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IV. Beaucoup ne savent pas

Le christianisme a tout ce qu'il faut pour captiver l'intelligence et le cœur de l'homme. Son dogme, sa morale et son culte sont admirables. Que lui manque-t-il donc pour s'imposer à tous? « Il lui manque d'être connu, répondait aux païens le plus éloquent de ses défenseurs, Tertullien : ne ignorata

damnetur. » On condamne la religion chrétienne parce qu'on ne la connaît pas. Laharpe converti disait aux incrédules de son temps : « Messieurs, examinez comme moi, et comme moi vous croirez ! » Hélas! beaucoup d'hommes n'examinent pas. Beaucoup d'hommes même très cultivés ne connaissent pas le christianisme.

Pourquoi cette ignorance religieuse? Le malheur des temps y est pour beaucoup, on n'a pas eu le bonheur de recevoir dès l'enfance un solide enseignement religieux, et ceux même qui ont été le mieux instruits n'ont gardé qu'un vague souvenir des notions catéchistiques reçues dans leur premier tige. Plus tard, entrés dans la vie et saisis par ce torrent d'affaires ou de plaisirs qui entraine aujourd'hui l'existence, ils ne songent pas qu'un sérieux examen de la religion devrait avoir sa place au milieu de tant de soucis. D'autres moins occupés, mais superficiels et légers, s'effraient à la seule pensée de consacrer quelques instants rapides à une si grave étude. Ajoutons que les controverses religieuses qui s'agitent de notre temps sont souvent de nature à troubler les esprits bien plus qu'à les éclairer. Comment voir clair au milieu des idées fausses et inexactes mises chaque jour en circulation par une presse mal intentionnée ou mal informée, quand d'ailleurs on est si peu instruit des éléments du Christianisme?

Aussi constatez avec moi la profondeur de l'igno-

rance religieuse. Une foule d'hommes fort intelligents, fort éclairés sur d'autres points sont nuls sur le point capital de la religion. Ils n'ont pas môme quelquefois les premières notions des choses religieuses les plus ordinaires et les plus connues. Ils se font de nos dogmes les idées les plus bizarres. Ils prêtent de bonne foi à l'Eglise catholique des singularités, et jusqu'à des absurdités qui, de près ni de loin, n'ont absolument rien de commun avec ses croyances. Sur les questions les plus simples du catéchisme, combien d'hommes qui seraient fort embarrassés si on leur demandait une réponse précise. Qu'est-ce qu'un sacrement? la grâce? un mystère? la Foi ? l'Espérance ? le sacrifice ? l'Église? le péché originel? et même qu'est-ce que Jésus- Christ? l'Incarnation ? la Rédemption? nous mourons d'ignorance religieuse.

Pourquoi y a t-il tant d'hommes qui ne sont pas chrétiens? Beaucoup ne peuvent pas. Beaucoup ne Veulent pas. Beaucoup n'osent pas. Beaucoup ne savent pas. Voilà le mal. Nous chercherons le remède !

Amen!

TROISIEME CONFERENCE

La messe des hommes grand moyen de christianiser les hommes

Messieurs,

Nous inaugurons notre cinquième année de conférences. Depuis quatre ans que la messe des hommes est instituée, chaque dimanche des centaines d'hommes se sont groupés dans cette église, et chaque dimanche ils ont reçu au pied de la chaire un enseignement substantiel et varié. Pourquoi la messe des hommes a-t-elle été fondée? pourquoi l'avons-nous maintenue avec une ténacité qui nous a coûté bien des sueurs? pourquoi sommes-nous décidé à la faire fonctionner avec une persévérance que rien ne pourra lasser? Pourquoi? parce que cette institution répond à un besoin évident, à un besoin pressant. Laissez-moi vous en donner la preuve.

Messieurs, nous avons des hommes chrétiens. Nous en avons beaucoup plus qu'il y a cinquante ans. Et cependant nous n'en avons pas assez. Pourquoi y a-t-il encore tant d'hommes qui ne sont

pas chrétiens? Pourquoi à Orléans sur une population de quatorze mille hommes y ena-t-il au moins la moitié qui vivent sans religion, ou à peu près? Les uns ne peuvent pas ou ne veulent pas s'approcher du Christianisme, et ceux-là nous n'avons quà, les plaindre et à prier pour eux. Mais combien d'autres qui n'osent pas ou qui ne savent pas ! Combien qui seraient chrétiens s'ils avaient l'occasion facile de se grouper et de s'instruire ! Et tel est précisément le but de notre institution. Elle christianise les hommes en les instruisant et en les groupant.

