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et sa frugalité lui avaient fait donner par son entourage le surnom d'Abstemius, S'il goûtait la magnificence, c'était pour augmenter le prestige de l'Église et du Saint-Siège. Aussi devait-il, plus encore que Martin V, faire appel à tous les genres d'artistes pour embellir de leurs chefs-d'œuvre la capitale du monde chrétien, et rehausser de leur présence et de leurs travaux l'éclat de la cour pontificale. Enfin les circonstances le mirent en rapports avec le monde oriental et la civilisation grecque, lorsqu'il convoqua à Florence les représentants du byzantinisme pour sceller l'union des Églises, et ainsi, il contribua grandement à fournir aux artistes de beaux sujets d'inspiration et à ouvrir aux lettrés les trésors, encore peu explorés, de la littérature grecque.
Malheureusement, les troubles de toutes sortes qui agitèrent son pontificat, ne lui permirent pas de mettre à exécution tous ses projets. Ce n'était pas lorsque le concile de Bâle déclarait le schisme par l'élection de Félix V, et privait pour quelques années Eugène IV d'une partie de ses revenus ; lorsque les Romains , toujours turbulents, forçaient le pape à prendre la fuite sous un déguisement de moine et à demander l'hospitalité à plusieurs villes italiennes; lorsque enfin les seigneurs révoltés et les condottieri, tels que François Sforza, envahissaient les États de l'Église et en occupaient la plus grande partie, enlevant au pape ses meilleures ressources et l'obligeant à des frais def guerre considérables, qu'Eugène IV pouvait donner libre cours à ses goûts artistiques, demander pour ses palais et ses églises des chefs-d'œuvre aux maîtres de la peinture ou de la sculpture, et étendre sur l'humanisme sa bienfaisante protection.
Malgré ces difficultés de toute sorte, il n'en continua
pas moins les grands travaux entrepris par Martin V ; et tout d'abord au Vatican.
Il y poursuivit les réparations déjà commencées à la toiture, au portique et à la fontaine de la basilique. Il fît refaire la mosaïque de la façade, comme le prouve son écusson, qui y figura jusqu'à la reconstruction de l'église au XVI® siècle. Dans la Vie de Michelozzo Michelozzi, Vasari nous dit^ que cet artiste dessina le modèle de six fenêtres que Cosme de Médicîs fit refaire à ses frais sur la façade de la basilique de Saint-Pierre, sans doute pendant les réparations K qu'y ordonna Eugène IV. Enfin, dans sa Roma instaurata^^ Blondus compare les travaux de restauration entrepris par ce pape à Saint-Pierre à ceux qu'y avait ordonnés, six cents ans auparavant, l'illustre fondateur de la cité léonine, Léon IV. Si nous ne devons pas prendre à la lettre ces exagérations d'un panégyriste, nous pouvons cependant juger de l'importance de ces travaux d'après le spécimen qui nous en reste encore, les portes de bronze de la façade principale. Le pape les commanda à deux Florentins, Antoine Averulino, dit Filarète, et à maître Simone. Le premier de ces artistes, qui a eu la plus grande part à cette œuvre, puisque c'est lui qui l'a signée^, nous est connu. Ayant débuté à Florence comme éîève de Ghiberti, sous les ordres duquel il travailla aux portes du baptistère, il devait plus tard se consacrer particulièrement à l'architecture. Quant à son collaborateur Simone, la critique n'a pas encore réussi à l'identifier; pour les uns, c'est l'orfèvre florentin Simone Ghini;