‹ L'église et les mosaïques du couvent de Saint-Luc en PhocideChapitre 2 sur 14 · I. — Dispositions générales de l'édifice · texte numérisé non relu

I. — Dispositions générales de l'édifice

Extérieur de l'édifice. — Gomme la plupart des églises byzantines, l'église de Saint-Luc offre à l'extérieur peu de choses remarquables : toutes les magnificences de la décoration sont réservées pour l'intérieur de l'édifice. Toutefois , dans cette nudité même, on sent l'influence des principes -nouveaux qui régissent au dixième et au onzième siècle la construction byzantine (1). La coupole s'élèvo sur un tambour polygonal à seize faces, lui-même porté sur un plan carré qui fait saillie sur la toiture (2) ; les voûtes correspondant aux quatre grands arcs qui soutiennent la coupole sont exhaussées de manière à dessiner au dehors la forme d'une croix et se terminent sur les murs extérieurs en frontons triangulaires (3). Les murailles , où la brique alterne avec les

(1) Bayet, L'art byzantin, 130-136. Pour les monuments, cf., à Constantinople, l'église de la Theotokos (dixième siècle), auj. Kilisse-Djami (Salzenberg, Ait-christ. Baudenkm. , p. 115 et pl. 34, 35. Pulgher, Les anciennes églises de Constantinople , pl. 5, l'appelle à tort Mefa-(lisez Vefa) Djami) ; l'église du Pantepopte (onzième siècle) auj. Eski-Imaret-Djami (Pulgher, pl. 13. Paspati, Bu^avrivàt MeXéxai, p. 313) j'I'église du Pammakaristos (fin onzième siècle) auj. Fethije-Djami (Paspati, 248). — A Salonique, les SS. Apôtres (Texier, Architect. byz. , 161, qui l'attribue, par erreur, au septième siècle. Cf. Bayet, L'art, byz., 140), la Theotokos (Texier, p. 162, l'appelle, par erreur, S. Bardias et la date de 987. Elle est de 1028. Cf. Duchesne et Bayet, Mission à l'Athos, p. 58, 59, et Rev. arch., 1878, t. II, 172), l'église de Saint-Hélie (v. 1012, Texier, 164). Cf. aussi l'église de Saint-Nicodème, à Athènes (Couchaud, Choix d'égl. byz., pl. 12), et l'église du couvent de Daphni (id., pl. 18).

(2) Cf. la même disposition à la Theotokos. Salzenberg, pl. 34.

(3) Sur l'importance chronologique de ces caractères, Salzenberg, p. 16 et 26. Cf. la Theotokos, pl. 34.

moellons , ne montrent point ces matériaux disposés partout en assises uniformes et régulières : sur la façade orientale en particulier, la brique s'arrange en combinaisons variées, qui augmentent l'effet décoratif. Des ornements discrets et sobres dessinent à l'extérieur et font en quelque sorte apparaître comme par une coupe les lignes maîtresses de l'intérieur de l'édifice : ainsi , sur la façade occidentale , de forts piliers saillants correspondent à la division interne du vaisseau principal et des nefs latérales; ainsi, sur les façades méridionale et orientale, dés cordons de briques disposées en dents de scie, ou bien de larges bandes en pierre de taille indiquent au dehors la séparation des étages. Enfin de nombreuses fenêtres, aux formes variées et élégantes, géminées ou trilobées, animent la monotonie des murailles, et rendent l'édifice plus léger d'allure et plus pittoresque. Malheureusement de fréquents tremblements de terre ont ébranlé la solidité de la construction, et les réparations nombreuses qu'ils ont entraînées ont altéré en maint endroit le caractère primitif du monument.

Dès 1523 , une réparation générale de l'église, devenue nécessaire , était faite par les soins du patriarche de Gonstantinople Jérémie I. En 1582, l'édifice semblant trop petit, un premier narthex fut appuyé contre la façade occidentale. En 1591 on signale des réparations au mur septentrional de la grande église et en 1592 à la coupole. En 1622, nouvelle réparation générale de l'édifice , attestée par une inscription du mur méridional. Enfin en 1820, en 1845 et en 1852 de nouveaux travaux furent exécutés à la coupole de la grande église (1).