I. Beaucoup d'hommes ne sont pas chrétiens parce qu'ils ne savent pas.

V instruction profane est aujourd'hui largement répandue : on a la faim et la soif, j'allais dire la rage de l'instruction. Les écoles se multiplient partout, et on y compte des maîtres par milliers, des élèves par millions; on institue des bibliothèques dans tous les lieux, des classes pour tous les âges, des conférences sur tous les sujets. La science coule à pleins bords, et les brevets, les diplômes vont devenir une denrée de prix médiocre, tant elle est surabondante. Pourvu que l'instruction jetée à tort et à travers ne fasse pas trop de déclassés et

de meurt-de-faim, elle reste une chose bonne et elle mérite d'être encouragée, et, si j'avais le malheur de la maudire, l'Eglise ma mère se lèverait contre moi, elle qui est l'ennemie éternelle et irréconciliable de l'ignorance, elle qui depuis dixneuf siècles appelle de ses vœux et provoque de tous ses efforts l'épanouissement progressif de l'intelligence humaine. Les hommes de notre siècle sont abondamment pourvus de la science profane. Mais ont-ils, d'autre part, une mesure suffisante d'instruction religieuse? Je ne crains pas de répondre : Non.

L'instruction religieuse de la plupart des hommes est insuffisante. Une foule d'hommes fort intelligents, fort éclairés sur d'autres points, sont nuls sur le point capital de la religion. En 1672, Mmo de Se vigne écrivait de sa terre de Bourbilly : « Je crie misère sur un tas de blé ! » La grande dame avait en effet quatre-vingt mille boisseaux de blé qu'elle ne pouvait pas vendre, et elle se trouvait littéralement sans le sou. Ainsi pas mal d'hommes qui possèdent en abondance le froment des sciences humaines sont souvent dépourvus de la science divine, monnaie précieuse qui achète la vie éternelle. Riches de l'accessoire et dénués du principal, ils crient misère sur un tas de blé.

Et, si les savants en sont là, où en sont les autres? Ils meurent d'ignorance religieuse. Et alors,

connaissant peu, ou connaissant mal, ou ne connaissant pas du tout la religion, ils hésitent à la pratiquer, et ils sont incapables de la défendre. Quand on ignore, on trébuche, on prend peur, comme un voyageur qui dans la nuit doute de son chemin. Ils ne savent pas les premières notions du catéchisme; la moindre plaisanterie, la moindre objection les abat, comme un vent léger qui renverse un édifice aux pièces mal jointes. Ils ne savent pas l'histoire du catholicisme ; aussi ils n'ont pas pour leur foi cette noble fierté qu'inspire le souvenir d'une grande lignée d'ancêtres fidèles et d'esprits élevés adorant le même Dieu que nous... Ils n'ont jamais lu, jamais entendu expliquer l'Evangile ; la beauté de l'auguste figure du Christ ne les a pas séduits ; ils ne voient pas son nom briller au milieu du temps comme un soleil au milieu de l'espace. Ils ignorent le Christianisme ; ils le condamnent, ou, ce qui revient presque au même, ils le laissent condamner devant eux. L'instruction religieuse de beaucoup d'hommes est insuffisante.

Comment s'instruiront-ils? Le temps leur manque pour lire les gros livres, les apologistes, les Pères, la Bible, et ils nous disent, au moins ceux qui sont sincères et qui ont quelque souci de leur âme et de la vérité, ils nous disent : « Les affaires nous absorbent ; ayez compassion de notre vie telle qu'elle est faite; ne nous demandez pas l'impossible; donnez-

