‹ L'église et les mosaïques du couvent de Saint-Luc en PhocideChapitre 4 sur 14 · III. — Les combinaisons d'équilibre a l'église de saint-luc · texte numérisé non relu

III. — Les combinaisons d'équilibre a l'église de saint-luc

Un des points les plus intéressants à étudier dans toute église byzantine est le groupement mutuel des diverses parties de la construction. C'est là qu'on découvre mieux que partout ailleurs

(4) Voyage, édit. de La Haye, 1723, II, 61.

l'habileté savante, ingénieuse parfois jusqu'à la subtilité, qui préside aux constructions de l'art oriental du moyen âge (1). Dans un plan byzantin, toutes les parties sont étroitement liées. Tandis que, dans un plan occidental, chaque voûte est, pour ainsi dire, isolément maintenue en équilibre , en Grèce, les voûtes sont associées de façon à s'appuyer les unes les autres , et à annuler réciproquement les poussées diffuses qu'elles exercent. C'est la répartition égale de ces poussées qui est la préoccupation essentielle de l'architecte , et le groupement des contreforts et des organes debutée mérite, dans toute église byzantine, une attention particulière (2).

A Saint-Luc, le mur d'enceinte de l'édifice, celui sur lequel, en dernière analyse, sont reportées toutes les poussées , a, sur les faces nord et sud , une épaisseur de lm,20 environ ; sur les faces est et ouest il mesure lm,10; enfin , le mur qui sépare le second narthex de l'église est épais de lm,17. Toutefois, partout où des arcades rencontrent le mur d'enceinte , elles appuient leurs naissances sur un pilastre adossé à la muraille : ainsi l'épaisseur se trouve portée à lm,45 ou lm,50, et la force de résistance est accrue d'autant.

La coupole de l'église exerce, sur tout son pourtour, des poussées divergentes qu'il s'agit d'annuller : c'est à quoi contribue, tout d'abord, la présence du tambour polygonal (3). Ce qui en reste se répartit sur huit points d'appui, quatre arcs doubleaux et quatre trompes d'angle, qui tiennent ici la place des pendentifs (4). Les quatre arcs de tête, qui appuient leurs naissances au nord et au sud sur les quatre maîtres piliers , à l'est et à l'ouest sur les quatre piliers de renfort , sont soutenus chacun par des lunettes voûtées en arête. Les trompes d'angle, d'autre part, rendent les arcs doubleaux solidaires, de manière à ce que les diverses voûtes s'appuient les unes contre les autres.

Mais les quatre arcs de tête, qui reçoivent la poussée de la cou-

(1) Cf. Choisy, L'art de bâtir chez les Byzantins, 127, 128.

(2) Cf. , sur la différence du contrefort dans l'art oriental et occidental , Choisy, 124, 125.

(3) Cf. Choisy, 122.

(4) Sur la voûte sphérique sur trompes d'angle, fort usitée dans l'architecture hyzantino, cf. Choisy, 79-85. Le procédé de construction employé à Saint- 1, ne est celui décrit p. 84-85. Sur l'heureux effet de cette disposition pour multiplier les résistances, cf. Choisy, 141. On trouvera des exemples de ce parti à Saint-Nicodème d'Athènes (Couchaud , pl. 12), contemporain de Saint-Luc, et à Daphni (ibicl., pl. 18), etc.

pôle, exercent eux-mêmes des poussées analogues qu'il s'agit d'annuller. Prenons d'abord les arcs est et ouest. Chacun d'eux a une ouverture de 3m,42, et est soutenu par deux piliers épais de 1 m, 1 0 dans la direction sud-nord. Derrière chacun de ces piliers, à lm,55 de distance , se trouve placé un des maîtres piliers qui , dans la direction sud-nord, est épais de lm,02. Deux étages de voûtes en berceau relient le pilier de renfort au maître pilier , et reportent sur lui les poussées des arcs de tête.

Les arcs de tête nord et sud, dont l'ouverture est de 3m,45, s'appuient directement sur les maîtres piliers : aussi l'épaisseur de ces piliers, dans la direction est-ouest , est-elle tout autrement considérable que dans le sens nord-sud : ils mesurent 3m,50 à l'est, 4m,00 à l'ouest , et sont donc capables de recevoir toute la poussée de l'arc de tête.

Ainsi, directement ou indirectement, une grande partie des poussées se reporte sur les quatre maîtres piliers : il importe donc de considérer leur force de résistance et les moyens de butée dont ils sont soutenus. Prenons pour exemple le pilier nord-ouest. Du côté du mur d'enceinte, il s'appuie à chaque étage sur deux berceaux , entre lesquels est ménagée une voûte en arête : chacun de ces berceaux est porté sur de forts pilastres qui étayent le maître pilier et renforcent sa résistance. Du côté du second narthex , il est soutenu simplement par deux étages d'arcs doubleaux (î). Ainsi, à la moindre épaisseur du pilier correspondent les moyens de butée les plus forts; à sa plus grosse résistance, les contreforts moins importants : ainsi les poussées des arcs de tête sur les maîtres piliers se trouvent équilibrées et annulées.

Ces ingénieuses combinaisons ont permis de diminuer sensiblement la masse des maîtres piliers. Dans leur partie inférieure, ils sont, en effet, amincis par des niches ménagées dans l'épaisseur ; dans leur partie supérieure , ils sont percés de fenêtres géminées. Néanmoins, leur force de résistance suffit à recevoir les poussées de l'édifice; il faut, d'ailleurs, remarquer que ces poussées leur arrivent singulièrement diminuées. Au lieu de reporter directement par quatre berceaux de tête les poussées de la coupole sur les quatre piliers d'angle , l'architecte a appuyé deux des arcs de tête sur des piliers intercalaires; ainsi, les ouvertures des arcs se trouvent singulièrement diminuées, et les

(1) Il faut noter une légère différence dans les moyens de butée des maîtres piliers vers le mur oriental. Un mur plein, percé seulement d'une fenêtre à l'étage inférieur, relie le pilier à la face est de l édifice.

poussées, moins considérables, reportées, en outre, sur un plus grand nombre de points d'appui. La bâtisse en prend plus de solidité, aux dépens de la légèreté toutefois. Le grand nombre des contreforts obstrue inévitablement le vaisseau principal.

Quant aux piliers supplémentaires, beaucoup plus minces que les maîtres piliers (ils n'ont que lm,10 sur lm,45), ils s'appuient, par un double étage de berceaux, d'une part, sur les maîtres piliers, de l'autre, sur les murs du second narthex et les parois latérales de l'abside, où des pilastres ajoutés augmentent la masse de butée.

Enfin, les collatéraux sont couverts cle voûtes en arête, ménagées entre les berceaux qui retiennent le plan central aux murs extérieurs. Ainsi, comme le dit excellemment M. Ghoisy à propos d'une église d'Athènes : « à proprement parler, il n'existe point de contreforts. Les diverses voûtes s'appuient de proche en proche les unes contre les autres , et les dernières contre le mur d'enceinte (1). »

Le narthex , à l'étage inférieur, est couvert par des voûtes en arête. Des arcades, larges de lm,00, sont tendues entre le mur de l'église et l'enceinte extérieure. Au point où s'exercent leurs poussées, l'épaisseur du mur est augmentée par l'adjonction de pilastres ; de sorte que la masse de butée atteint, vers l'intérieur, une épaisseur de lm,60, vers le dehors, de 2m, 00. Cette même masse de butée maintient les arcades qui sous-tendent l'étage supérieur du narthex, et le partagent en trois travées, dont chacune est couverte d'une voûte sphérique très aplatie.

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