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II. L'importance majeure de notre programme

Si nous n'étions que de simples amateurs, des artistes cherchant de beaux spectacles, nous trouverions déjà dans l'histoire des combats de l'Eglise de quoi nous intéresser et nous captiver. Vous avez contemplé du haut d'une falaise l'océan battu par les vents, secoué par la tempête, ouvrant ses vastes profondeurs et brisant sur le rocher ses vagues mugissantes. Vous avez contemplé sur la mer aux grandes eaux la petite barque du pêcheur, ballottée comme une paille, tantôt ensevelie dans l'abîme et tantôt debout sur lacrête des flots, toujours menacée et cependant ne cessant jamais de jeter ses filets et d'enrichir sa cargaison. Vous avez contemplé et vous avez admiré... Messieurs, plus beau, cent fois plus beau est le spectacle de l'Église sur l'Océan des âges. L'Église est une toute petite barque. Remarquez bien ceci. L'Église n'est point une force matérielle ; ce n'est qu'une force morale. Elle est désarmée, humainement impuissante. Et tous les éléments déchaînés, toutes les forces terrestres lui livrent depuis dix-neuf siècles un assaut ininterrompu. Elle résiste, elle surnage, elle fait son œuvre, elle jette ses filets et elle recueille des âmes dans l'humanité comme le pêcheur des poissons dans la vaste mer. Il y a là, Messieurs, quelque chose qui n'est point ordinaire, qui est unique au monde,

quelque chose qui captive et qui fait réfléchir, un spectacle auquel on ne résiste pas, pour peu qu'on ait des yeux pour voir et une àme capable d'admirer.

Mais vous n'êtes pas, Messieurs, de simples amateurs. Vous êtes chrétiens et catholiques, et, à ce titre, que d'avantages vous avez à recueillir de la vue des combats de l'Eglise ! Vous trouverez dans cette étude une illumination et un affermissement de votre foi.

« Depuis trois siècles, a dit de Maistre, l'histoire est une conjuration continuelle contre la vérité. » Et l'histoire de l'Eglise en particulier a subi à travers les âges toutes les falsifications que l'orgueil et le génie du mal peuvent accumuler contre le bien et contre le vrai. Quand un homme est puissant et vertueux, quand les méchants désespèrent de vaincre sa puissance fondée sur sa vertu, que font-ils ? Ils le diffament et essaient de le discréditer. La calomnie est le glaive ordinaire des lâches contre les bons. C'a été de tout temps le glaive de l'impiété contre l'Eglise. La méthode n'est pas nouvelle. Elle date de l'origine même du christianisme. L'historien Eusèbe raconte que l'Empereur Maximin lit fabriquer des documents apocryphes et les répandit dans les villes et dans les hameaux. Les maîtres avaient ordre de les dicter aux enfants dans les écoles, comme exercices de mémoire et de grammaire. C'était comme les manuels de morale

civique de ce temps-là. Et depuis l'empereur Maximin, les falsiiieateurs de l'histoire, les inventeurs malveillants de pièces controuvées, les pamphlétaires n'ont pas manqué ; on ferait un gros livre rien qu'en collationnant les erreurs historiques et les mensonges plus ou moins voulus mis en circulation par l'impiété dans l'opinion publique. Eh bien, Messieurs, en suivant pas à pas les combats de l'Eglise, nous réfuterons ces mensonges et nous dissiperons ces erreurs. Nous chasserons les ombres, et nous ferons la lumière. Et notre foi éclairée, instruite, armée sera capable non seulement de se défendre et de jouir de sa propre splendeur, mais encore de se propager et de résoudre les pitoyables préjugés qui obscurcissent aujourd'hui tant d'intelligences plus malheureuses que coupables.

La vue des combats de l'Eglise affermira votre foi ; à travers les luttes tragiques du bien et du mal, vous contemplerez la Providence planant sur l'humanité et conduisant d'une main cachée mais invincible la marche des événements. Et combien vous apparaîtra visible le doigt de ce Dieu puissant qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires! Vous contemplerez côte à côte l'homme qui s'agite et Dieu qui le mène, l'humanité qui marche et l'Eglise qui la suit pas à pas. Et combien vous apparaîtra visible et écrite à toutes les pages de l'histoire la grande et souveraine Loi qui préside à l'évolution des événements et à la vie des peuples :

« Tout pour le Christ et pour son Eglise ! » Les combats de l'Eglise, Messieurs, sont un miracle perpétuel et une démonstration palpable de la vérité et de la divinité du catholicisme. Vous recueillerez de ce spectacle, avec des émotions nobles et généreuses, des enseignements précieux qui affermiront votre foi.

— Messieurs, tous les ans d'intrépides jeunes gens partent pour un long voyage. Ils vont visiter l'Italie, l'Espagne, la Suisse, le Tyrol, l'Ecosse, le pays des fiords, l'Amérique. Quelques-uns même entreprennent le tour du monde... et si ces touristes sont intelligents et sérieux, ils rapportent de leurs excursions autre chose que le souvenir fragile d'un amusement passager. Ils en rapportent des connaissances plus étendues, des idées plus larges, un jugement plus sûr et plus avisé; et, quand vous conversez avec eux, vous vous apercevez tout de suite qu'ils ont voyagé et qu'ils ont profité de leur voyage. Imitons ces touristes. Partons et faisons voile ensemble vers les pays trop peu connus de l'histoire de l'Eglise. Le voyage sera long. Il durera une année tout entière. Mais nous ne perdrons pas notre temps, car nous rapporterons de notre exploration une foi plus éclairée et une âme plus catholique !