nous un moyen facile de connaître la religion. » La messe des hommes a été instituée pour répondre à ce cri et à ce besoin. Nous avons pensé que, si beaucoup n'ont pas encore le courage de pratiquer le Christianisme, tous ont au moins le droit de savoir exactement ce qu'il est. Ce qu'est le Christianisme... nous le disons ici depuis quatre ans sous les formes les plus diverses et avec des arguments qui se rajeunissent chaque dimanche. Et devant Dieu nous pouvons proclamer qu'il s'est fait ici une large diffusion de lumière, que nous avons accompli grandement notre devoir d'Illuminateur et d'Apôtre et que ceux-là seuls ignorent la religion qui décidément n'ont pas voulu la connaître. La messe des hommes est une grande Institution : grande à cause des labeurs qu'elle impose à vos prêtres, grande à cause des besoins qu'elle est appelée à satisfaire. Elle christianise les hommes en les instruisant, et j'ai ajouté, en les groupant. Aujourd'hui en effet, pour faire des chrétiens, il est plus que jamais nécessaire de les grouper autant que de les instruire.

IL Beaucoup d'hommes ne sont pas chrétiens parce qu'ils n'osent pas.

Pour faire quelque chose, et surtout quelque chose d'important et de difficile, il faut se grouper. Le groupement est la loi de l'humanité. Voyez les

Anglais. Qu'il s'agisse de plaisir, de travail, de sport, de science, d'art ou d'opium, un Anglais ne saurait demeurer isolé. Pas un Anglais, qui, tout enfant encore, ne soit déjà membre et membre payant, si pauvre soit-il, dune société nombreuse ou restreinte qui s'intéresse aux choses qui l'intéressent lui-même. Et il n'y a pas que les Anglais à avoir l'instinct du groupement. Les Allemands obéissent au même instinct. Tous les hommes l'ont plus ou moins. Un peu partout vous les voyez se rapprocher les uns des autres dans la politique, dans l'industrie, dans les arts. Ils se réunissent pour s'instruire, pour se recréer, pour faire des œuvres utiles ou simplement agréables, pour entendre des concerts, pour voir courir des chevaux ou lutter des hommes. Tout est collectif dans l'humanité : l'instruction, le plaisir, le devoir, et aussi et surtout la religion.

Pour être chrétiens, les hommes ont besoin de se. grouper. La religion est la pensée qui doit dominer toutes les autres, le sentiment qui nous honore le plus, l'acte qui caractérise notre espèce. Unis pour tout le reste, pourquoi resterions-nous isolés dans l'ordre religieux? Et puis il faut aujourd'hui du courage, quelquefois beaucoup de courage pour oser affirmer sa foi... raison de plus de nous associer et de nous grouper.

Isolés, nous sommes faibles, nous lâchons pied,

28 CONFEREISCES AUX HOMMES

nous reculons. Là est la cause peut-être principale de nos défections contemporaines. Beaucoup d'hommes ont peur. Ils ont peur des fureurs de l'impiété ; ils ont peur du sourire des incrédules ; ils ont peur de la galerie ; ils ont peur du pouvoir. Et alors ils se cachent quand il faudrait se montrer, ils se taisent quand il faudrait parler, ils s'abstiennent quand il faudrait agir. Ils vont à la bataille en mettant leur drapeau dans leur poche, ou bien ils se battent sans espérer, sans vouloir la victoire, laissant aux adversaires toute l'ardeur et tous les avantages de l'offensive, et gardant pour eux ces manières languissantes et découragées dont parlait Tacite quand il écrivait : prsecipuum pessimorum incitamentum quoa boni mœrebant, les lamentations des bons sont le principal encouragement des méchants. Le Christianisme a de profondes racines dans les âmes ; mais les impies audacieux exploitent la peur et ils régnent sur la lâcheté.

Que les chrétiens se groupent sous le drapeau de la vérité religieuse, qu'ils se groupent devant les autels et devant la chaire, et les timides seront rassurés, et les sectaires qui terrorisent les faibles cesseront de faire des victimes, peut-être même finiront-ils par succomber à la puissance de l'exemple et à la contagion du bien. Cela s'est vu. Vous savez l'histoire de ces trois cents soldats français cernés tout à coup en Algérie par les Arabes vingt fois plus nombreux. Le commandant Changarnier

les arrête, les ramasse, les groupe, les forme en carré et leur dit : « Allons, mes amis, voyons ces genslà en face. Ils sont six mille et vous êtes trois cents. Vous voyez bien que la partie est égale! » Et ces trois cents soldats groupés, serrés les uns contre les autres et autour de leur chet attendent l'ennemi à portée de pistolet et le repoussent victorieusement par un feu de deux rangs nourri, bien dirigé. Ils sauvent l'armée française, etse sauvent eux-mêmes. Messieurs, pour être chrétiens, pour garder votre foi, pour la défendre et la propager, groupez- vous dans notre institution de la messe des hommes. Isolés, vous n'êtes que des grains de poussière ; unis, vous êtes un mur solide et résistant. Isolés, vous êtes des soldats perdus et vaincus d'avance; unis, vous êtes un bataillon puissant et invincible!

