III. La vocation des Francs
La vocation des Francs se révèle par des témoignages et par des faits. D'abord par des témoignages irrécusables qui désignent sans cesse les Francs comme les chevaliers de Dieu, les soldats du Christ et les fils aînés de l'Eglise. « Dieu, dit Bossuet, a enlevé aux Romains la garde de son Eglise ; il l'a confiée aux Francs et il les a sacrés pour en être les protecteurs intrépides et les invincibles défenseurs. » C'est ce que le P. Lacordaire, dans la chaire de Notre-Dame de Paris, appelait la vocation religieuse de la nation française.
Et, en effet, dès l'origine, voici le pape Anastase qui écrit à Clovis et qui crée pour ce monarque et pour ses successeurs le titre de roi très chrétien. Il lui dit : « Nous nous félicitons, très glorieux fils, de ce que votre entrée dans la foi chrétienne concourt avec notre entrée dans le pontificat. Glorieux et illustre fils, soyez donc la consolation de l'Église, votre mère; soyez-lui, pour la soutenir, une colonne de fer. » Et l'Evêque de Vienne, saint Avit, écrit dans le même sens au même monarque.
Les faits sont là, plus éloquents que les paroles, pour prouver à travers quatorze siècles la vocation de la nation française.
C'est l'épée des Francs sous Charles-Martel qui sauve l'Europe chrétienne de la barbarie musulmane.
C'est l'épée des Francs sous Charlemagne qui consolide l'indépendance, même temporelle, de l'Eglise romaine, et avec elle et par elle la liberté et l'indépendance de tous les rois et peuples chrétiens.
C'est l'épée des Francs qui, sous la conduite de Godefroi et de Tancrède, travaille à la délivrance des Lieux Saints.
C'est la piété des Francs, plus invincible encore que leur épée, qui, dans la personne de saint Louis, le plus fier des chrétiens, triomphe de ses vainqueurs par le malheur même. Et il serait facile de continuer l'énumération jusqu'à nos jours des services rendus à l'Eglise par la nation française et des bienfaits prodigués à la France par l'Eglise catholique.
Dans les temps passés, l'Eglise a couru trois périls suprêmes : l'arianisme, le mahométisme et le protestantisme, Arius, Mahomet et Luther, les trois grands hommes de l'erreur, si toutefois un homme peut être appelé grand lorsqu'il se trompe contre Dieu. Et c'est la France quia défendu l'Eglise contre ces trois périls. Elle a opposé à Arius Clovis, à Mahomet les Croisades, à Luther et à Calvin Henri IV, la Ligue, Bossuet et Louis XIV.
Aujourd'hui encore la France a dans le monde une immense clientèle, c'est la clientèle catholique, et les impies eux-mêmes, qui font de l'anticléricalisme à l'intérieur, sont obligés d'avouer que cette vile marchandise peut bien défrayer chez nous la curiosité des sots et l'appétit des méchants, mais qu'il serait insensé de vouloir en faire un article d'exportation... tant la vocaiion religieuse de la France est un fait avéré et indéracinable !
— Pendant trois cents ans, de Clovis à Pépin, fils de Charles-Martel et père de Charlemagne, l'Eglise a façonné la nation franque. Et, quand la race des Mérovingiens fut devenue incapable de gouverner un grand peuple, nous voyons encore l'Eglise intervenir dans le passage difficile d'une dynastie à une autre. Le pape Zacharie se prononce pour Pépin contre Childéric III, c'est-à-dire pour le roi de fait contre le roi de nom, et la race carlovingienne commence. Restons fidèles, Messieurs, à nos origines et à notre passé. Par notre berceau et par notre longue et glorieuse histoire nous sommes les enfants, les amis, les serviteurs de l'Eglise. Gardons ces titres de noblesse. Ils sont assez beaux pour suffire à notre ambition, et assez lourds pour attester devant Dieu et devant les hommes la force de notre bras et la grandeur de notre âme !
TROISIÈME CONFÉRENCE
L'Église et les Barbares
(suite)