Op* cit
une preuve de plus de l'heureuse influence qu'exercèrent sur la peinture Boniface VIII et son entourage, en appelant à Rome, de la Toscane et de l'Ombrie, les premiers maîtres de la Renaissance italienne.
Ils rendirent le même service à l'école romaine de sculpture. Certes, les Cosmati n'avaient pas attendu l'influence des pays voisins pour accomplir ces œuvres d'art où la sculpture s'unit si bien à la mosaïque. Mais, conservée dans une même famille et passant de père en fils comme une tradition sacrée, leur manière courait le risque de s'immobiliser dans le procédé ; entre leurs mains, l'art aurait pu devenir un métier, s'il n'avait pas été vivifié et stimulé par le Florentin Arnolfo del Cambio.
Elève de Cimabue et de Nicolas Pisano, ami de Giotto, Arnolfo fut, dans la sculpture, un représentant autorisé des tendances artistiques nouvelles. Il les avait déjà manifestées dans deux magnifiques œuvres, le tombeau du cardinal de Braye à Saint-Dominique d'Orvieto (128Ô) et le ciborium de Saint-Paul hors les Murs de Rome (1285) ^ « Il s'y révèle clairement comme le disciple de Nicolas de Pise, avec les mêmes qualités : force et plénitude des figures qui, un peu trop serrées, ont de la proportion et de la dignité, un calme parfois un peu raide , mais auquel se joint, chez Arnolfo , surtout dans les figures d'anges, un charme que Nicolas n'avait pas ^. » Boniface VIII appela Arnolfo à Rome et lui confia l'exécution d'œuvres importantes , telles que la chapelle de la Crèche, à Sainte-Marie Majeure et son propre tombeau qui se voit, de nos jours, dansles cryptes de Saint-Pierre de Rome. On a contesté, il est vrai, cette affirmation de Vasari, mais elle ne soulève aucune
i. CrO>YE et C4VALCA8ELLE, I, IIG.
â. BlRKniRDT, p. 330.
difficulté ^ Pendant son séjour à Rome, Arnolfo fut, comme Giotto, le favori de Jacques Caetani Stefaneschi. Ce cardinal lui commanda une armoire pour les saintes huiles qui est aujourd'hui à Saint-Clément et le ciborium si gracieux qui est la merveille de Sainte-Marie in Cosmedin. Celui qui décore avec non moins d'élégance la basilique de Sainte-Cécile au Transtévère est attribué au même maître florentin 2.
Les Cosmati subirent l'influence d' Arnolfo, à tel point que le ciborium de Sainte-Marie in Cosmedin a pu être attribué par les uns à Arnolfo et par les autres au Cosmate Adeodatus. Elle est visible dans les tombeaux que Jean Cosmas exécuta, à Rome , sous le pontificat de Boniface VIII : à la Minerve, le tombeau du célèbre cardinal dominicain Durand de Mende [f en 1296), remarquable par sa belle madone et par le portrait à l'expression si vivante du défunt; dans le bas côté gauche de Sainte-Marie de l'Ara Cœli, le tombeau du cardinal Matteo d'Aquasparta avec une fresque représentant la Vierge entre saint Jean l'Évangéliste et saint François, ayant devant eux la statue agenouillée du cardinal. Les critiques ont fait remarquer combien par le naturel, la science des proportions, la vivacité de Texpression et la science du dessin ces œuvres de Jean Cosmas sont supérieures à celles de ses parents et même à celles qu'il avait composées lui-même dix ans auparavant. Elles témoignent d'un retour à la nature et à l'antiquité, à la suite d' Arnolfo et de Giotto.
Si Giotto était alors le rénovateur de l'art, son ami, Dante, était le grand génie des lettres; mais il n'eut pas la bonne fortune de compter Boniface VIII parmi ses protecteurs. Dans la grande œuvre de la Divine Co-