‹ L'Église et les origines de la RenaissanceChapitre 21 sur 153 · Faucon, op, cit., p · texte numérisé non relu

Faucon, op, cit., p

preneur de peinture plutôt que comme un artiste. L'origine de ces artisans les rattachait tous aux vieilles traditions gothiques ; ceux dont nous avons la liste portent des noms français^ : Célerier, du Pin, Vidal, Bucalhe, Bosquet ; ils sont de Montpellier, de Valence, de TAgenais. On y remarque un Anglais, Thomas Daristot; peut-être Jean Angles ou Langlois Tétait-il aussi. Mais nous ne trouvons parmi eux aucun Italien, aucun de ces Florentins, de ces Siennois et de ces Romains qui, groupés autour de Giotto, travaillaient au delà des monts à renouveler l'art.

Ce fut sous Benoît XII (1334-1342) que les peintres italiens vinrent à Avignon. Dès son avènement, le nouveau pape demanda à Giotto ^ d'exécuter des scènes de la vie des martyrs dans le palais qu'il se construisait. Le célèbre maître florentin allait répondre à cette invitation lorsque, encore dans la force de son talent, il fut surpris par la mort. Quelques années plus tard, ce fut le plus illustre de ses continuateurs qui vint s'établir à la cour pontificale : appelé soit par le pape lui-même, soit par un cardinal qui, de passage à Sienne, avait su apprécier son talent, Simone Memmi arriva à Avignon dans les premiers mois de 1339. Il y trouva un Mécène généreux dans la personne du cardinal deCeccano. Ce prince de l'Eglise lui commanda la décoration à fresque du porche de Notre- Dame des Doms. Exposées aux injures du temps et des hommes, ces peintures ont beaucoup souffert. Le magnifique saint Georges chevauchant sur son coursier et terrassant le dragon, a disparu de ces murs dont il était le principal ornement. Cependant, dans la lu-

i. Faucon, op. cit., et Eiirle, op. cit., passim. â. Vasari, I, 387, note.

nette, on voit encore la Vierge sur son trône, portant TEnfant Jésus dont les blonds cheveux sont bouclés, les bras et les épaules nus ; elle est entourée d'un cortège d'anges; l'un d'eux lui présente un prélat à genoux qui doit être le cardinal de Ceccano lui-même*. Sur l'intrados de l'archivolte on distingue encore six têtes d'anges parsemées au milieu de délicats ornements. Enfin dans le fronton du porche, se voit un Sauveur bénissant, entouré de six anges qui se balancent dans les airs. Inspirées par un art vraiment nouveau, ces peintures furent grandement goûtées. Pétrarque s'éprit d'admiration pour leur auteur et, dès lors, s'établit entre lui et Simone Memmi une amitié qui rappelle celle de Dante et de Giotto. Pour le saint Georges de la cathédrale il composa une inscription en vers latins fort élégants ; et plusieurs années après la mort de son ami, il regardait comme une gloire de l'avoir connu. Memmi de son côté témoigna au poète son affection de la manière la plus délicate, en faisant figurer dans une de ses fresques le portrait de Laure de Noves. L'admiration de Pétrarque fut partagée par tous les connaisseurs de la curie. « Memmi, dit Vasari ^, fut fort estimé à la cour du pape. » Cette estime se traduisit sans doute par plusieurs commandes de tableaux de la part de hauts personnages. Ce fut en effet pendant son séjour à Avignon qu'il composa, en 1342, le beau tableau conservé au musée de Liverpool qui représente l'Enfant Jésus de retour du Temple ^.

Le successeur de Benoît XII, Clément VI (1342- 1352) eut une prédilection pour la peinture italienne.

1. Remarquons toutefois que ce personnage ne porte pas les insignes cardinalices.

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