‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 70 sur 133 · II. Les dangers de la richesse de l'Église · texte numérisé non relu

II. Les dangers de la richesse de l'Église

Oui, Messieurs, la richesse est un danger. Elle est un danger pour les individus: elle les porte à l'inaction, au plaisir, à la jouissance illimitée, souvent à l'impuissance et à la ruine. Elle est un danger pour les familles : elle dissipe l'héritage des ancêtres, et quelquefois elle obscurcit la gloire du nom. Elle est un danger pour les sociétés qu'elle énerve et qu'elle corrompt. Vous pouvez constater en parcourant l'histoire que partout la décadence et les chutes de peuples ont pour précurseur le règne brillant, mais court, de la richesse et du plaisir. Et ce qui est vrai d'une nation est vrai aussi d'une religion. Prenez une religion purement humaine. Condamnez-la à être riche, et cette religion, pour choir, n'aura pas besoin qu'on l'attaque. Elle mourra d'elle-même. Ah ! les hommes qui ont le malheur de détester l'Eglise ont

grandement tort de redouter son opulence. Bien loin de craindre la richesse de l'Eglise, ils devraient bien plutôt la lui souhaiter; car la grande et redoutable épreuve de l'Eglise dans l'histoire, ce n'est pas d'avoir été pauvre, c'est d'avoir été riche.

A-t-elle succombé à cette tentation comme y ont suce imbé tant d'institutionshumaines? Non. L'Eglise a été riche. Elle a travaillé, et, les dons des princes et des peuples s'ajoutant à son travail, il s'est trouvé que, sans l'avoir cherché, elle a fait ce qu'on nommerait humainement une brillante fortune. Quand je vois à la fin du moyen âge l'Eglise, fille du calvaire, portée au sommet de la prospérité, quand je la vois entourée d'honneurs et administrant des propriétés considérables, je me prends à trembler pour elle. Grand Dieu! la richesse, cette meurtrière des individus, des familles et des nations, envahit le sanctuaire et y amène un moment la cupidité, l'ambition, la volupté, la simonie... Ne craignez rien cependant. L'Eglise a reçu de Dieu la puissance de se réformer et de se ressusciter elle-même. Au jour marqué par Dieu, de grands Papes, de grands Evèques, de grands saints se lèvent, tonnent contre la corruption, foudroient les scandales et écartent du front de l'Eglise les nuages qui menaçaient d'altérer la virginité de sa vie. L'Eglise secoue sa robe un moment couverte de la poussière du siècle et de la boue des passions. La boue s'en va. La poussière se détache. Et montrant sur son front purifié

l'éclat de sa beauté virginale, elle s'écrie: « Gloire à Dieu ! La richesse qui corrompt tout n'a pu me corrompre moi-même, et ma prospérité terrestre n'a point entamé l'intégrité de ma vie divine! » L'Eglise a été riche au moyen âge. Quelques-uns de ses ministres ont succombé aux tentations qu'amène la richesse. Mais l'Eglise échappant au péril a continué sa marche et fait son œuvre. Elle n'a point été l'esclave avilie de son opulence, elle en a été la maîtresse et la dominatrice, et elle s'en est servie pour couvrir le monde d'immenses bienfaits.

Page 1