Acte du consentement du clergé de France à V extension
de la Régale,
• Nous soussignés archevêques, évêques et autres ecclésiastiques, assemblés en cette ville de Paris, etc., pour délibérer des moyens de pacifier les différends qui sont touchant la Régale entre notre saint père le pape et le roi, etc. ; après avoir entendu le rapport des commissaires, etc. ; désirant prévenir les divisions que..., etc., par une voie qui marque à la postérité combien nous sommes sensibles à la protection que le roi nous donne tous les jours particulièrement par ses ëdits contre les hérétiques, avons consenti et consentons par ces présentes..., etc. 3 février 1682. »
Voilà le secret trahi. On a toujours considéré l'affaire de la Régale et la proclamation des libertés de l'Église gallicane comme une diversion heureuse qui profita pour un instant à la cause protestante : c'est son coup de grâce. L'acte que nous venons de lire est un véritable contrat synalagmatique passé entre l'Église et la monarchie; la réciprocité des conditions y est formellement indiquée, et les termes en sont à peine adoucis par la publicité qu'il devait avoir : passez-moi les bénéfices, je vous passerai les hérétiques : concession pour concession. Désormais le roi n'a plus rien à refuser à son Église : elle est sur le trône avec lui. Aussi quels cantiques d'actions de grâces et que de lyrisme dépensé pour célébrer ces noces mystiques ! C'est le clergé lui-même qui, dans l'ivresse de son triomphe, proclame la formule du règne nouveau : le roi n'est plus seulement le roi, il est le prêtre; il est plus encore, une espèce de pape « in Ecclesia plus quàm sacerdos; il est 1 évêque extérieur de son royaume. » (Procès-verbaux de l'assemblée de 1682.) Ce qui, dans sa bouche, signifie, non pas : Le roi est prêtre, mais : Le prêtre est roi.
Nous ne nous arrêterons pas à la célèbre déclaration qui n'eut d'autre but que de cimenter cette alliance en mettant le roi à l'abri des prétentions du pape. Elle ne faisait que reproduire, bien mal à propos pour l'Église, une doctrine qui avait rempli le moyen âge de luttes sanglantes. Au point de vue catholique, les libertés de l'Église gallicane sont un non-sens; au point de vue politique, elles sont la négation du patronage traditionnel et tutélaire des papes en faveur des peuples, patronage depuis si longtemps illusoire; au point de vue philosophique, elles ne sont qu'une variante insignifiante du principe d'infaillibilité, elles l'enlèvent au pape, mais c'est pour la donner aux conciles: querelle de ménage. La raison n'a rien à gagner au change. Les accepter eût été pour le saint-siége briser à jamais l'u-
nité disciplinaire du Catholicisme : il y aurait eu l'Église gallicane, l'Église italienne, l'Église espagnole, l'Église autrichienne ; il n'y aurait plus eu : l'Église.
Il y avait donc rébellion évidente de la part des prélats français, rébellion bien explicable pourtant si l'on songe qu'à cette époque toute autorité morale et intellectuelle, toute énergie et toute vertu s'étaient réfugiées dans le clergé français. Il avait le droit de répéter, en s'en faisant l'application, la parole hautaine de son maître : « L'Église c'est moi. » Il n'alla point jusque T là ; mais il adressa au pape, qui osait attaquer son ouvrage, un manifeste qui était à la fois un avertissement, un défi et une menace. Tel était le sens caché des quatre articles. Une condamnation formelle de la déclaration eût rendu le schisme inévitable : le pape recula.
Du reste, le Gallicanisme était si bien une œuvre de circonstance, il était si peu né viable, qu'il fut abandonné dix ans après par ses propres auteurs, et mourut de sa belle mort du vivant même de Bossuet et de Louis XIV.
L'assemblée de 1685 est la dernière qui précède la révocation. Elle suit avec une infatigable persévérance la marche que ses aînées lui ont tracée. Elle débute par une apologie enthousiaste de l'union du sacerdoce et de l'empire, puis se trace résoiûment son programme dans ce monologue court mais significatif : « Tâchons, messieurs, de faire rendre à Dieu par les hérétiques le culte qui lui est dû, et nous jouirons en paix de nos biens... » Le roi a beaucoup fait pour l'Église; « cependant vous serez étonnés, messieurs, après que nous avons tant obtenu de sa justice, que nous ayons encore quelques demandes à faire.» (Rapport de messeigneurs les commissaires de la religion ; séance du 2 juillet 1685.)