On conçoit aisément que ces réparations , faites le plus souvent avec peu de soin, aient singulièrement déformé les belles proportions du monument. La coupole , jadis décorée sans doute , comme c'est le cas dans presque toutes les églises byzantines de cette époque, de colonnettes longues et minces, a perdu ces ornements; la moitié des fenêtres ouvertes dans les pans du tambour polygonal sont murées aujourd'hui. On a muré aussi, au moins dans une grande partie de leurs ouvertures, la plupart des fenêtres percées dans les murailles ; sur la façade nord en particulier aucune des fenêtres n'est demeurée ouverte, et les travaux de réparation ont été faits si négligemment qu'on a entassé briques et moellons en assises absolument irrégulières. La façade occidentale, complètement défigurée par l'adjonction du premier narthex,

(1) Cf. Kremoij <l»o)xixà, II, 175, 170.

a va murer également les fenêtres qui jadis éclairaient le gynécée. Enfin de lourds contreforts, trois sur la façade sud , un sur la façade nord, élevés pour maintenir les parois chancelantes, achèvent de défigurer au dehors ce remarquable monument.

La façade méridionale. — Malgré tant de fâcheuses aventures, il est aisé de reconstituer les dispositions principales de la décoration extérieure de l'édifice. Prenons pour exemple la façade méridionale. Si nous mettons à part la face latérale du premier narthex, postérieurement ajouté, la façade de l'église peut se diviser en deux parties : 1° le mur latéral du second narthex dont le faîle , terminé par une ligne horizontale, s'élève au-dessus des autres lignes de toiture de l'église ; 2° la face latérale de l'église elle-même , au milieu de laquelle s'élève, terminée par un fronton triangulaire, la voûte surélevée du grand arc méridional. Sur toute la longueur de la façade courait un cordon de briques (conservé seulement dans la portion placée à droite de la croisée), destiné à séparer l'étage inférieur de celui du dessus. A gauche, sur le mur du second narthex, une belle fenêtre trilobée (murée) éclairait le gynécée ; en bas une porte (murée) , à laquelle on accède par un escalier, donnait entrée dans le narthex. Sur le mur de l'église, à l'étage supérieur , une grande fenêtre trilobée (murée), dont on étudiera plus tard la structure particulière, s'ouvre sous le fronton triangulaire; à droite et à gauche sont placées de chaque part deux fenêtres géminées. A l'étage inférieur, une porte trilobée, à laquelle monte un escalier de plusieurs marches, s'ouvre dans la branche méridionale de la croix ; à droite et à gauche, trois fenêtres géminées éclairent l'intérieur de l'église (1). Enfin, sous la porte du bras méridional de la croix, une porte, à laquelle on descend par plusieurs marches , même à la crypte de l'église jadis éclairée par plusieurs fenêtres cintrées (trois à droite de la porte, deux à gauche), toutes murées aujourd'hui. Au-dessus de chaque fenêtre, géminée ou trilobée, une grande arcade, dont les naissances se confondent avec celles des petits arcs, forme un cordon de briques saillant sur la paroi. La muraille même est construite en briques et moellons alternant.

La façade orientale. — La façade orientale, sur laquelle la grande abside fait une saillie triangulaire, est la mieux conservée de tout l'édifice , et présente un aspect assez pittoresque. La muraille , construite en briques et en moellons alternés, est partagée

(1) Quatre d'entre elles, absolument murées, n'ont pas même conservé leurs colonnes et leurs cadres ; on n'en voit plus que le cintre supérieur.

par deux larges bandes horizontales de pierres de taille en trois étages. Gelai du bas, tout entier bâti en assises de pierres de taille, séparées par un rang de briques, présente une fenêtre cintrée qui donne jour à l'abside de la crypte : aux deux autres étages s'ouvrent plusieurs fenêtres géminées. Ici la décoration est plus variée et plus riche. Non seulement, à l'étage supérieur, une grande arcade s'arrondit au-dessus des cintres de chaque fenêtre; non seulement, à l'étage inférieur, ce cintre est bordé d'une double arcade de briques disposées en dents de scie : mais , dans les espaces demeurés vides entre la courbe des arcades , les briques se combinent en dessins variés. Tantôt, comme à l'étage inférieur de la grande abside, des assises de quatre briques d'épaisseur alternent avec des cordons de dentelures ; tantôt, comme à l'étage supérieur, les assises de moellons, de briques et de dentelures, se superposent pour finir en un rang de briques saillant en corniche, sur lequel s'appuient les toitures (1). Aux petites absides, chaque moellon est encadré d'un double rang de briques, et au-dessus de ces assises dont l'effet est fort pittoresque , court de nouveau un rang de dentelures. Dans les triangles demeurés vides , entre les arcades des fenêtres, les rangs de dentelures alternent avec des briques disposées en dessin géométrique. Enfin, sur toute la façade à la hauteur des chapiteaux des fenêtres de l'étage inférieur, court une corniche en marbre blanc. On se fera quelque idée de l'heureux effet produit par ces combinaisons en regardant la façade orientale de l'église de la Théotokos à Gonstantinople (2), de l'église des Saint- Apôtres à Salonique (3), ou de celle de Saint- Nicodème à Athènes (4).

