‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 80 sur 133 · II. D'où viennent-ils · texte numérisé non relu

II. D'où viennent-ils

Les voleurs de pouvoir, comme les voleurs d'argent, ne sont jamais pressés de montrer leurs titres, pour la bonne raison qu'ils n'en ont pas. Cependant, avant d'accepter leur autorité, j'ai le droit de les interroger sur leur mission, et je demande aux chefs de la Réforme : D'où venez-vous? C'est l'histoire qui me répond.

Depuis quinze siècles l'Église gouvernait l'humanité et lui enseignait l'Evangile au nom de Jésus- Christ qui lui avait dit : « Comme mon Père m'a

envoyé, je vous envoie! » Tout à coup un moine orgueilleux, fanatique, débauché, pétillant d'esprit, hardi de caractère, capable de tout entreprendre, incapable de reculer, Luther se lève au sein de l'Eglise, et, tenant à la main une bulle du Pape, sur la place de Wittemberg, il la brûle en s'écriant : « Plus que la Bible, rien que la Bible ! » Puis, s'adressant aux écoliers de l'Université, aux prêtres sans vocation, aux princes sans conscience, aux peuples sans instruction religieuse, il soulève dans le Nord de l'Allemagne tout ce qu'il y avait d'ignorance, de préjugés et de convoitises, et il leur dit : « C'est la Bible qu'il faut lire, la Bible toute seule, sans commentaire, sans interprétation, sans d'autre certitude que celle que votre raison vous donne. » Et pendant que Luther parle et agit de la sorte, Calvin et Henri VIII font à peu près la même chose. C'est fort bien. Mais d'où viennent ces novateurs? « J'étais d'abord seul », dit Luther. « En commençant, nous avons rompu avec le monde entier », dit Calvin. D'où venez-vous donc? De nous-mêmes. Qui donc vous a envoyés ? Personne. Messieurs, cela suffit. Les chefs de la Réforme n'ont pas de mission. Leur religion est sans autorité, et, comme disait un paysan savoyard à un ministre protestant : « Votre protestantisme, il est loin d'être apostolique et de venir de Jésus-Christ, il est moins vieux que mes fromages. » Demandez à la Réforme : D'où viens-tu? Et elle est obligée de baisser honteuse-

ment la tête, tant son origine est récente et apocryphe.

Un moine apostat, publiquement traître au serment par lequel il avait consacré à Dieu sa chasteté; un prêtre avorté, traqué par la justice ; un roi familier avec l'adultère; tous trois orgueilleux et violents à l'extrême, tous trois infidèles à la même Eglise : voilà les pères de la Réforme. Que si on leur demande à eux-mêmes d'où ils viennent, l'un invoque tantôt l'autorité du magistrat de Wittemberg et tantôt sa dignité de docteur, l'autre cherche à se rattacher à de vieux hérétiques, le troisième montre l'épée sanglante qui a abattu les têtes de ses femmes pour satisfaire ses amours de pourceau. Que si on leur demande comme à un Evêque le jour de son sacre : « Avez-vous des lettres apostoliques? » ils sourient. Luther répond : « L'apôtre, c'est moi. » Calvin répond : « L'apôtre, c'est moi. » Henri VIII répond : « Le Pape, c'est moi. » Mais qui vous a envoyé ? C'est moi, toujours moi. Ils datent du xvie siècle. Ils ne peuvent pas effacer la nouveauté de leur intrusion. Ils n'ont rien d'apostolique. Entre le jour où Jésus-Christ a choisi ses apôtres et celui où Luther, Calvin et Henri VIII se sont dits apôtres de Jésus-Christ, il y a un abîme de quinze cents ans à remplir pour relier les doctrines entre elles et renouer la chaîne des pasteurs. Voilà l'origine de la Réforme. C'est une origine non seulement

souillée de toutes les hontes, mais dépourvue encore de toute autorité. Rien que cela suffirait à la discréditer.

Il nous reste maintenant à juger le Protestantisme par ses actes. Nous ne pouvons pas tout dire en une seule fois. Ce sera pour dimanche prochain.

Amenl

TROISIÈME CONFÉRENCE

L'Église et le Protestantisme

(suite)

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