Suit la requête de rigueur, par laquelle on enlève aux réformés leurs derniers privilèges, c'est-à-dire l'eau et le
feu, car il ne leur en restait pas d'autres. Le roi écrit sa réponse au bas de chaque article et la renvoie immédiatement. C'est maintenant une affaire de famille. On traite d'époux à épouse. Seulement, comme l'épouse est d'une exigence par trop compromettante, le roi se permet de refuser son adhésion à deux ou trois articles. En voici un court extrait :
Articles.
Art III. a Que défenses soient faites à ceux de la R. P. R. de faire exercice de leur religion dans les terres et domaines du roi. »
Réponse du roi.
— Sa Majesté y fera considération.
Art. VI. « Qu'il soit permis aux ecclésiastiques des lieux où il n'y a }ias exercice public de baptiser malgré leurs parents les enfants de ladite religion. — Que les pères et mères soient forcés d'avertir lesdits ecclésiastiques. »
— Sa Majesté y pourvoira.
Art. VII. « Qu'il soit fait défense aux réformés d'avoir des valets catholiques. »
— Accordé.
Art. X. « Qu'il soit enjoint à tous les nobles et seigneurs de la R. P. R. de remettre tous les titres et actes en vertu desquels ils jouissent de leurs biens et droits seigneuriaux depuis l'an 1560 jusqu'à présent, à peine de privation desdils droits et biens. »
— Sa Majesté na pas estimé devoir accorder cet article.
Art. XII. « Qu'il soit fait défense à ceux de la R. de faire aucunes fonctions d'avocat. »
— Accordé.
Art. XVI. « Qu'il soit fait défense à ceux de la R. de faire aucunes fonctions d'imprimeur, libraire. »
— Accordé.
Art. XXI. « Qu'il soit fait défense à ceux de la R. de tenir logis, hôtels et cabarets. »
— Sa Majesté n'a pas estimé devoir accorder.
t Fait et arresté à Versailles, le neuvième de juillet 4685.
« Signe : Louis.
« Et plus bas : Colbert (Seignelay). »
Il y a vingt-neuf articles. En signant-, le roi leur donna force de loi. Seulement, après qu'il eût signé, on lui fit remarquer une chose : c'est que la révocation était faite. Elle avait mis un siècle à s'accomplir, suivant une marche lente, mais régulière, progressive et sûre. Aucune des garanties de l'édit ne subsistait; les temples étaient partout démolis. Toutes les professions libérales étaient interdites aux réformés. Leurs écoles et leurs académies étaient fermées, leurs juges supprimés, leurs ministres en fuite. Que leur restait-il donc? Pas même la paix des tombeaux dans leurs cimetières profanés. L'édit de Nantes n'était plus qu'une lettre morte, un pacte dérisoire entre le fort et le faible, interprété par le fort; le nom de la liberté sans la liberté. Pour ces raisons mêmes, il constituait un danger permanent par la contradiction flagrante de ses termes avec les édits subséquents. C'était un témoin importun qui attestait la foi violée, un remords vivant pour cette royauté parjure. Pour les réformés, il était un véritable symbole qui résumait leurs droits, leurs souvenirs, leurs regrets, leurs espérances. Il leur servait de cri de ralliement; il pouvait d'un jour à l'autre devenir leur cri de guerre. Il fallait donc se bâter de faire disparaître cette charte détestée d'un parti dont l'ombre seule inquiétait Louis XIV. Ce n'est pourtant pas même de lui que vint l'initiative de cette décision der-
nière qui ne fait que donner un nom à une œuvre déjà consommée ; c est encore le clergé qui prononce le premier mot de révocation d'abord dans les mémoires qu'il fait remettre secrètement au roi depuis 1670; puis, dans une circonstance solennelle et publique, dans sa harangue au roi du il juillet 1685. Son orateur y affirme «que les rois n'ont permis l'exercice de la R. P. R. que par provision seulement, dans le malheur des temps, et pour des raisons qui ne subsistent plus; que, dans l'état florissant où la valeur et la sagesse de Sa Majesté ont mis le royaume, le clergé a de très- justes sujets de demander la révocation des édits qui contiennent cette permission. » Malgré toutes ces bonnes raisons, l'orateur déclare ne pas insister sur ce sujet « quant à présent. » Mais ne faut-il pas laisser quelque chose à faire à la piété du monarque? L'insinuation a porté ses fruits, et, deux mois plus tard, les considérants de la harangue du clergé se retrouvent en téte de la révocation de l'édit de Nantes.