Amen !

SEPTIEME CONFERENCE

Les quatre auréoles au front de l'Église

Messieurs,

Avant d'entrer dans l'histoire des combats de l'Eglise, je vous invite à jeter sur elle un premier regard superficiel. Je vous signale à son front quatre auréoles qui la font resplendir singulièrement : l'auréole du travail, l'auréole de la victoire, l'auréole de la défaite et l'auréole de la résurrection. L'Eglise est belle dans sa marche à travers le monde :

ï. Elle porte au front l'auréole du travail.

Un éminent philosophe qui vient de mourir, Ollé- Laprune, quand on lui parlait de quelqu'un, ne demandait pas ce qu'il pensait, ce qu'il disait, mais il demandait toujours : « Fait-il quelque chose? » Belle et véridique parole ! car tout dans la vie doit, en dernière analyse, se réduire à agir. On peut sans crainte poser la même question à propos de l'Eglise :

Fait-elle quelque chose ?... Regardez-la. Quelle travailleuse, quelle puissante ouvrière ! Elle étudie. Les pieds dans le sang et la tète sous la hache des bourreaux, elle étudiait. Quand le Nord vomissait des torrents de barbares, Huns, Vandales, Wisigoths, Lombards, elle étudiait. Quand la jeunesse de tous les royaumes se précipitait sur les bancs de ses Universités, demandant à grands cris la vérité et la science, elle étudiait. Et aujourd'hui que le monde entier semble lui faire concurrence, elle étudie comme si elle n'avait rien fait encore et que l'heure du repos ne dût jamais sonner pour elle. « Souvienstoi, dit-elle au lévite qu'elle va consacrer, souvienstoi que les lèvres du prêtre sont les gardiennes de la science. » Elle étudie, et en même temps sortant de ses sanctuaires et s'arrachant à ses livres : elle évangélise, et h quel prix! Voyez, autour du calvaire où furent convertis les premiers chrétiens, des douleurs et du sang. A Rome, centre vivant de l'Évangile, des douleurs et du sang. Dans toutes les contrées du monde où a retenti la bonne nouvelle, où a coulé l'eau sainte du baptême, des douleurs et du sang ! Elle a enfanté dans la douleur tous les peuples chrétiens. Et aujourd'hui encore est-ce que vous n'entendez pas, de temps à autre, le bruit de ses héroïques gémissements sur les plages lointaines où nos missionnaires évangélisent les infidèles? Quelle travailleuse, quelle puissante ouvrière que l'Eglise ! Elle étudie, elle évangélise,

et joignant à sa mission surnaturelle les résultats humains qui en découlent, elle civilise. Nous verrons plus tard la place considérable qu'elle a tenue et quelle tient encore dans les lettres, les sciences et les arts, dans toutes les branches de l'activité humaine. Saluez à son front l'auréole du travail !

Mais, vous ne l'ignorez pas, Messieurs, quiconque travaille ici-bas, quiconque veut faire quelque chose, rencontre de terribles difficultés. Ainsi l'Eglise dans sa marche à travers le monde. Les ennemis ne lui ont pas manqué. Elle a accepté toutes les luttes nécessaires. Elle a puissamment bataillé.

1 1 . Elle porte au front l'auréole de la victoire.

Qui et quoi n'a-t-elle pas vaincu? Elle a vaincu d ans le monde ancien les persécuteurs , les hérétiques, les sophistes, les barbares, les musulmans. Elle a vaincu dans le monde moderne les Césars du moyen âge, la réforme, l'incrédulité, la Révolution.

Dentés peccatorum contrivisti. Elle a brisé les dents subtiles de l'hérésie et de la fausse science. Elle a brisé les dents sordides de l'immoralité corruptrice. Elle a brisé les dents ensanglantées des persécuteurs. Elle a brisé les dents voraces des usurpateurs de ses droits. Elle a brisé les dents hargneuses et lascives de la critique et de la pornographie. Elle a triomphé de tous les orgueils et

de toutes les voluptés. Elle a triomphé de tous les glaives et de toutes les plumes. Elle a triomphé de toutes les agressions de Terreur et du mal.

Un jour Napoléon, du haut de son rocher de Sainte- Hélène, contemplait le ciel et la mer. Il considérait les empires, les grands hommes et leurs créations ; puis, s'étant recueilli, il dit dune voix émue : « Les peuples passent, les trônes s'écroulent, les grandeurs s'évanouissent, et la religion du Christ reste seule debout! » lien est ainsi, Messieurs. Toutes les œuvres de l'homme sont comme lui fragiles et périssables. L'Eglise demeure. Tout tombe autour d'elle ; elle est inébranlable. Elle se dresse vivante, inentamée, victorieuse sur les tombes déshonorées de tous ses ennemis.

Est-ce à dire qu'elle n'a jamais connu les heures d'angoisse et d'humiliation? Pardon. Je vous signale sur sa tète une auréole plus attachante et plus belle que celle de la victoire.

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