I. Le début des Croisades
Vers le milieu du xie siècle, les Turcs disciples
de Mahomet sont les maîtres de Jérusalem et persécutent les pèlerins d'Occident qui viennent au Saint-Sépulcre. Un pauvre prêtre d'Amiens, Pierre l'Ermite, vient à Jérusalem, et, témoin de l'arrogance des infidèles, il ne peut contenir son indignation. Il reçoit les confidences et les larmes du vieux patriarche de Jérusalem Siméon, et, de retour en Occident, il rencontre à chaque pas sur sa route des chrétiens, voyageurs comme lui, pèlerins mendiants, pauvres, tourmentés, persécutés, et même privés de la vue par les méchants infidèles. Un tel spectacle l'émeut, le transporte, l'exalte. Il obtient du Pape l'autorisation de préparer les peuples de l'Occident à une grande entreprise destinée à faire cesser cet état de choses. C'est Rome en effet, Messieurs, qui marche en tête de tous les grands projets, de toutes les évolutions du monde chrétien, comme marchait Rome païenne en tète du monde antique. A ce momentlà un grand Pape, français d'origine, est assis sur le siège de saint Pierre. Né au diocèse de Reims, brillant disciple de saint Bruno, chanoine et archidiacre de l'illustre métropole, Odon s'est fait moine de Cluny ; mais les honneurs sont venus le trouver. Grégoire VII le crée cardinal, archevêque d'Ostie. Devenu Pape sous le nom d'Urbain II, il emploie sa force et son génie à sauver la civilisation chrétienne. Emu du récit de Pierre l'Ermite, des plaintes de Siméon, patriarche de Jérusalem, et des
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lettres suppliantes d'Alexis i',oinnène, empereur de Constantinople, il donne d'une main ferme la commotion électrique qui va jeter l'Europe en Asie. Les croisades commencent en l'année 1094.
Urbain II s'adresse d'abord à la France, à la France de Glovis et de Charles-Martel, à la France nation chevaleresque, entreprenante et communicative. Il convoque un grand Concile à Clermont en Auvergne. Là sont présents 14 archevêques, 225 évêques, 90 abbés avec une foule immense de seigneurs et d'ambassadeurs de tous les pays chrétiens. Sotis le dais pontifical parait le Pape ayant à sa droite Pierre l'Ermite, revêtu de son manteau de bure, les pieds nus, le front découvert. « Guerriers, s'écrie Urbain II, vous qui cherchez sans cesse de vains prétextes de guerre, réjouissez- vous! Réjouissez-vous, car voici une guerre légitime ! Tournez contre les infidèles les armes que vous employez les uns contre les autres. 11 ne s'agit plus de venger les injures des hommes, mais les injures de Dieu ; il ne s'agit plus de l'attaque d'une ville ou d'un château, mais de la conquête des Lieux Saints. Soldats du Dieu vivant, levez-vous! » A ces paroles un immense cri sort de toute l'assemblée palpitante : Dieu le veut ! Dieu le veut ! « Que ce cri soit désormais votre cri de guerre, reprend le Pontife, et que la croix soit votre drapeau ! » Adhémar de Monteil, évêque du Puy, prend le premier le signe sacré, c'est-à-dire
une croix rouge de laine ou de soie que l'on devait porter sur l'épaule droite ou sur le front du casque. Les soldats du Christ s'appellent les croisés, et leur l'ouïe ne peut bientôt plus se compter.
L'Europe chrétienne tout entière s'ébranle et se mobilise à la parole du Pontife romain. Parmi ces guerriers on remarque les plus beaux noms de France, d'Angleterre, d'Italie : Hugues le Grand, Godefroi de Bouillon, Robert Gourte-Heuze duc de Normandie, Raymond comte de Toulouse, Etienne comte de Blois, Bohémond prince de Tarente et son neveu le chevalier Tancrède. L'élite de l'Europe est là, à la tête de six cent mille hommes réunis sous les murs de Constantinople. La fille de l'empereur, Anne Gomnène, dit : « Si quelqu'un désire savoir le nombre des croisés, qu'il compte les grains de sable de la mer, les étoiles du ciel, les feuilles et les fleurs qui croissent au printemps. » C'est, en effet, parmi les croisés que nous retrouvons nos plus glorieux ancêtres, nos plus vaillants chevaliers. L'antique noblesse remonte à cette époque mémorable de notre histoire. Vous y étiez, Messieurs; j'y étais avec vous. Car les croisades ont eu ce caractère qu'elles ont entraîné de l'Europe sur l'Asie, comme en un vaste tourbillon, la nation tout entière, grands et petits, nobles et prêtres, peuple et chevaliers.
Le résultat de cette première expédition, mal dirigée, fut néanmoins la prise de Nicée et d'An-
combats de l'église. — 14
tioche, puis celle de Jérusalem après quarante jours de siège. Le pape Urbain II ne vit pas la délivrance de Jérusalem : la nouvelle n'en arriva à Rome que quatre jours après sa mort; cette mort couvrit de deuil les lauriers de la sainte victoire. Jérusalem prise, Godefroi de Bouillon, duc de Basse-Lorraine, en fut proclamé roi. Il refusa ce titre pour prendre celui de défenseur du Saint- Sépulcre. « A Dieu ne plaise, dit-il, que je porte jamais une couronne d'or là où mon Maître n'a eu qu'une couronne d'épines! » Deux patriarcats latins furent établis à Jérusalem et à Antioche, et le royaume chrétien de Gonstantinople fut constitué. Ainsi débuta