IV. — La décoration architectonique
Comme dans la plupart des églises byzantines , la sculpture ne tient qu'une place secondaire dans la décoration de l'édifice (2). L'architecte s'est borné à marquer, par des moulures disposées tout autour de l'église, les principales divisions des masses architecturales. Tout en bas , et reposant directement sur le sol , une moulure de marbre blanc , haute de 0™,20, court tout autour de l!édiflce , bordant les murailles et encadrant les piliers (3) : elle forme ainsi une sorte de base au profil peu saillant. Au-dessus des voûtes de l'étage inférieur, une large bande de marbre blanc
(1) Choisy, p. 132.
(2) Sur cotte tendance, cf. Salzenberg, p. 75. 70.
(3) Cf., à Sainte-Sophie, Salzonborg, pl. 1G, fig. 10.
surmontée d'une corniche sépare cet étage de celui du gynécée : sur cette bande, des feuilles d'acanthe renversées et entremêlées d'arabesques sont sculptées en un relief très léger, rendu plus apparent par un émail de couleur noire, placé dans les creux (1). Au sommet du second étage, et au niveau des naissances des quatre grands arcs de tête, une haute frise de marbre blanc est placée : elle se compose d'un rang de perles, au-dessus duquel sont disposées de hautes feuilles d'acanthe, d'un dessin semblable à celles de la moulure inférieure de Sainte-Sophie (2); un listel uni forme le sommet de la frise. Enfin, tout autour de la coupole, court une corniche circulaire de marbre blanc, au profil assez accentué. Elle se compose d'un rang de dents, qu'une moulure profonde sépare d'un rang d'oves; au-dessus se trouvent de hautes feuilles d'acanthe, dont le sommet, détaché de la frise, se recourbe en saillie. De place en place, entre les feuilles , on remarque des demi-sphères saillant sur la corniche, et curieusement ajourées.
Entre le vaisseau principal et les collatéraux, les arcades du vestibule et celles des croisées N. et S. sont portées par des piliers quadrangulaires en porphyre ou en granit. Ils mesurent 0^,13 sur 0m,22. Comme tous ne sont point d'une égale hauteur , on a racheté ces différences en modifiant le type des bases. Dans le vestibule, par exemple, les piliers de droite s'appuient sur de hautes bases carrées de 0,30 ; à gauche , sur un piédestal semblable, mais moins élevé, est placée une seconde base de marbre noir arrondie vers le vaisseau principal, carrée du côté du collatéral : elle a 0m,18 de haut. Dans les branches de la croix, les bases arrondies ont une forme elliptique. Tous les piliers soutiennent des chapiteaux cubiques , longs , étroits et peu élevés , timbrés d'une étoile ou d'une croix. Sur le mur des croisées et du vestibule, des pilastres aident à soutenir les arcades ; ils portent, à la hauteur du chapiteau , un élégant décor en marbre blanc, formé de feuilles d'acanthe au-dessus d'un rang de perles.
Dans le second narthex , une moulure analogue à celle de l'église court au bas des murailles. En haut, au niveau des naissances des voûtes , une corniche en marbre blanc , au profil très simple et assez accentué , couronne la décoration de marbre des parois.
Enfin, à la porte d'entrée, qui, du premier narthex, mène dans
(1) Cf. un motif très analogue à Sainte-Sophie, pl. 16, fig. 4 et 9.
(2) Salzenberg, pl. 15, fig. 1 et 4.
l'église, une belle frise, formée de feuilles d'acanthe ajourées entre deux moulures, court à la hauteur du linteau.
Le gynécée n'a conservé aucune trace de décoration architectonique , à l'exception des balustrades qui bordent les bras N. et S. de la croix. Entre deux pilastres appuyés au mur et deux piliers quadrangulaires de marbre blanc , sont placées trois dalles sculptées , analogues à celles des fenêtres , et mesurant lm,07 de hauteur sur 0m,71 de large (1). Elles sont posées sur une moulure en marbre blanc servant de base et surmontées d'une corniche en marbre gris, haute de 0m,14.
