Ep. /owi., XIX
à leur tour au peuple et à l'empereur pour rétablir soit la république romaine, soit l'empire universel, soit l'unité italienne; les uns applaudiront aux tentatives de Stefano Porcari et au soulèvement de Rome contre Eugène IV, les autres adresseront leurs flatteries au César germanique ou aux princes italiens qui manifesteront l'intention de s'emparer de Rome; et en attendant le jour désiré où la papauté sera déchue de son autorité temporelle, ils la dénonceront comme l'ennemie de Rome et de l'Italie. Le pape deviendra dans leur esprit le SYiixoêopoç paaiXeuc, le roi mangeur de peuples, que Valla et Machiavel désignèrent à la haine de leur temps. Les sentiments chrétiens de Pétrarque l'empêchèrent d'en venir à ces excès ; mais déjà en lui se rencontraient les tendances variées et souvent opposées, tour à tour chrétiennes et païennes, favorables ou hostiles à l'Église, qui allaient se disputer les esprits de la Renaissance.
Le successeur de Clément VI, Innocent VI, contrastait par son austérité avec l'esprit mondain de son prédécesseur ; si nous en croyons certains historiens, ce fut ce changement de règne qui détermina Pétrarque à quitter Avignon pour s'établir définitivement en Italie. Cependant, Innocent VI appela auprès de lui l'un des amis de Pétrarque, l'un des poètes les plus renommés de ce temps, Zanobi da Strada. Né à Strada, non loin de Florence, en 1312, Zanobi avait acquis par ses poésies latines et italiennes une grande réputation. En 1352, sur les conseils de Pétrarque, il s'était fixé à Naples > et là, grâce à la protection du Florentin Acciaiuoli, il \,était devenu secrétaire royal. En 1355, pendant l'expédition pacifique que fit Charles IV en Italie, il avait re-ju de l'empereur, à Pise, la couronne des poètes et, avCi. sa vanité toujours en éveil, Pétrarque commen-
L'HUxMANISME A LA COUR D'AVIGNON. 77
çait à se demander tsî Tami qu'il avait jusqu'alors pris sous sa protection, n'allait pas devenir un rival. Zanobi était donc au premier rang des écrivains de son temps lorsque Innocent VI le fixa à Avignon avec le titre de secrétaire apostolique. Il y resta jusqu'à sa mort, en 1361, rédigeant enbeau latin les lettres pontificales, traduisant en prose toscane les Moralia de saint Grégoire et en vers italiens le Songe de Scipion ^.
Urbain V continua les traditions de ses prédécesseurs, en appelant parmi ses secrétaires plusieurs humanistes en vue. En 1368, il avait déjà donné ces fonctions au célèbre Coluccio Salutati, l'un des amis et des continuateurs de Pétrarque, l'un de ceux qui ont le plus fait pour répandre, à Florence et en Italie, le goût des lettres antiques et de l'hellénisme. Il accompagna le pape à Rome et ne voulut sans doute pas retourner avec lui à Avignon ; car lorsque Urbain V y fut de retour, Salutati s'était déjà fixé pour toujours à Florence. Son ami, Francesco Bruni, fut, lui aussi, secrétaire d'Urbain V et garda cette place sous Grégoire XI ^. A la curie, il prépara les voies à son neveu Léonard, dit l'Arétin, qui fut, à son tour, secrétaire apostolique pendant de longues années, et l'un des maîtres de l'humanisme au commencement du XV® siècle. Dès lors, la tradition était établie à la cour pontificale de réserver à des écrivains de renom ces hautes fonctions, de sorte que le collège des secrétaires apostoliques devint bientôt l'un des foyers les plus actifs de la Renaissance littéraire en Italie.
Urbain V aimait la société des gens de lettres et il le leur prouvait en les attirant à sa cour et en leur four-