Ce récit serait incomplet si nous n'ajoutions pas que rassemblée qui suivit, c'est-à-dire celle de 1690, vota au roi, à l'unanimité, la somme énorme de douze millions : action de grâces proportionnée aux services de Louis XIV. Le don ne dépassait pas habituellement le chiffre de trois ou quatre millions ; une seule fois Richelieu l'avait porté à six millions. La harangue lui décerna pour la première fois le nom de Grand, le couronnantainsi de sa propre iniquité.
Telles sont, rétablies dans leur vrai jour, les origines de cet acte fameux qui marque pour la France l'ère d'une décadence prématurée dont elle ne se relèvera qu'à l'aide d'une révolution sans exemple. Une vérité sort avec la plus foudroyante évidence des documents que nous avons cités: partout et toujours c'est le clergé qui précède le roi et l'entraîne malgré lui dans ses voies funestes. On nous accusera sans doute d'avoir vu trop exclusivement dans la
révocation l'effet d'une transaction pécuniaire entre l'Église et la royauté : loin de nous la pensée de réduire ce grand événement à de si mesquines proportions ! La question d'argent y joue sans doute un rôle qu'on a beaucoup trop laissé dans l'ombre : le don gratuit est un terrible argument contre l'hérésie, surtout si Ton considère que le synode ou assemblée générale des pasteurs protestants recevait de l'argent du roi, au lieu de lui en apporter. Mais il ne faut voir en lui qu'un argument subsidiaire, comme disent les avocats et non une cause historique. L'argent fut pour l'Église un instrument, un moyen, rien de plus; à défaut d'argent, elle en eût trouvé un autre. Mais enfin elle a choisi celui-là, et ce n'est pas à son honneur. Son autorité morale n'y joue que le second rôle. La cause réelle et profonde n'est pas dans le don gratuit, il est dans le mouvement si énergique vers l'unité que l'Église accomplit au dix-septième siècle. Ce mouvement, dont le premier acte est l'abjuration de Henri IV, le second la prise de la Rochelle par Richelieu, et qui est combattu dans ses tendances extrêmes par ce grand roi et ce grand ministre, trouve dans Louis XIV un complice tout-puissant et admirablement préparé par ses idées, ses préjugés, son despotisme, et jusque par la voix du sang espagnol qu'il tenait de sa mère, mais surtout par une analogie singulière de nécessités et de tendances politiques, pour le seconder et l'adopter. Lui aussi, il cherche à réaliser l'unité : l'unité dans l'État après la Fronde, œuvre périlleuse, impossible peut-être sans le concours de l'Église. Il achète donc son alliance par ses concessions contre les réformés, et cette alliance se resserre tellement, qu'un beau jour l'impérieuse alliée se trouve maîtresse absolue du royaume, et ne laisse plus a Louis XIV que les vaines satisfactions de l'apparence du pouvoir avec le commandement de ses armées.
Un courtisan comparait un jour Pierre le Grand à Louis XIV dans un parallèle tout à l'avantage du Moscovite : « Il fut bien plus grand que moi, répondit Pierre; mais je remporte sur lui en un point : c'est que j'ai pu ré duire mon clergé à l'obéissance, et que Louis XIV a été dominé par le sien. » Paroles profondes et vraies. Ce barbare a défini et caractérisé d'un trait la plaie du grand règne. Le jugement de Pierre sera confirmé par l'avenir.
