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II. La conversion des Francs

Le monde était en plein désarroi. Les vieilles races romaines descendaient par la corruption à la décadence et à la mort. Les jeunes races barbares arrivaient ardentes, sauvages, l'esprit embarrassé de superstitions, le cœur indompté et affolé d'orgueil, les mains sanglantes. L'effroi brisait toutes, les âmes, et, pour comble de malheur, au sein de l'Empire romain décomposé, l'arianisme, hérésie féconde et vivace, avait jeté un nouveau germe de division. L'Église regardait d'un œil attristé ce mélange inextricable de la corruption romaine, de la barbarie victorieuse et de l'hérésie arienne, et elle se demandait sur quels éléments elle pourrait mettre la main pour reconstruire le monde.

Or, c'est à ce moment-là que paraît la France. Vous savez tous cette histoire pour l'avoir apprise sur les genoux de vos mères et sur les bancs de l'école. Mais elle est assez belle pour mériter les honneurs de la chaire chrétienne. Clovis, chet des Francs, s'était emparé de la partie des Gaules qui s'étend entre le Rhin et la Seine. A Soissons, il avait battu le patrice romain Syagrius et étendu sa domination jusqu'à la Loire. Il venait d'épouser Clotilde, princesse catholique, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes, quand il fut attaqué par les Allemands, tribu barbare campée sur les bords du

Rhin. La bataille s'engage à Tolbiac. Les Francs pliaient de toutes parts et allaient être vaincus. Mais Clovis, se souvenant des exhortations de sa pieuse épouse, s'écrie : « Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je n'aurai plus d'autre Dieu que toi! » A ces mots, les Francs se rallient et mettent en fuite les Allemands. Clovis avait promis de se convertir. Il tint parole. Il se fit instruire de la religion chrétienne, et, la nuit de Noël de Fan 496, lévêque de Reims, saint Rémi, donna solennellement le baptême à Clovis en lui adressant cette mémorable parole : « Fier Sicambre, courbe la tête. Adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré! » Puis il le sacra de l'huile sainte. Trois mille guerriers Francs reçurent également le baptême avec Alboflède, sœur de Clovis. Telle fut la première apparition de la France. « Elle naît sur un champ de bataille, dit M6* Rougaud, comme il convenait à un soldat; elle naît d'un acte de foi, d'un regard levé vers le ciel, comme il convenait à un apôtre ; elle courbe humblement la tête sous la main d'un vieillard désarmé, comme pour indiquer que sa mission serait de substituer partout le règne du droit à l'empire brutal de la force; en même temps cette foi chrétienne lui vient par l'inspiration d'une femme, d'une épouse, d'une mère, et elle descend au peuple à travers l'àme de son chef et de son roi. C'étaient tous les charmes à la fois. » Et à peine converti, voilà Clovis qui se met au

service de l'Eglise, dont il devint le protecteur naturel. A cette heure-là, l'Arianisme était le grand danger et il obtenait un succès immense. Après avoir corrompu l'Orient, il menaçait l'Occident. Clovis, souverain catholique, frappe de son épée les peuplades ariennes, et assure en Occident le triomphe de la vraie foi. Il rend les Burgondes ses tributaires, et, songeant aux belles provinces du Midi occupées par les Wisigoths, il assemble ses guerriers au Champ de Mars et leur dit : « Je souffre avec peine que ces Ariens possèdent une partie des Gaules ; allons avec l'aide de Dieu et, après les avoir vaincus, soumettons leur territoire. » Et, en effet, il les attaque et les écrase près de Vouillé, à trois lieues de Poitiers, et, entrant à Tours, le front orné du diadème, il vient remercier Dieu sur le tombeau et dans la basilique de saint Martin. Fils dévoué de l'Eglise romaine, nous le voyons constamment mêler les travaux religieux aux expéditions guerrières.

Vers la fin de sa vie, il convoque à Orléans, en concile général, tous les Evêques des Gaules pour cimenter authentiquement l'union entre le clergé catholique et le roi de France. Si vous en avez le temps, Messieurs, lisez le récit de ce concile national tenu à Orléans en l'année 510. Là, dans nos murs, au cœur de notre vieille cité, l'Eglise et la France se sont rencontrées, se sont reconnues et embrassées, et quatorze siècles de durée, des vicis-

i S4 CONFÉRENCES AUX HOMMES

situdes sans nombre, des révolutions de toutes sortes, les efforts inouis de l'impiété, rien n'a pu ternir le cristal sans tache de leur union quatorze fois séculaire. Les Francs sont installés. Les Francs sont convertis. Un mot sur leur vocation.

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