CHAPITRE IV
Le transfert du Saint-Siège à Avignon ralentit le mouvement intellectuel qui s'était manifesté à Rome à la cour de Boniface VIII. C'était sur les palais et les églises d'Avignon et du Comtat que se concentrait la magnificence des papes et des cardinaux. Abandonnée le plus souvent à elle-même, déchirée par les factions et l'anarchie, pauvre depuis que les richesses de la chrétienté avaient été dérivées vers les bords du Rhône, Rome ne pouvait plus soutenir l'éclat de son passé. Tandis que dans les opulentes cités commerçantes de Florence, de Sienne, de Bologne et d'Orvieto, se formaient des centres importants de vie littéraire et artistique, Rome voyait ses monuments en ruines et son université déserte. Dans plusieurs de ses lettres adressées soit à ses amis soit aux papes eux-mêmes, Pétrarque a déploré en termes attristés l'abandon où était tombée l'antique capitale du monde païen et de la chrétienté ; et sa tristesse était partagée par tous ceux qui, comme lui, avaient le culte du passé.
Il ne faudrait pas cependant prendre à la lettre ces plaintes éloquentes et s'imaginer que, pendant leur
séjour à Avignon, les papes se soient entièrement désintéressés des monuments et des sanctuaires de la Ville Éternelle. A certains moments, leur attention y était ramenée par de graves événements : un incendie qui, en précipitant les ruines, rendait plus urgentes les restaurations, le grand jubilé de 1350 qui, pendant un an, repeupla les basiliques depuis si longtemps désertes, enfin les voyages que firent Urbain V et Grégoire XI au tombeau de saint Pierre.
Sept ans à peine s'étaient écoulés depuis les solennités du jubilé de 1300 et déjà un immense incendie dévastait le Latran que Boniface VIII avait si magnifiquement embelli. Le jour de saint Jean Porte Latine (6 mai) 1307, alors que les chanoines chantaient dans la basilique Tofiice des vêpres, le feu prit à la charpente du toit et détruisit en grande partie l'église, le palais et les maisons des chanoines. Seule la chapelle du Sancta Sanctorum demeura intacte * . Cette catastrophe émut Clément V et, pour y remédier, il envoya aussitôt à Rome des sommes importantes. On procéda à la réparation du Latran et, pour cela, on fit appel à l'un des meilleurs élèves de Giotto, Gaddo Gaddi. Il termina la décoration en mosaïques qu'une vingtaine d'années auparavant, Torriti avait commencée dans l'abside du Latran.
Gaddi orna aussi de mosaïques plusieurs autres églises de Rome. A Saint-Pierre, dans l'abside et sur les murs de la nef, il exécuta plusieurs scènes dont nous ne connaissons pas les sujets; sur la façade, on représenta, toujours en mosaïques, « Dieu le Père et de nombreuses figures ». A Sainte-Marie Majeure, il acheva la décoration de la façade : au-dessous des