Les sources de la richesse de l'Église
Messieurs, il y a deux manières légitimes de s'enrichir. 1° Vous travaillez, et par le travail vous gagnez votre pain de chaque jour et le pain de votre
famille, et si votre travail est intelligent, tenace et béni de Dieu, vous acquérez plus que le nécessaire, vous acquérez des capitaux, des maisons, des champs, et bien osé serait celui qui voudrait mettre la main sur les fruits de votre travail. Ces fruits sont à von-, car ils viennent de vous. 2° Il y a une seconde manière de s'enrichir. Vous recevez de vos ancêtres disparus ou de vos parents et amis vivants des dons qui leur appartiennent et qu'ils vous transmettent régulièrement ou par donation entre vifs ou par testament. Ou il faut détruire la liberté, ou il faut admettre que chacun a le droit de disposer de ses biens, de les léguer à ses enfants et à ses amis. Eh bien, Messieurs, je viens de vous indiquer les deux sources de la propriété, de la richesse de l'Eglise. 1° Elle a travaillé. Elle a possédé des champs, des forêts et des bois. Mais qui les a ensemencés, défrichés et créés sinon elle, sinon la main de ses prêtres, de ses moines et de ses fidèles? Elle a envahi, la bêche à la main, les terres ingrates pour les cultiver, les forêts pour en défricher le sol, les étangs pour en dessécher la vase impure, les coteaux couverts de bruyère pour y planter la vigne. Ou bien de ses propres mains elle a construit des ponts, des routes^ des maisons, des écoles, des temples, des monastères. Ou bien encore avec son argent, qui n'était après tout que son propre travail transformé et accumulé, elle a acheté des objets meubles et immeubles. Qu'avez-vous à dire à cela? L'Eglise a
été riche parce quelle a travaillé, et à tous ceux qui attaquent son ancienne opulence il n'y a vraiment qu'un mot à répondre : Allez, et faites de même ! 2° Oui, me dites- vous, le travail est la source vraie de la richesse. Mais l'opulence de l'Eglise a une autre origine. Elle a reçu. On lui a fait des dons immenses. Je n'en disconviens pas. Une partie de sa richesse s'est composée des biens apportés par ceux qui se faisaient prêtres et moines, et des biens donnés par de libres bienfaiteurs. Un homme avait commis de grands péchés; à l'heure de la mort il se repentait, et il exprimait la volonté de faire bâtir aux frais de sa succession une église en l'honneur de Dieu, un hospice pour les pauvres et les voyageurs. Il rachetait ses péchés par une généreuse fondation. La plupart du temps c'était pendant leur vie que nos ancêtres traduisaient par des donations leur repentir. Oui, l'Eglise a beaucoup reçu de ses fidèles. Elle s'est enrichie avec les dons qui lui ont été faits d'âge en âge. Mais qu'avez-vous à dire à cela? Sur cent hommes qui sont riches aujourd'hui, est-ce qu'il n'y en a pas quatre-vingt-dix qui doivent leur richesse à l'hérédité, et qui n'auraient rien s'ils n'avaient pas tout reçu? En résumé, rien n'est plus légitime que la richesse de l'Eglise au moyen âge. Cette richesse est née du travail, de l'économie, du temps, des libéralités volontaires. Et, si vous contestez cette richesse si justement acquise, je vous condamne au nom de la logique à dépouiller sans pitié tous
les propriétaires, depuis le grand capitaliste qui a gagné des millions dans la pratique honnête de l'industrie et du commerce, jusqu'au modeste paysan qui a acheté un petit lopin de terre avec ses sueurs ou qui en a hérité de son vieux père.
Ici vous m'arrêtez tout court et, évoquant le passé, vous m'objectez les dangers de la richesse de l'Eglise. C'est une autre question, sur laquelle je ne refuse pas de m'expliquer. Elle en vaut la peine.