs el des conflits politiques. El ils ne se proposenl pas, remarquez bien, de faire tolérer el admettre, parmi les autres, la religion de Jésus : ils prétendent la substituer, elle, dernière venue, a toutes les autres ; ils revendiquent pour elle, non une place, fût-ce la première, niais toute la place '. Us veulent, sur ce terrain, une domination exclusive, une prise de possession absolue, qui ne se borne pas au rite extérieur, mais qui saisisse tout l'homme, cœur, esprit et volonté.
La religion de Jésus est l'Unique : et, par conséquent, l'Universelle.
La religion de Moïse n'était que la religion d'Israël, la religion d'un peuple, et la synagogue était nationale, mais la religion de Jésus est la religion de tous les peuples et son église est catholique ; elle esl faite pour tous les pays et pour tous les siècles: elle n'aura pas de frontières el elle remplira tous les temps.
Ils sont convaincus. Ils sont résolus.
Jésus leur a dit : « Allez ! » el ils vont.
avec la naïveté, la candeur, la robuste confiance des croyants. Ils entreprennent la conquête du inonde avec la sereine imprévoyance des simples qui ne soupçonnent ni les difficultés ni les obstacles.
Inconscience ou démence, voilà leur mentalité, leur état d'âme.
S'en sont-ils expliqués aussi clairement devant le Sanhédrin? 11 semble bien que oui. Et je ne m'étonne plus que l'extravagance môme de ce plan colossal, sur les lèvres de ces prolétaires, qui ne sont rien, qui n'ont rien, qui ne pèsenl rien, qui comptent pour rien, même dans leur chélive province de Galilée, ;iil désarmé leurs Juges. Le vieux Gamaliel ;i trouvé le mot de l;i situation : < Laissez faire, a-t-il dit, si ça vient <lc l'homme, ça n'ira jkis loin : si ça vient de Dieu, vous rie Véloufferez pas!*.
Tout esl la, eu ell'el ; li uiiim i imiimij f
parlant, telle qu'elle se présente, l'entreprise ne peul qu'avorter misérable-
llieiil el liés Vite.
\<»\c/.-\ous, alors, dans >a subliuie Bimplicité le Plan divin? Plus la disproportion sera poussée à l'extrême entre l'ampleur merveilleuse dos résultats el la médiocrité initiale, pour ne pas dire la nullité des auxiliaires, plus clairement on verra transparaître et resplendir, à travers le l'ail humain de la fondation de l'Église, de son expansion, de sa vitalité, de sa durée, l'intervention de la Providence ; et le bon sens, aussi bien que la foi, imposera cette conclusion : C'est l'œuvre de Dieu .'
Cette preuve de la divinité de l'Eglise vaut la peint' qu'on s'y arrête.
.le m'y suis attardé à dessein ; el les esprits inquiets qui s'affectent Irop facilement des ombres, des taches, dos scandales que la faiblesse OU la malice des hommes introduisent dans l'Eglise, ne devraient jamais la perdre de vue '.
1. Colle invraisemblable propagation du Christianisme n'est pas eeulemenl un signe de -a divinité, c'en or-i une preuve « 1 « * i>lus • L'Église es/ par elle- me me. du fait de *<>n admirable diffusion, un
Il ne faudrait pas croire, pourtant, que Faction de Dieu dans l'Eglise, plus intense assurément et plus éclatante au début qu'aujourd'hui, l'ait été au point de ne laisser aux apôtres qu'un rôle purement passif. Il y eut bien, à l'origine, une surabondance de gnlces, des dons extraordinaires qui appuyèrent singulièrement la prédication apostolique ', qui n'eurent qu'un temps et qu'on ne rencontre plus qu'à l'état d'exception dans la vie des saints ; mais, le régime normal de l'Eglise est tout autre.
Ce ne sont point des grands coups <!<• lumière qui éclairent chacun de ses p;is,
témoignage irrécusable de sa mission divine ». m. Concile du Vatican. Constil. Dei >-'iliu*. c. III .
C'est l'argument décisif que Dante rail valoir pour justifier sa ï"i :
Se il monde si résolve o<i Chrislianesmo,
h is'io, sema miraeoli, qu'est' uno