MUSTZ, loc. cit
leur de ce monument. M. Faucon * en fait honneur à l'imagier parisien Jehan de Paris; mais M. Mûntz. pour des raisons historiques, et M. Courajod pour des raisons esthétiques, ont refusé d'admettre cette attribution. Ce qui est certain cependant, c'est que quelques années plus tard, Jehan Lavernier, de Paris, a édifié dans la même église des Doms le tombeau de Benoît XII, qui était presque semblable à celui de Jean XXII. Etaitil l'œuvre du même artiste ou procédait-il d'une inspiration identique? Quelques débris de clochetons et quelques moulures, conservés au musée d'Avignon, voilà tout ce qui reste aujourd'hui du monument de Benoît XII.
De son vivant, Clément VI se fit faire un riche tombeau auquel il consacra la somme énorme de 3.500 florins d'or. Un artiste français, Pierre de Roye, et ses deux auxiliaires, Jean de Sanholis et Jean David, y travaillèrent de 1346 à 1351. Les différentes pièces qui le composaient furent sculptées à Villeneuve, sous les yeux du pape, et transportées ensuite dans l'église de la Chaise-Dieu où Clément VI avait été moine bénédictin et où il avait élu sa sépulture. Un an avant sa mort, sa dernière demeure était prête. C'était un vrai palais : ce qui en reste ne peut nous en donner qu'une idée incomplète. Par son architecture, le tombeau ressemblait à ceux des papes précédents ; c'était un pompeux catafalque de pierre couronné de clochetons et de pinacles; aujourd'hui, ce n'est plus qu'une statue mutilée couchée sur une dalle de marbre noir. A l'origine, il était décoré de 44 statuettes de personnages « qui formaient comme une garde d'honneur auprès du défunt » (Mûntz). C'était un prêtre portant de J'eau
i. Faucon, loc, cit.
bénite, un diacre avec le livre des Evangiles, et un servant; puis plusieurs des prélats qui avaient vécu dans l'entourage de Clément VI, quatre cardinaux, cinq archevêques, neuf évoques revêtus des insignes de leur dignité ; enfin le comte de Beaufort et ses deux femmes, le vicomte de Turenne et plusieurs autres parents de ce pape qui avait poussé Jusqu'aux excès du népotisme l'amour de sa famille ^ .
L'hôpital de Villeneuve-lès-Avignon conserve dans sa chapelle le tombeau que le pape Innocent VI s'était fait construire à la Chartreuse de cette ville. Ce monument ressemble à celui de Jean XXII. « Comme ce dernier, c'est un enchevêtrement de dais et de clochetons, avec plus de netteté et d'élégance; huit contreforts supportant un nombre égal de clochetons, avec des niches et des tabernacles, forment comme l'ossature du mausolée. Ils sont séparés par des arcades à jour contenant, sur un soubassement orné d'arcatures, la statue couchée du pape. Plus haut, au-dessus de la voûte formée par ces arcades, une véritable forêt d'arcs-boutants et de flèches... Innocent est représenté étendu, la tête posée sur un double coussin, les mains croisées, la tiare en tête, le pallium passé sur ses vêtements pontificaux^. » L'exécution de ce tombeau dénote des artistes français ; outre que son architecture rappelle celle des églises de France, on n'y voit aucune de ces incrustations polychromes qui étaient alors en faveur en Italie et en particulier à Rome. Un grand nombre de statuettes ornaient les niches et les arca-
1. Voir la description détaillée de ce monument dans l'article de M« Faccon, intitulé Documents inédits sur l'église de la Chaise-Dieu, paru dans le Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1884, p. 383.
â. MÛNTZ, Les tombeaux des papes, p. 381.
l'église et les origines de la RENAISSAN'CE. 3
tures de ce monument : elles ont presque toutes disparu.
Le tombeau d'Urbain V( 1370) dans l'église Saint-Victor de Marseille rompt avec cette tradition de catafalques de pierre. Si nous nous fions au dessin qui nous en a été conservé par les BoUandistes, la statue du pape, revêtu de ses ornements, était couchée sur un sarcophage à arcatures, adossé au mur du chœur de l'église ; le sarcophage était engagé dans une niche qui avait la forme d'un portail gothique sur le tympan duquel était sculptée la figure du défunt porté par des anges devant un trône où siégeaient le Sauveur et sa Mère. Plusieurs statues ornaient les niches des deux pilastres et de la galerie supérieure, qui, elle-même, était surmontée d'un fronton triangulaire ajouré. Outre ce monument qui renferma le corps d'Urbain V, on lui érigea, à Avignon, dans l'église Saint-Martial, un cénotaphe dont il reste, au musée Calvet, la fort belle statue en albâtre du pape.
A l'exemple des souverains pontifes, les cardinaux commandèrent aux sculpteurs avignonnais de magnifiques tombeaux pour eux ou pour leurs parents. A Avignon, les églises de Saint-Martial, des Célestins, des Cordeliers, des Carmes; à Villeneuve, la Chartreuse et la Collégiale reçurent des monuments funéraires tjui rappelaient par leur richesse et leurs sculptures ceux de Notre-Dame des Doms. Elles en conservent de nos jours des débris échappés au vandalisme protestant et révolutionnaire, comme, par exemple, le tombeau que le neveu de Jean XXII, le cardinal Arnaud de Via, s'était fait édifier dans sa collégiale de Villeneuve.
Ce fut aussi à Avignon que furent commandés par les grands personnages de la curie plusieurs des monuments qui ornent encore certaines églises du centre
et du midi de la France : à l'abbaye de la Chaise-Dieu, ceux qui furent construits par ordre de Clément VI pour Nicolas Rogier, son oncle, et pour l'abbé Renaud de Montclar; dans la cathédrale de Limoges, ceux de Renaud de la Porte, doyen du Sacré-Collège, mort en 1326, et de son neveu Bernard Brun, celui du cardinal Guillaume d'Aigrefeuil, mort à Viterbe en 1369; à Saint-Just de Narbonne, celui du cardinal Pierre de la Jugie, mort à Pise en 1376. Malgré les niutilations qui l'ont défiguré , et quoique privé de la belle statue du défunt qui est conservée au musée de Toulouse, ce dernier monument a une vraie valeur artistique. « C'est encore un véritable bijou, conservant des peintures d'un goût charmant et des statuettes d'un excellent style ^ »
Si l'on excepte Jehan de Paris, Pierre de Roye et ses collaborateurs, auteurs des monuments de Benoît XII et de Clément VI, nous ne connaissons pas les noms des sculpteurs avignonnais du XIV® siècle. Il semble cependant que, comme les architectes, ils aient été tous français ; les noms de ceux que nous avons cités en sont un indice.
Si nous voulons trouver à la cour d'Avignon la continuation du mouvement artistique inauguré par Giotto auprès de Boniface VIII, c'est chez les peintres qu'il faut l'observer. Dès son avènement^, Jean XXIÏ fit exécuter plusieurs peintures à Avignon et dans le Comtat. Ses livres de comptes en mentionnent dans le palais épiscopal, à la chapelle de Notre-Dame, au cloître de la ter* rasse, àla chambre du pape et surtout dans les deux chapelles de Saint-Etienne, à la salle du consistoire, enfin