— Un jour Bourdaloue venait de prêcher devant Louis XIV un sermon virulent, et les courtisans indignés se pressaient autour du roi, l'invitant à regimber et réclamant une répression. « Messieurs, leur dit Louis XIV, le prédicateur a fait son devoir; faisons le nôtre ! »

Depuis quatre ans que je parais devant vous chaque dimanche, j'ai essayé de faire mon devoir. Je me suis adressé aux hommes de bonne volonté ; je les ai appelés au pied de l'autel et je les ai groupés pour les aguerrir: je les ai appelés au pied de la chaire et je leur ai parlé pour les instruire. Il y a

encore pas mal d'honnêtes gens et même d'honnêtes catholiques qui sont restés étrangers à ce puissant effort d'évangélisation. Je déclare que je ne suis pas responsable de leur indifférence et de leur aveuglement. J'ai fait mon devoir.

Et vous, Messieurs, continuez de faire le vôtre. Venez, faites venir, groupez-vous, instruisez-vous, armez-vous, et ensemble, vous et moi, la main dans la main, remettons-nous en campagne. On demandait à un paysan vendéen ce qu'il faisait pendant la tourmente révolutionnaire de 1793 : « Je me tenais debout ! » répondit-il. Faisons la même chose, Messieurs. Tenons-nous debout, et, quand ceux qui ont été renversés par la tempête du doute ou par le vent glacé de l'indifférence ou par le souffle furieux de l'impiété voudront se relever et chercheront un point d'appui, c'est à nous qu'ils viendront, à nous, parce que nous serons debout, debout dans la lumière, debout dans le devoir, debout sur le roc sacré de l'immortel Evangile!

Amen !

QUATRIÈME CONFÉRENCE

Le chemin parcouru

Depuis quatre ans nous cheminons ensemble dans les sentiers de la vérité religieuse. Voulez- vous qu'aujourd'hui nous jetions un regard en arrière pour mesurer le chemin parcouru, pour voir à vol d'oiseau les régions que nous avons explorées? Nous avons fait un beau voyage, et je plains sincèrement ceux qui n'ont pas eu la possibilité ou le courage de nous suivre. Nous avons visité successivement trois régions superposées : Dieu, Jésus-Christ, l'Église.

I. Pour bien comprendre la marche que nous avons exécutée, faites-vous d'abord une idée juste, de l'attitude et de la. physionomie de ce siècle.

Jetés au milieu des luttes contemporaines, et témoins attristés des fureurs antireligieuses qui

voudraient ébranler vos croyances, vous êtes quelquefois découragés. Vous avez tort. La lutte entre le bien et le mal, entre la vérité et l'erreur, est éternelle. Si l'Évangile n'était qu'un livre vulgaire et impuissant, l'iniquité le laisserait dormir tranquille dans la mémoire des peuples, et n'emploierait pas son temps, sa peine et sa science à en déchirer les pages. La vigueur des coups qu'on porte à votre foi en atteste la vitalité et en prouve la divinité. On avait dit jadis que la religion était morte, qu'elle était bien morte, qu'il n'y avait plus qu'à la traiter comme une quantité négligeable. Erreur ou mensonge ! Voilà ce siècle qui va finir. Il bat nos pieds de ses dernières vagues. Déjà il roule dans un linceul d'oubli des questions qui nous semblaient d'une importance majeure, et des hommes à qui nous décernions naïvement la palme de l'immortalité. Et sur le rivage du siècle qui s'enfuit emportant tout dans ses flots, un rocher se dresse debout quand tout est par terre, ferme au milieu des ruines, supérieur dans sa majesté solitaire aux assauts d'une dernière tempête. C'est le rocher de la Religion!

