CHAPITRE III
l'humanisme a la cour d'avignox.
pétrarque.
Plus encore que les arts, les lettres trouvèrent à Avignon des conditions favorables à leurs progrès : les richesses de l'Eglise qui lui permettaient de pourvoir largement aux besoins de ses protégés, son universalité, qui la mettaient en rapports avec le monde entier, assuraient aux lettrés des avantages vraiment exceptionnels. Aussi n'est-il pas étonnant que, dès la première moitié du XIV® siècle, l'humanisme ait jeté avec Pétrarque un vif éclat à la cour des papes.
Tout d'abord, la papauté mit à la disposition des esprits cultivés une bibliothèque chaque jour enrichie de nouvelles acquisitions. Par des achats et des dons, par le droit de dépouille qui, dans certains cas, faisait du pape l'héritier des dignitaires de la curie, les manuscrits affluèrent au palais pontifical. Commencée sous Jean XXII, dès 1317, la bibliothèque comptait plus de 2.200 ouvrages lorsque, en 1369, Urbain V en fit dresser l'inventaire.
A l'origine, elle se composait presque uniquement de livres de théologie, de droit canon ou de littérature religieuse et toujours, dans la suite, les sciences sacrées
y gardèrent la plus grande place. C'était naturel en un temps où la théologie régnait encore en maîtresse incontestée et pour une bibliothèque qui était celle de rÉglise. Peu à peu cependant, les papes firent dans leur collection de manuscrits une part de plus en plus considérable aux sciences profanes et à l'antiquité.
Dès 1317, Jean XXII fît copier pour sa bibliothèque les œuvres de Végèce, les Déclamations et les tragédies de Sénèque, l'Almageste de Ptolémée, l'Histoire naturelle de Pline ^ En 1351, Clément VI apprit que Pierre de Chastellux, évêque de Valence, possédait un magnifique exemplaire d'œuvres de Cicéron ; aussitôt il lui en demanda d'urgence « une copie fidèle et exacte ^ » . L'année suivante, il fit exécuter un magnifique exemplaire en deux volumes des œuvres de Sénèque et une copie du traité des Animaux d'Aristote^. Les prélats avaient autant que les papes l'amour de l'antiquité classique et, eux aussi, ils en recherchaient les chefsd'œuvre , qu'à leur mort, le droit de dépouille faisait passer dans la collection pontificale. Après la mort de Barthélémy de Grassis, évêque de Fréjus, survenue en 1341, la bibliothèque apostolique s'enrichit du De philosophia naturali et de trois exemplaires de l'Éthique d'Aristote, des Lettres de Sénèque, des œuvres de Priscien et de Caton le Censeur. La mort du médecin de Clément VI lui valut les Principes et le De anima d'Aristote; celle de Gausbert, archevêque de Narbonne, en 1346, deux exemplaires de l'Ethique et le De generatione et corruptione du même philosophe. Il est d'ailleurs inutile que nous poursuivions
i. ElIRLE, op. Ct7., 147.