La révocation de l'édit de Nantes parut le 15 octobre 1685. Elle avait été rédigée en grande partie par le chancelier Letellier, créature du clergé. Elle interdisait l'exercice public de la religion réformée, mais permettait aux protestants de rester dans le royaume « sans pouvoir être troublés sous prétexte de religion. » Le maréchal de Noailles se plaignit par un mémoire de ce que cette clause allait arrêter les conversions. Alors parut une circulaire de Louvois (novembre 1685) qui fit mentir le roi à son parjure même en lui faisant violer une seconde fois sa parole royale. La persécution commençait. Est-il besoin que nous en redisions les lamentables épisodes? Trois cent mille Français (les historiens Ermait et Reclam les portent à huit cent mille) s'acheminant à travers mille dangers vers un exil éternel et maudissant la patrie qui refuse de les nourrir; ceux qui restent réduits à choisir entre la messe et la prison ; les enfants arrachés à leurs mères; les ministres pendus ou envoyés aux galères ; les femmes foulées aux pieds des chevaux ; les morts traînés sur la claie, hideux supplice qui torturait des cadavres et outrageait l'inviolabilité de la Mort ; le royaume entier couvert de sang et de ruines. Ah ! nous laissons à d'autres le triste soin d'évalujr en francs et en centimes ce que la France y a pu perdre au point de vue industriel et commercial ; ce que nous voyons ici, c'est une question de justice et d'humanité, et non une question d'économie politique.
Justice et humanité ! deux notions inconnues à ce siècle tant vanté. Prenez ses hommes les plus illustres depuis le premier jusqu'au dernier : en chacun d'eux vous trouverez un apologiste, un complice de la persécution, sinon un persécuteur : Bossuet, dont on a voulu faire la plus haute
Î personnification de l'esprit français, et qui est seulement a plus puissante individualité du clergé du dix-septième siècle; Bossuet célèbre la révocation avec toute la pompe de ce style magnifique et sonore si bien fait pour les goûts fastueux de Louis XIV, mais qui pourtant est loin déjà de la vigueur, de la précision et de la grâce de Pascal : « Ne laissons pas de publier ce miracle de nos jours, faisons-en passer le récit aux siècles futurs. — Prenez vos plumes sacrées, vous qui composez les annales de l'Église; hâtezvous de mettre Louis avec les Constantin et les Théodose » (Oraison funèbre de Letellier). Mais Bossuet ne s'en tient pas aux paroles, il pratique et prêche d'exemple ; il dirige les intendants. — M. Legendre, intendant de Montauban, et M. de Bâsville, le féroce ennemi des protestants, lui soumettent leur plan de conduite et lui demandent ses conseils ; ils diffèrent sur quelques points de détails, mais sur les principes ils sont d'accord. Bossuet s'estimera heureux « de profiter de leur expérience. » (Correspondance.) Bu reste, il faut lui rendre cette justice, il est plus modéré que la plupart de ses collègues : son intelligence l'élève au-dessus de ces tigres en chasubles. Le génie répugne aux brutalités de la force. Il a de prime abord mis le doigt sur les deux moyens les plus sûrs, quoique les plus lents en apparence, d'en finir avec les protestants : « Je crois qu'il faut se réduire à trois choses : l'une, de les obliger d'envoyer leurs enfants aux écoles catholiques, faute de quoi chercher le moyen de les leur ôter : Sinite ventre admeyarvulos! l'autre, de demeurer fermes sur les mariages. La troisième a trait aux instruc-
tions. » Demeurer fermes sur les mariages voulait dire annuler les mariages entre protestants et en déclarer les enfants illégitimes. Or voici comment cet homme, qui conseille de demeurer fermes sur les mariages, parle à Louis XIV, vivant dans un double adultère avec madame de * Montespan : « Je ne demande pas, sire, que vous éteigniez en un instant une flamme si violente, ce serait demander Timpossible ; mais, sire, tâchez peu à peu de la diminuer. » Louis proûta de ce conseil, et le peu à feu dura quatorze ans.
