‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 2 sur 153 · Vasari, I · texte numérisé non relu

Vasari, I

Le Latran a conservé jusqu'à nos jours une dernière tracé des peintures que Giotto y exécuta à la demande du pape. Aux approches du jubilé de 1300, Boniface VIII fit faire de grands travaux dans cette basilique, « la tête et la mère de toutes les églises du monde », l'un des sanctuaires qui allaient être visités avec le plus de dévotion par les pèlerins ^ . Son architecte Cassetta y éleva le balcon du haut duquel devait tomber la bénédiction pontificale sur les foules massées en la vaste place du Latran. Il était d'un travail riche et élégant; les marbres précieux qui le décoraient, étaient incrustés de mosaïques, comme les colonnettes qui en supportaient les arcades. Dix magnifiques colonnes corinthiennes le soutenaient, dont huit étaient de marbre et deux de porphyre. Une inscription rapportait à Boniface Y III la gloire d'avoir fait élever cette élégante œuvre d'art. « Dominus Bonifatius papa octaç^us fecit totum opus presentis thalamîj anno Domini millesimo trecentesimo ».

Satisfait des fresques de Saint-Pierre, il en commanda de nouvelles à Giotto pour la loggia du Latran. La principale représentait le pape promulguant solennellement le jubilé de l'an 1300, les autres le Çaptême de Constantin et la construction de la basilique. Il ne nous reste rien de ces deux dernières. Un fragment de la première se voit encore dans l'intérieur de l'église sur un pilier du collatéral de droite ^. Sur le devant d'un balcon, recouvert d'une tenture verte aux armes des Orsini, Boniface est debout entre deux clercs; à droite, se voit un quatrième personnage qui

1. Sur ces travaux voir Rasponi, De basilica et patriarchio Lateranensif p. 29 et Rohault de Fleury, Le Latran au Moyen Age^ p. 191 et suiv.

3. Il y a été transporté en 177G par les soins de la famille Caetani.

semble être un laïque. Un des clercs déroule un par-^ chemin sur lequel se lisent les mots Bonifacius épiscopus; c'est la bulle d'inauguration du jubilé qui va être lue solennellement du haut de la loggia, en présence du pape, à la foule assemblée sur la place. Nous donnant ainsi le portrait de Boniface VIII, ce fragment serait précieux, s'il n'avait pas été « affreusement restauré^ ». Un dessin grossier, conservé dans un manuscrit de l'Ambrosienne, a permis à M. Mûntz de reconstituer l'ensemble de cette fresque. C'était une grande composition à deux étages qui représentait sur le balcon Boniface VIII au milieu de sa cour et sur le sol de la place un grand nombre de personnages de toute condition, aux costumes variés, écoutant la lecture de la bulle 2.

Vasari mentionne une autre œuvre de Giotto à Rome. L'église de Sainte-Marie de la Minerve était en construction depuis 1280 et les architectes dominicains qui en étaient chargés, fra Sisto et fra Ristoro, avaient si bien activé les travaux qu'en 1295, elle excitait déjà l'admiration des contemporains : en louant « ce travail somptueux », Boniface VIII assignait aux Frères Prêcheurs, par sa bulle du 26 janvier 1295, la somme nécessaire pour le mener à bonne fin ^. Il voulut aussi contribuer à l'ornementation intérieure de l'église et, pour cela, demanda à Giotto de peindre sur un grand tableau de bois un magnifique crucifix, aujourd'hui disparu ^ .

Le passage de Giotto à Rome et les œuvres qu'il y laissa, exercèrent la plus heureuse influence sur les artistes de la Ville Éternelle. Avant lui, l'école romaine

i. PÉRÂTÉ, op. Ht.

% MÛNTZ, Boniface VIII et Giotto, op. cit.

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