L'intérieur de Vèdifice. Le premier narthex. — Sur la façade occidentale de l'édifice s'appuie un premier narthex, haut d'un seul étage, qui prend jour sur l'extérieur par deux fenêtres trilobées. Large de 15m,50, profond de 4m,55 , il se partage, comme l'église même, en trois travées : celles de droite et de

(1) La disposition est la suivante : trois rangs de briques, un de moellons, un rang «le briques, un rang de dentelures, un de moellons, puis un cours de briques formant corniche.

(f2) Salzenberg, pl. 34.

(3) Texier, pl. 46,

0) Couchaud, pl. 11. Il faut remarquer que ce genre de décoration, fréquent dans les édifices construits du neuvième au onzième siècle, disparaît, au moins à Constantinople, au douzième et au treizième siècle (Salzenberg, pl. 27). Ainsi, l'église de Saint-Luc ne saurait être postérieure aux premières années du douzième siècle, et les limites entre lesquelles peut se placer l'époque de sa fondation sont ainsi singulièrement restreintes.

gauche sont voûtées en arête, celle du milieu est couverte d'une voûte en berceau. Trois portes , deux petites sur les faces latérales, une grande sur. la façade principale, donnent accès dans ce premier narthex , dont les murailles, blanchies à la chaux et dépourvues de toute décoration architectonique , attestent une époque fort postérieure à la construction du reste de l'édifice.

Le second narthex. — Une seule porte, précédée de deux marches et flanquée de deux piliers saillants réunis par une voûte en berceau , donne accès dans le véritable narthex, large de 16m,20, profond de 5m,18, et entièrement voûté en arête. Il prend jour sur le dehors par deux fenêtres géminées, ménagées dans les faces latérales, et, sur le premier narthex, par deux autres fenêtres géminées. Les murailles tapissées de marbre de diverses couleurs, les voûtes couvertes de mosaïques produisent un effet surprenant. Trois portes, chacune précédée d'une marche, s'ouvrent dans l'église : celle du milieu , plus large, plus richement décorée aussi, donne accès dans la nef principale.

Le vaisseau central. — Si l'on fait abstraction de la saillie produite par la grande abside, le mur d'enceinte de l'église forme un rectangle aux côtés presque égaux. L'édifice, en effet, mesure à l'intérieur 16m,20 en largeur sur 17^,30 de long. Au milieu de l'édifice, la coupole , dont le diamètre est de 8^ 10, s'élève audessus d'un espace quadrangulaire, soutenu aux quatre angles par quatre forts piliers. Quatre grands arcs s'ouvrent au-dessous de la coupole : mais , tandis que l'arc du nord et celui du sud appuient directement leurs naissances sur les maîtres piliers, les deux autres arcs de tête sont portés par quatre piliers supplémentaires , placés par couples à l'est et à l'ouest de l'espace quadrangulaire, et qui concourent, avec les maîtres piliers, à soutenir le tambour polygonal de la coupole : les intervalles entre les maîtres piliers et les piliers de renfort sont occupés, non par des pendentifs, mais par des trompes d'angle. Les quatre grands arcs de tête donnent naissance à quatre lunettes voûtées en arête, qui s'adossent à la coupole et donnent à. l'édifice la forme d'une croix grecque. Mais, tandis que les branches septentrionale et méridionale de cette croix se partagent en deux étages et s'appuient à l'étage inférieur sur d'élégantes arcades trilobées , les branches occidentale et orientale sont largement ouvertes depuis le sol jusqu'à la voûte; et dans la branche orientale , prolongée à cet effet et terminée au dehors par une saillie triangulaire, la grande abside est ménagée.