Après Bossuet, Fénélon, personnage fort compliqué, qu'on a voulu, je ne sais trop pourquoi, enrôler de force parmi les partisans de la tolérance. Cette cause l'eût honoré, mais n'eût point été honorée par lui. Elle se passe de son adhésion. Âme changeante, où le bien domine sans toutefois y régner assez absolument, il y a dans Fénélon un ambitieux et un courtisan qui me gâtent l'apôtre. Il est envoyé, en 1685, dans la Saintonge; on voit par ses lettres qu'il comprend toute l'injustice et tout le danger des mesures violentes. Les voies de persuasion sont les seules qu'il voudrait voir employer ; mais il a la cour à ménager et son zèle à faire valoir. Laissons parler son rapport : « Je ne trouve presque plus de religionnaires à La Rochelle depuis que je paye ceux qui me les découvrent... Je fais emprisonner les hommes et mettre les femmes et les filles dans les couvents, de l'aveu et par l'autorité de l'évêque. * (Rapport de 1685.) — 11 écrit à M. de Seignelay que la garde des lieux a besoin d'être renforcée. « 11 me semble, ajoute-t-il, que l'autorité du roi ne doit se relâcher en rien. » (7 février 1686.) Cependant Fénélon se lasse de ce rôfe peu conforme aux instincts tout évangéliques de son cœur ; il essaye les moyens de douceur et de conciliation ; mais aussitôt il est dénoncé, rappelé, et, cette fois encore, le courtisan l'emporte sur
l'apôtre. M se justifie auprès du roi par une lettre où il renie ses propres sentiments avec une flexibilité peu honorable. 11 ne resterait donc à ceux qui s'autorisent de la lettre au prétendant, citée par Ramsay pour faire de Fénélon un philanthrope malgré lui, qu'une seule ressource, celle de dire que sa tolérance lui vint lorsque plus tard il fut lui-même victime à son tour de la persécution religieuse qui frappa le Quiétisme. Elle serait alors moins méritoire; mais, même en acceptant ce jugement ainsi modifié, il n'est pas permis d'oublier que Fénélon appuya et provoqua toute sa vie, et par des voies odieuses (voir ses lettres au jésuite Letellier), les mesures de rigueur contre les jansénistes.
Est-il besoin de multiplier ces exemples? Fléchier approuve ; c'est son métier, il est évêque. Massillon approuve ; c'est encore tout simple, il est évêque; plus tard, il sacrera Dubois. Mais Fontenelle, ce sceptique ! Mais la Fontaine, l'inoffensif et immortel bonhomme!... 0 spectacle navrant ! Jean lapin devenu féroce et possédé, lui aussi, de la rage qui aveugle ce siècle ! Mais Arnaud, cette tête de fer, ce héros, ce martyr : « Ce sont, dit-il, des voies un peu violentes, mais nullement injustes. » Nullement injustes! Eh bien, tu iras à ton tour manger le pain amer de l'exil ; tu mourras loin des tiens, pauvre, insulté, méconnu , ô grand Arnaud! et tes compagnons d'exil diront :« C'est bien fait; » et l'avenir doutera s'il doit voir autre chose en toi qu'un vulgaire fanatique.
Ajoutons à toutes ces adhésions celle de madame Desboulières, la muse « des chères brebis et des prés fleuris ; » et la plus curieuse de toutes^ celle de madame de Sévigné, qui joint la naïveté à ^enthousiasme : « Rien n'est si beau que ce qu'il contient (l'édit de révocation). Jamais aucun roi n'a fait et ne fera rien de si mémorable ! » Rien de cruel> dirons-nous à notre tour, comme une grande dame
doublée d'un bel esprit. 11 nous est impossible, malgré notre bonne volonté, de découvrir le côté esthétique de Tédit qui pouvait provoquer une admiration aussi passionnée. On raconte que Louis XIY, ayant un jour dansé avec madame de Sévigné, faveur insigne et disputée, celle-ci s'écria dans l'excès de son ravissement : « Avouez, mon cousin, que le roi est décidément un très grand homme. — Mais oui, répondit le spirituel Bussy, ce qu'il vient de faire me paraît vraiment fort héroïque. » Le roi n'aurait-il pas d'aventure dansé ce jour-là avec madame de Sévigné?