Ehrle, p. G05, 608, 614, GIG, etc
et aux convenances de l'architecture dont elle n'est que l'humble auxiliaire ; elle marche sur ses pas et il n'est pas étonnant qu'à sa suite elle ait demandé ses modèles au Moyen Age français.
L'art gothique qui, au XIIP siècle, avait doté les cathédrales de chapiteaux, de façades, de fenêtres, de clochers richement sculptés et qui, au XV® siècle, allait tomber dans la recherche luxueuse du style flamboyant, a parfois montré, au XIV® siècle, une excessive sobriété dans l'ornementation. A l'extérieur, la plupart des églises nous apparaissent couronnées de créneaux, percées de meurtrières, comme des forteresses défiant les sièges et les assauts ^ Il était inutile, dans ces conditions, de multiplier les pinacles, d'ajourer les façades de dentelles sculptées et de les peupler d'une infinité d'anges et de saints. A l'intérieur, l'arc en tiers-point se développe dans sa rigueur géométrique ; de simples moulures sont ses seuls ornements; sur les piliers les chapitaux disparaissent avec leurs beaux feuillages; un anneau à peine saillant et tout uni souligne discrètement la naissance de la courbe. Par suite de l'évolution de l'architecture, la sculpture voyait se restreindre de plus en plus son champ d'action. Elle n'avait sa raison d'être que comme art décoratif , et on ne lui laissait presque plus rien à décorer. C'est ce qui explique pourquoi nous n'avons à mentionner aucune œuvre importante de sculpture ni dans les églises, ni dans les châteaux d'Avignon et du Comtat, ni même dans le palais des papes.
Les principales pièces de sculpture qui furent commandées par la cour d'Avignon sont des tombeaux.
i. C'est surtout vrai pour certaines égUses du midi de la France, telles que Saint-Just, de Narbonne et Saint-Nazaire, de Béziers.
Malgré quelques différences accessoires, ils présentent tous des traits communs. L'architecture y prédomine encore ; ce sont avant tout des constructions : la décoration sculpturale, quelque belle qu'elle soit, n'y vient qu'en seconde ligne. D'autre part, élevés et décorés par des artistes français, ils s'inspirent de l'art ogival; l'influence italienne de la Renaissance ne s'y fait guère sentir. C'est tout d'abord le tombeau de Jean XXII qui se voit encore, mutilé il est vrai, dans une chapelle de Notre-Dame des Doms. « Il affecte une forme extraordinaire*; c'est quelque chose comme une châsse gigantesque ou mieux un clocher en miniature, un clocher à base rectangulaire avec d'innombrables niches, statues, dais, pinacles dentelés, montant sans rime ni raison. » Dans l'intérieur de cette châsse ajourée était couchée, sur son sarcophage rectangulaire, la statue du défunt ; et plus de soixante statuettes peuplaient les niches des clochetons et de la base. Il nous est difficile de nous faire une idée des sculptures qui décoraient ce monument : on a discuté l'authenticité de la statue qui y représente aujourd'hui Jean XXII; quant aux statuettes, elles ont disparu, à l'exception peut-être des six qui se voient dans l'église Saint-Pierre d'Avignon et des deux qui sont conservées au musée Calvet. Les motifs de décoration, feuillages, baies, moulures qui s'y voient encore, n'ont pas. une grande valeur artistique. M. Courajod 2 en trouve l'exécution « fort lourde et brutale » ; moins entier dans ses jugements, M. Mûntz ^ la taxe cependant de dureté. On n'est pas d'accord sur l'au-
1. MÛ3ÏTZ, Les tombeaux des papes en France {Gazette des Beaux-Arts, 1887, p. â08â).
2. CouRAJOD, Leçons professées à V École du Louvre^ t. II. Origines de la Renaissance^ p. G2 et 63.