Est-ce que ce n'est pas vrai, cela? Est-ce que je ne vous dénonce pas en cet instant le côté le plus évident et le plus aigu de notre situation? Est-ce que la religion, à l'heure présente, n'est pas au premier plan, et ne dirait-on pas que ce siècle finissant veut employer ce qui lui reste de force à la déraciner?

Voilà ÏÈcflisfe catholique. Elle a l'ait la France ; elle a en quelque sorte pétri son caractère national; elle lui a donné tout ce qu'il y a de généreux dans son courage, de magnanime dans son dévouement, de noble etd'élevé dans ses mœurs, de moralement grand dans ses lois, de hautement inspiré dans son génie. Et non seulement elle a fait la France, mais elle a fait le monde moderne, et il semble qu'après dix-neuf siècles de bienfaits elle mérite de tenir dons l'humanité une place désormais inviolable; il semble qu'elle a droit au moins au respect et à la hberté. Eh bien, non! L'impiété se rue sur l'Eglise avec une audace qui ne connaît pas de bornes. Elle veut la chasser des foyers, des écoles, des ateliers, de là vie sociale tout entière, et ne lui laisser que ses temples et ses sacristies, et encore à titre provisoire. Ce n'est pas assez.

Quand elle se trouve devant la divine figure de Jésus-Christ, l'impiété devrait au moins saluer en elle l'humanité transformée et transiiianée, soustraite à la servitude antique, entrant dans une ère de liberté et de paix, de progrès moral et de vraie solidarité. Il semble qu'elle devrait s'arrêter pensive et respectueuse devant la croix, symbole de délivrance et de consolation, devant ce grand acte de la Rédemption, qui est comme le centre divin où viennent converger les deux grands versants de l'histoire du monde. Eh bien, non! Elle a pour le Christ la même haine que pour son œuvre, elle jette à la

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face du divin Crucifié des outrages qui épouvantent la conscience. Elle va plus loin encore.

Voici Dieu. Il est Créateur et Père ; il est Souverain et il est Providence. L'homme s'agite, et Dieu le mène. L'homme s'agite, il sert la vérité ou il la trahit, il poursuit le bien ou il s'en écarte, il s'élève ou il s'abaisse, il monte à de sublimes hauteurs ou il descend à de nombreuses dégradations, il fait de ce grand don de la liberté qu'il tient de Dieu un usage bienfaisant ou fatal. Mais c'est Dieu qui, à son heure et selon ses grands desseins, lui ouvre ou lui ferme la carrière ; il est le juge de l'honneur et de la honte comme il est le maitre de la vie et de la mort. Dieu maitre de l'homme, l'homme soumis à Dieu, voilà la vérité universelle et perpétuelle devant laquelle l'humanité raisonnable s'est inclinée avec respect... et il semblait que l'impiété devait s'arrêter tremblante devant cette vérité essentielle et primordiale. Eh bien, non! Elle n'a pas plus respecté Dieu que Jésus-Christ et son Église. Elle s'est posée en ennemie directe du Créateur du ciel et de la terre. Elle a décrété l'athéisme légal, et, après avoir chassé Dieu des institutions, elle voudrait le chasser des esprits et des cœurs. Elle affirme que Dieu n'est qu'une conception métaphysique à laquelle rien ne correspond dans la réalité des faits, et que les êtres vivants sont les enfants du hasard, ou, ce qui revient au même, les produits combinés

de la génération spontanée et de la transformation des espèces. Et supprimant Dieu, l'impiété, logique dans sa fureur, supprime du même coup les bases de la morale... et nous l'entendons affirmer que l'homme n'a d'autre loi que celle qu'il se fait à luimême, d'autre responsabilité que celle dont la vie présente est le théâtre, d'autre avenir définitif que le néant.

Déjà, Messieurs, ces doctrines de mort ont porté leurs fruits. En substituant à l'enseignement de l'Evangile l'enseignement du mauvais journal, l'impiété s'est éparpillée comme une lèpre et a eu une effroyable répercussion dans la vie sociale. Il y a cinquante ans, il y avait pour un an 70.000 criminels en France; il y en a maintenant 247.000. En dépeuplant le ciel, l'impiété d'ailleurs n'a pas seulement démoralisé la terre, elle l'a désenchantée. Il y a cinquante ans on comptait par année 1.700 suicides ; pour le même temps la statistique officielle en énumère actuellement 11.000. Voilà, Messieurs, la situation.

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