Les nefs latérales. — L'espace quadrangulaire réservé sous la

coupole et les quatre branches de la croix peuvent être considérés comme formant le corps de l'église. Dans les espaces demeurés libres entre ce vaisseau principal et les murs extérieurs, s'étendent les nefs latérales, fort réduites dans l'église de Saint-Luc, comme dans la plupart des églises byzantines de ce type (1). Elles sont séparées du vaisseau principal par l'épaisseur des maîtres piliers, et, dans la partie occidentale de l'église , par deux arcades trilobées joignant ces maîtres piliers au mur du second narthex. Chacune d'elles est partagée en deux portions indépendantes par la branche correspondante de la croix. Mais, tandis que dans la nef latérale de droite aucune communication n'existe entre ces deux parties, dans le vaisseau de gauche , au contraire , d'étroites portes , ouvertes sur le bras nord de la croix, réunissent les deux portions du vaisseau (2). La partie occidentale des deux nefs forme de chaque côté deux petites chapelles voûtées en arête , à la muraille desquelles sont adossés des tombeaux. La partie orientale, où l'on accède par de petites portes ménagées dans l'épaisseur des maîtres piliers nord-est et sud-est, comprend , à droite, une grande salle où l'on conserve le trésor du couvent; à gauche , une chapelle voûtée en arête , qui met en communication la grande église avec le narthex de la Théotokos. Ces deux collatéraux prennent jour par une fenêtre géminée sur l'abside latérale correspondante.

Les absides. — Il reste à rendre compte de l'espace compris entre les nefs latérales et les branches est et ouest de la croix. Il est occupé à l'ouest par deux compartiments voûtés en arête, qui, avec la croisée occidentale , forment une sorte de vestibule au carré réservé sous la coupole. A l'est , il sert à recevoir les deux absides latérales , elles aussi voûtées en arête et terminées par un hémicycle ménagé dans l'intérieur de la muraille (3).

La grande abside. — La grande abside enfin, qui s'ouvre dans la

(1) Cf., par exemple, l'église de Saint- André, à Constantinople (auj. Hodja Moustapha Pacha), dans Pulgher, pl. 15, et le plan du Pammakaristos , encore inédit. Cf. surtout l'église de Saint-Nicodème et celle de Daphni, dont la disposition offre de remarquables analogies avec celle de Saint-Luc.

(2) La porte de l'est est aujourd'hui encombrée par le sarcophage de saint Luc, placé dans l'ouverture ; mais la communication est évidente.

(3) En effet, les absides latérales ne font point ici, à l'extérieur, une saillie polygonale, comme il arrive au Pantocrator (Salzenberg, pl. 36), à l'église de Myrélée (Pulgher, pl. 12), au Pantepopte (Pulgher, pl. 13) et à bien d'autres églises. Elles ne sont pas même marquées, à l'extérieur, par un refend ménagé dans l'épaisseur de la muraille, comme à la Théotokos (bal/.enberg, pl. 35) ou à Sainte-Irène (ibid., pl. 33). Sur la façade orientale de l'église de Saint-Luc, la grande abside seule fait saillie.

branche orientale de la croix , présente une forme assez particulière (1). Au lieu d'avoir ses parois latérales parallèles à la grande direction des murailles de l'église, elle présente deux hémicycles percés chacun d'une porte ouverte sur les absides latérales et couronnées par une voûte en niche sphérique. Ainsi, l'autel se trouve placé dans un espace de forme elliptique, couvert par une coupole surbaissée. C'est derrière cet espace que s'ouvre l'abside proprement dite, polygonale à l'extérieur, demi-circulaire au dedans , dont la courbe est occupée par quatre gradins de pierre. Deux étages de fenêtres géminées, ménagées dans les faces du polygone extérieur, éclairent la grande abside.

Le gynécée. — Sur les deux côtés de l'église, au-dessus des nefs latérales et des croisées nord et sud, ne laissant en dehors que la grande abside et le bras ouest de la croix, s'étend le gynécée ou catechumenium (2). Il comprend également l'étage supérieur du second narthex, qui met ainsi en communication les deux parties supérieures du gynécée. Dans leurs traits généraux, les dispositions du gynécée correspondent à celles de l'étage inférieur. Pourtant; au narthex, les voûtes d'arête de l'étage inférieur sont remplacées par des coupoles surbaissées. Mais c'est dans le détail qu'éclatent de nombreuses différences. Tandis qu'à l'étage inférieur les croisées nord et sud s'ouvrent sur le vaisseau principal par une arcade trilobée, dans le gynécée elles sont bordées d'une .simple balustrade à hauteur d'appui, au-dessus de laquelle s'ouvre le grand arc porté sur les maîtres piliers. 11 faut remarquer aussi que les quatre maîtres piliers sont percés ici de fenêtres géminées, tandis qu'ils sont pleins à l'étage inférieur, et que d'autres fenêtres géminées s'ouvrent entre ces maîtres piliers et les piliers supplémentaires. Sur le bras ouest de la croisée, le gynécée a deux hautes fenêtres trilobées. Enfin, l'étage supérieur du narthex s'ouvre sur le vaisseau principal par une autre fenêtre trilobée.