La seule partie vraiment remarquable de la décoration architectonique est la clôture qui sépare de l'église le bèma et les absides latérales.
Sur un soubassement de marbre blanc, orné de deux moulures, sont placés quatre piliers en marbre rouge veiné de blanc. Après avoir formé , à leur partie inférieure , une base quadrangulaire haute de 0m,30, ils s'amincissent en un support carré de 0m,20 de côté, décoré de moulures et d'ornements; puis, à lm,12 de la base , le pilier carré devient octogone et se termine enfin en un cylindre marqué de trois raies. Sur ce plan cylindrique, les chapiteaux sont posés.
Tous quatre sont du type byzantin le plus pur et surmontés d'un coussinet ; pourtant , ils ne sont point d'une égale valeur. Deux d'entre eux, de facture assez lourde, ont les quatre faces du chapiteau cubique ornées d'une étoile entre des rameaux; le coussinet, assez haut, est décoré de petites feuilles d'acanthe. Les deux autres, plus fouillés, ont sur leurs quatre faces de hautes feuilles d'acanthe ajourées; le coussinet a un rang de perles.
Sur ces chapiteaux est posé un magnifique entablement en marbre blanc. L'architrave tout entière est ornée de sculptures qui, suivant un usage fréquent dans l'art byzantin (2), étaient jadis couvertes de dorures. On en remarque encore quelques traces et le fond porte encore presque intacte la couche de couleur bleu pâle sur laquelle les ors se détachent. Au centre , une demisphère saillante et sculptée à jour est accotée d'étoiles et de boutons saillants inscrits dans des cercles, entre lesquels courent des arabesques. Puis, de chaque part, se place une nouvelle demisphère , au delà de Laquelle un autre motif représente, sous une arcade portée par deux colonnes, une fleur ou une étoile. Aux
(1) Cf. dos dalles semblables dans Pulgher, pl. 8.
(2) Salzcnberg, p. 76.
deux extrémités , un griffon est couché. Le dessous de l'architrave est également sculpté, mais d'un décor plus simple. Au milieu, un grand cercle à nervures est inscrit dans un losange , et , dans les angles demeurés libres, des étoiles sont entourées de cercles plus petits. Sur les côtés, dans d'autres cercles, des croix sont inscrites ou des arabesques s'entrelacent.
Sur l'architrave est posée une frise de marbre blanc, formée de cercles sculptés à jour et coupée par cinq consoles saillantes timbrées d'une croix. Au-dessus, court une petite corniche très simple.
Toute la partie de l'entablement placée vers le bèma est demeurée sans sculptures.
Enfin, la décoration de la clôture est complétée par deux dalles sculptées placées dans les ouvertures latérales. Elles sont en une sorte de pierre transparente nommée phengites et ornées d'arabesques inscrites dans un cercle , et de fleurs placées aux angles. Une corniche de marbre gris couronne cette clôture.
A l'abside de gauche , deux pilastres en marbre vert , à chapiteaux semblables à ceux du bèma, portent une architrave de marbre blanc où , sur un fond bleu , se détachent en relief une série de petites arcades , sous lesquelles sont placés des rameaux ou des croix. Elle est surmontée d'une haute frise à jour, où des cercles, entre lesquels courent des arabesques, enserrent des croix , des animaux ou des rameaux. Le dessous de l'architrave est orné, au milieu, d'une croix à six branches inscrite dans un cercle , et , de chaque part , de deux étoiles contenues dans des cercles plus petits. A l'abside de droite, des pilastres en marbre vert, à chapiteau pareil aux précédents, portent une architrave où des carrés et des cercles alternent sur un fond bleu. AU milieu, une croix est placée. Le dessous de l'architrave est également sculpté.
Toute cette décoration , fort somptueuse , est d'un travail excellent.