III. La Constitution civile du clergé
Vous savez en quoi consistait la Constitution civile du clergé. Elle décrétait : 1° qu'au lieu de 135 évêchés existant en France, il n'y en aurait plus désormais que 83 correspondant aux 83 départements ; — 2° que les Evêques de ces nouveaux sièges seraient nommés par les électeurs et seraient investis par leur métropolitain, choisi de la même manière, et qu'il leur serait seulement permis d'écrire au Pape pour lui notifier leur élection; — 3° que les Curés et autres dignitaires ecclésiastiques seraient nommés par tous les électeurs de la circonscription, juifs, protestants, francs-maçons et même catholiques; — 4° qu'à leur installation, tous les titulaires prêteraient serment de fidélité à la Constitution civile du clergé.
Cette Constitution était évidemment inacceptable. Elle ne tenait aucun compte de la hiérarchie de l'Eglise, qui subordonne les Curés aux Evêques et les Evêques au Pape. Elle proclamait le schisme entre Rome et la France. L'infortuné Louis XVI, après des hésitations, finit par la signer. Le pape Pie VI, pressé par la Cour de confirmer cet attentat,
voulut auparavant connaître l'avis des Evèques de France. 130 Evèques, en réponse à cette consultation, condamnèrent sans broncher la Constitution civile du clergé, et le Pape ratifia leur jugement. Il n'y avait qu'à s'incliner devant une manifestation si imposante. L'Assemblée Constituante regimba, et elle fit un décret portant destitution de tous les Evèques etCurés qui, dans les huit jours, n'auraient pas adhéré à la Constitution. La guerre était déclarée. On entrait en pleine persécution.
Quelle fut l'attitude du clergé français dans cette grande tempête? A l'Assemblée Constituante, sur 300 ecclésiastiques, 70 seulement se soumirent à la Constitution civile. C'était déjà trop, mais ce n'était qu'une petite minorité. 230 députés du clergé restèrent fidèles à leur devoir, montèrent à la tribune pour protester contre les nouveaux décrets, et on entendit l'Evêque de Poitiers, Mgr de Saint- Aulaire, s'écrier : « Messieurs, j'ai soixante-dix ans; j'en ai passé trente-trois dans l'Episcopat; je ne souillerai pas mes cheveux blancs par le serment de vos décrets; je ne jurerai pas. » A ces mots, tout le clergé se leva et applaudit, et Mirabeau lui-même était obligé de dire tout bas : « Nous avons leur argent, mais ils ont conservé leur honneur. »
Dans toute la France, 4 Evèques seulement sur 135, et 10.000 prêtres sur 70.000 prêtèrent le serment demandé. C'était la grande majorité du clergé qui restait fidèle au jour de l'épreuve. Et on vit
alors un partage éclatant se faire dans la nation. D'un côté, le clergé constitutionnel officiant dans des temples vides, traînant avec lui un ministère méprisé, une parole impuissante, un sacerdoce avili, jusqu'au jour où la chaire qu'il avait usurpée lut usurpée à son tour par l'impiété, jusqu'au jour où l'autel sacrilège où il osait offrir la sainte Victime devint le trône d'une proslituée. Et de l'autre côté, le clergé fidèle, dépouillé de tout et traqué par la loi, mais libre et fier dans son dénûment et dans l'accomplissement de son devoir, persécuté par l'Etat, mais vénéré par le peuple chrétien qui vient recevoir de lui, à travers mille périls et mille morts, le vrai baptême, l'absolution valide et la bénédiction nuptiale seule digne d'être ratifiée par le Seigneur.
Ainsi finit la Constituante après deux années d'existence. Elle venait d'inaugurer la guerre religieuse, et un de ses derniers actes fut de désaffecter l'église Sainte-Geneviève, d'en faire un Panthéon, où elle introduisit les restes de Voltaire et de J.-J. Rousseau, en attendant ceux île Mirabeau et de Marat. Tous ces hommes se valent. Ils ont travaillé à la même œuvre. Ils sont les ennemis de Jésus-Christ et de l'Eglise. Tirons un voile sur ces figures sinistres, et chantons le Christ immortel et l'Église invincible 1
Amen!
QUATORZIÈME CONFÉRENCE
L'Église et la Révolution
(suite)