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Crowe et Cavalcaselle, II

Il s'entoura de peintres auxquels il fit décorer son palais. Presque tous étaient italiens et de Técole de Giotto. Tout d'abord, il continua à Simone Memmi la faveur de son prédécesseur. Il lui fit achever, dans le palais apostolique, les fresques de la salle du consistoire, que cet artiste avait commencées sous Benoît XII. Dans les compartiments de la voûte, Memmi peignit trois sibylles et dix-huit prophètes de l'ancienne loi, tenant en leur main un parchemin à moitié déroulé qui portait une de leurs prophéties. Malgré les mutilations irréparables dont elles ont été victimes lorsque la salle du consistoire servit de dortoir aux enfants de troupe d'Avignon, ces peintures sont assez conservées pour que l'on puisse en reconnaître l'allure majestueuse et naturelle. On a aussi attribué de tout temps à Simone Memmi les fresques de la chapelle Saint-Jean, dans le palais des papes. Il faut reconnaître en effet qu'elles sont d'un maître et qu'elles se distinguent tout à fait de celles qui sont dues à ses disciples. Rien d'ailleurs ne s'oppose à cette . attribution. La chapelle Saint-Jean, comme la tour où elle se trouve, a été construite par Clément VI, ainsi que le prouve l'écusson de ce pape qui figure dans la clef de voûte ; or Simone ne mourut qu'en 1344 et il est possible qu'il ait exécuté ces fresques pendant les deux années qui suivirent l'avènement de Clément VI (1342- 1344).

Les quatre segments que détermine dans la voûte la croisée d'ogive, sont ornés de huit saints et saintes qui sont désignés par les noms écrits à côté de leurs têtes. On y remarque, entre autres bienheureux, saint Jean-Baptiste, sainte Elisabeth, saint Zacharie, Marie Salomé et saint Jean l'Évangéliste. Sur les parois latérales, l'artiste a décrit des scènes tirées

la plupart de Thistoire du Précurseur, quelques-unes de la vie de N.-S. Ce sont, par exemple ^ , la Naissance et la Prédication de saint Jean, le Sacrifice de Zacliarie, le Baptême du Jourdain, les Pharisiens interrogeant saint Jean sur sa mission [Tuquis esP]^ le Festin d'Hérode et la Décollation, la Pêche miraculeuse, la Vocation des fils de Zébédée, la Crucifixion^. Cettesérie de compositions sont les spécimens les plus complets que nous ayons de la peinture siennoise ; « elles nous en révèlent les qualités comme aussi les lacunes : une grande douceur d'expression, une grande suavité de coloris. Les têtes à caractères sont moins le fait de ces maîtres au tempérament essentiellement lyrique. Il en est de même de la mise en scène et des effets dramatiques^ ».

S'il est vrai que la décoration de la chapelle de Saint-Jean n'ait pu se faire qu'en quelques mois, en 1343 et 1344, il est vraisemblable que Simone Memmi s'est fait aider pour l'exécution par quelques-uns de ses disciples. Il n'était pas, en effet, venu seul à Avignon; il y avait été suivi par son frère Donato qui, peintre comme lui, fut associé à ses différents travaux, et par un certain nombre d'artistes italiens qui formèrent à la cour de Clément VI comme une académie de peinture. Ils exécutèrent un grand nombre d'œuvres qu'avant la publication des livres de la Chambre apostolique, les meilleurs historiens attribuaient à Simone Memmi.

De ces continuateurs du maître siennois le plus illustre et le plus fécond fut assurément Mathieu de Vi-

i. Voir la description détaillée de ces peintures dans Crowe, n, p.365-

2. C'est dans un cortège qui orne l'embrasure de la fenfitre que Ogure, dit-on, le portrait de Laure.

S, ^ijyiZy Fresques inédites du palais des papes à Avignon {Gazette archéologique^ 1886, p. 208).

terbe (Matteus Johannetî], Il décora de fresques la chapelle de l'Inquisition ou de Saint-Martial qui se trouvait exactement au-dessus de celle de Saint-Jean, dans la tour de ce nom. Sur la clef de voûte il peignit dans un médaillon le Christ ; dans les huit segments de la croisée d'ogive et sur les quatre murs latéraux de la chapelle, plusieurs scènes des légendes de saint Martial, de saint Pierre, de saint Paul, de saint Valérien et de saint Etienne ^ . Les comptes publiés par le P. Ehrle^, nous montrent Matteo travaillant dans la chapelle de l'Inquisition en 1344 et 1345. Presque en même temps, il décorait la chapelle Saint-Michel que Clément VI venait de faire construire au sommet de la tour de la garde-robe ^. Ces dernières peintures ont disparu ; mais nous savons qu'elles avaient excité l'admiration de la cour pontificale. En avril 1346, Matteo peignait, au-dessus de la porte de la chapelle Saint-Martial, une madone tenant l'Enfant Jésus ; la peinture était rehaussée d'ornements d'or et d'argent^. L'année suivante (1347), il entreprenait la décoration de la salle du consistoire où il représentait « un couronnement et quatre pontifes ^ » que l'on a vainement essayé d'identifier. Enfin, dès 1344, il avait décoré le plafond de la garde-robe et, en 1345, la grande salle à manger de la tour du Trouillas. Outre ces fresques, le pape lui commanda des peintures sur bois : en 1346, un retable pour la chapelle pontificale ; en 1349, deux chaires ^.

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