(1) Unger, Griech. Kunst, dans Ersch et Gruber, t. 85, p. 25. La même disposition se trouve à l'église de Saint-Nicodème (Couchaud, pl. 12) et à Daphni (ibid., pl. 18).

(2) Il n'y a rien d'extraordinaire à trouver un gynécée à l'église du couvent de Saint-Luc. De nombreux pèlerins venaient faire leurs dévotions au tombeau du saint, et il fallait ménager aux deux sexes le moyen d'assister aux offices. L'église de la Theotokos était, au contraire, exclusivement réservée aux moines ; elle n'a point de gynécée. De semblables dispositions se retrouvent, entre autres exemples, au monastère de Pantocrator (Salzenberg, p. 119, pl. 36).

Plusieurs portes donnent accès dans l'édifice. Outre les trois portes du narthex , deux entrées sont ménagées dans les branches nord et sud de la croix. On accède au gynécée par une porte seulement. Elle est ouverte dans le mur qui termine la croisée septentrionale et donne sur l'étage supérieur du porche de la Théotokos. Des escaliers ménagés le long du mur de cette seconde église conduisent au-dessus de ce porche et, de là, dans le gynécée.

De nombreuses fenêtres , percées dans les murailles et jusque dans le tambour de la coupole, versaient jadis la lumière à flots dans l'intérieur de l'édifice et faisaient resplendir les marbres qui couvrent les parois et les mosaïques étincelantes d'or qui tapissent les voûtes de l'édifice. Malheureusement, la plupart d'entre elles sont murées aujourd'hui : et l'église en prend un aspect terne et sombre qui nuit étrangement à l'effet de sa décoration.

On a souvent comparé l'église de Saint-Luc à Sainte-Sophie, et l'on a été jusqu'à prétendre qu'elle avait été bâtie sur le modèle de l'illustre basilique (1). Il suffit de comparer le plan des deux édifices pour reconnaître l'inexactitude de cette assertion. Avec ses deux demi-coupoles adossées à la coupole centrale, avec ses absides appuyées sur les deux grands hémicycles , Sainte-Sophie offrait un trop savant modèle pour qu'on fût souvent tenté de l'imiter (2). L'église de Saint-Luc n'a point une originalité si puissante ; elle n'offre point ces combinaisons d'équilibre hardies . qui font la gloire de Sainte-Sophie. L'architecte s'est conformé ici aux principes courants de la construction byzantine : il semble même, on le montrera plus loin, les avoir appliqués avec une prudence bien timide. Il n'a point, comme on Ta fait à la Théotokos, au Pantocrator et à tant d'autres églises de Gonstantinople (3), comme on le remarque à Saint-Luc même dans la petite église , su dégager l'intérieur de l'édifice en remplaçant par des colonnes les massifs piliers qui portent la coupole : tout au contraire, il en a multiplié le nombre; et , loin de les masquer, comme à Sainte-Sophie , par d'habiles artifices (4) , il les a pré-

(1) Buchon, o. L, 242. Cf. la légende citée plus haut sous le n° 2. Aujourd'hui encore cette opinion a cours au monastère.

(2) Je ne connais, à Constantinople, que l'église de Saint-André, où l'on trouve les deux demi-coupoles soutenant celle du milieu (Pulgher, pl. 15); à Balonique, l'église de Saint-Hélie (Texier, pl. 53), et, au temps des Turcs, La Bayezidieh, La Suleimanieh, etc. Cf. Choisy, o. l.t p. 139.

3) Cf. aussi les Stt. Apôtres à Salonique (Texier, pl. 47). (4) Balzenberg, p. 68.

sentes au regard dans toute leur massive solidité. Toutefois , les niches évidées dans la partie inférieure des maîtres piliers , et surtout les grandes fenêtres géminées, ouvertes dans leur partie supérieure, rompent heureusement l'uniformité de ces masses; et les colonnettes élégantes qui soutiennent les arcades des croisées ou du gynécée , les fenêtres nombreuses qui s'ouvrent sur l'église mettent quelque légèreté dans ces lignes un peu alourdies. Aussi, l'effet d'ensemble n'est-il point sans beauté : et, d'ailleurs, la richesse de la décoration rachète amplement ces faiblesses de l'architecture. Aujourd'hui encore on peut dire avec Wheler : « C'est la plus belle église que j'aye vue dans toute la Grèce, après Sainte-Sophie de Gonstantinople (1). »

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